En encourageant le don d’organes, Léon XIV prolonge la position de l’Eglise catholique favorable aux transplantations depuis plus de 70 ans. Mais certaines questions éthiques demeurent sensibles, notamment en Belgique où le consentement est "présumé", alors que le Catéchisme de l'Eglise insiste lui sur un consentement "explicite".
Ce jeudi 26 mars 2026, le Pape a reçu des professionnels de la médecine des greffes, dans le cadre des États généraux du "Réseau national italien de transplantation", évènement de deux jours auquel participait l’Académie pontificale pour la vie.
Léon XIV a encouragé la recherche scientifique dans ce domaine, "dans un contexte où la demande dépasse de loin la disponibilité". Le don d'organes doit être "de plus en plus conscient, libre et partagé", a clamé le Pape. "Ce geste un signe de solidarité, de fraternité et d’espérance." Il a toutefois exhorté à orienter le progrès scientifique vers "le bien intégral de la personne et le respect de sa dignité".
L’Église en faveur du don d'organes... depuis plus de 70 ans !
Dans son discours, Léon XIV a rappelé que le premier don d'organes en Italie avait eu lieu, il y a 70 ans, à l'initiative... d'un prêtre catholique ! Le père Carlo Gnocchi disposa que "ses cornées soient prélevées après sa mort et transplantées à deux jeunes […] qui purent ainsi recouvrer la vue". Un geste qui marqua l’opinion publique et lança un véritable processus législatif.
Immédiatement après la mort du père Gnocchi, le pape Pie XII avait reconnu "la licéité du prélèvement à des fins thérapeutiques, a expliqué le pape Léon XIV, dans le respect de la dignité du corps humain et des droits des personnes concernées". Depuis lors, l’Église "a accompagné le développement de la médecine des transplantations, en reconnaissant sa valeur et en indiquant, parallèlement, les critères éthiques nécessaires".
Le soutien des papes au don d’organes
Le soutien des papes au don d’organes a été exprimé à plusieurs reprises. Dès 1991, Jean-Paul II évoquait les progrès de la médecine dans ce domaine, invitant les fidèles à "[se] réjouir de ce que la médecine, dans le service qu'elle rend à la vie, ait trouvé dans les transplantations d'organes une nouvelle manière de servir la famille humaine".
Quelques années plus tard, en août 2000, lors du 18e Congrès international de transplantation d’organes, le pape polonais encourageait encore la promotion de ce don : "Il faut insuffler dans le cœur des personnes […] un amour qui puisse trouver une expression dans la décision de devenir un donneur d’organes."
Avant son élection, le cardinal Joseph Ratzinger ne cachait pas qu’il était lui-même inscrit comme donneur potentiel et qu’il gardait sur lui sa carte de donneur. Après son élection, il dut toutefois y renoncer. Comme le raconte le magazine La Vie, son corps était alors devenu, en quelque sorte, "propriété de l’Église". Benoît XVI continua néanmoins à présenter le don d’organes comme une "forme particulière du témoignage de la charité".
Léon XIV appelle à maintenir sa gratuité
Actuellement, l’Eglise catholique interdit formellement toute forme de rémunération du donneur ou de sa famille par le receveur. Le pape Léon XIV l'a rappelé dans son discours : "Il faut toujours veiller à éviter toute forme de marchandisation du corps humain". Le don d'organes "doit rester un acte gratuit [...] à une époque où tout risque d’être évalué selon la logique du prix, de l’efficacité ou de l’intérêt".
"Le don d’organes n’a pas de prix, c’est un signe de fraternité"
Léon XIV, 26 mars 2026
En 1991 déjà, Jean-Paul II condamnait, dans l’Osservatore Romano, "toute rétribution qui équivaudrait à une dépossession ou à un pillage du corps". En 2000, à la séance inaugurale du congrès de la société de Transplantation, il réitérait cet appel de façon éloquente : "Toute intervention qui tend à commercialiser des organes humains ou à les considérer comme des articles d’échange ou de négoce doit être jugée comme moralement inacceptable, parce que l’utilisation du corps humain comme "un objet" est une violation de la dignité de la personne humaine."
