Auréolé de deux Césars, le documentaire de Vincent Munier conjugue avec grâce la douceur et la puissance, l’universel et l’intime
Déjà plébiscité par plus d’un million de spectateurs, Le Chant des forêts (toujours à l’affiche) a été jeudi dernier doublement récompensé aux Césars: meilleur documentaire et meilleur son. Et c’est tellement mérité tant ce long métrage signé Vincent Munier s’impose comme un chef-d’œuvre sensoriel et intime, réalisé pour l’essentiel au cœur des Vosges.
Une immersion grandeur nature
Dès les premières images, cette forêt enveloppe le spectateur. Chaque plan éblouit: tantôt par sa délicatesse, sa poésie, tantôt par son énergie, sa lumière. Le film offre des instants contemplatifs, parfois mystiques, comme des apparitions qui nous relie à la nature. Ici, pas de commentaire appuyé ni d’effets démonstratifs: seulement le bruissement du vent, le craquement d’une branche, le silence habité d’une clairière, la percussion d’un pic-épeiche, le brâme et le combat de cerfs, l’hululement d’un grand-duc.
Rarement un documentaire aura su conjuguer avec autant de grâce la douceur et la puissance, l’universel et l’intime. Car le spectateur n’est pas seulement immergé au cœur d’une forêt, il est aussi invité au cœur d’un trio familial pour une belle histoire de transmission. Devant la caméra de Vincent, son père Michel raconte à son petit-fils Simon la passion de toute une vie: l’observation du monde sauvage. Dans un murmure, il lui souffle: "Il faut toujours rester émerveillé."
Transmission dans l'affût familial
Avec eux dans l’affût, on apprend la patience infinie, la discrétion absolue, l’humilité face au vivant. Attendre des heures pour entrevoir une silhouette de lynx. Et dans cet instant fugace où la caméra saisit l’insaisissable, le temps semble suspendu.
Cet hymne à la nature porte pourtant en creux un chagrin: une disparition, celle du grand tétras (appelé aussi coq de bruyère) de la forêt vosgienne. Le constat est là, lâché par le grand-père à la lumière des bougies, sans ton culpabilisant. Juste pour inviter à regarder, à comprendre, à aimer et à sauver tout le reste.
En recevant son César, Vincent Munier a rappelé combien préserver la biodiversité est essentiel. "Aimer la nature rend meilleur", nous souffle-t-il, tout simplement.
Pierre GRANIER