En Belgique, la législation actuelle proscrit toute transaction financière liée au don d'organes ou de tissus humains.

Dans le cas de donneurs décédés, le Catéchisme de l'Eglise insiste sur un consentement "explicite"
Pour les chrétiens, le don d'organes constitue d'abord et avant tout un acte d’une grande générosité envers la fraternité humaine.
Le Catéchisme de l’Eglise catholique, dans la partie intitulée Le respect de la personne et la recherche scientifique, affirme que la transplantation d’organes est "conforme à la loi morale" si les risques physiques et psychiques encourus par le donneur "sont proportionnés au bien recherché chez le destinataire".
Il précise qu'il est "moralement inadmissible de provoquer directement la mutilation invalidante ou la mort d’un être humain, fût-ce pour retarder le décès d’autres personnes".
La donation d’organes après la mort est qualifiée dans le Catéchisme d'"acte noble et méritoire" et "doit être encouragée comme une manifestation de généreuse solidarité". Le don d’organes est considéré comme un geste de charité, mais pas une obligation morale. L'Eglise rappelle par ailleurs que ce don "n’est pas moralement acceptable si le donneur ou ses proches ayants droits n’y ont pas donné leur consentement explicite". Une condition primordiale est donc le consentement explicite du donneur ou de ses proches
Or, en Belgique, le consentement est "présumé"
Chaque année, entre 950 et 1.000 Belges bénéficient d’une transplantation, indique le SPF Santé sur son site. Un donneur, qu'il soit vivant ou décédé, peut sauver jusqu’à huit vies et améliorer la qualité de vie de plus de 100 personnes grâce aux tissus prélevés.
En Belgique, la législation est très favorable au don d’organes. En effet, toute personne domiciliée depuis au moins 6 mois est considérée comme donneur potentiel après son décès. La loi du 13 juin 1986 organise le système belge selon le principe du consentement présumé (système dit "opt-out" ou "qui ne dit mot consent"), qui considère la population comme donneuse par défaut. Toute personne n’ayant pas de son vivant exprimé sa volonté explicite d’être ou de ne pas être donneur est sensée avoir accepté tacitement de faire don de ses organes en cas de décès.
Concrètement, en Belgique, le consentement explicite du donneur, lorsqu’il est encore en vie, n’est pas requis. Par contre, si un citoyen exprime explicitement un refus de son vivant -soit en ligne via Ma Santé, soit auprès de l'administration communale-, aucun prélèvement ne peut être réalisé, et ce, même si la famille donne son accord après le décès.
Le cas belge contraste avec le système d’ "opt-in" pratiqué dans certains autres pays, qui nécessite le consentement explicite des individus ou de leur famille. Vous le constatez par vous-même : la législation belge semble également s'opposer au Catéchisme de l'Eglise pour lequel seul un consentement explicite permet de disposer des organes d’un patient.
Le Saint-Siège autorise désormais les greffes d'organes d'animaux sur les humains
Ce mardi 24 mars, une information émanant du Vatican a fait grand bruit : l’Académie pontificale pour la vie a actualisé ses directives éthiques sur les xénogreffes, technique expérimentale consistant à greffer un organe animal sur l’homme. Devant les récents progrès scientifiques, le Saint-Siège affirme dans un nouveau document qu’il n’y a pas d’obstacle théologique à la xénogreffe. Cette pratique peut être "moralement et éthiquement justifiable" si elle est pratiquée avec prudence et dans des conditions strictes.
Le document insiste aussi sur l’importance d’informer sérieusement tout patient sur les risques encourus, de mettre en place un suivi médical et psychologique de l’évolution de la greffe et de respecter au maximum le bien-être animal.

C.L. avec cath.ch, Vatican News et La Vie
