Opinion : Que peut le savoir pour le bien commun ?


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Opinion : Que peut le savoir pour le bien commun ?
(c) AdobeStock
Par Nicolas MICHEL, Matthieu PIGNOT et Laura RIZZERIO
Publié le
4 min

Les universités sont elles encore utiles? Peuvent-elles encore défendre le vrai quand rentabilité et performance dictent les priorités? Et pour transmettre quel savoir? Pour les organisateurs de la Chaire Notre-Dame de la Paix-UNamur, il est urgent de poser ces questions fondamentales (et bien d'autres encore) et d’en débattre collectivement. 

C’est désormais quotidiennement que nous sommes questionnés dans notre rapport à la vérité: émergence de médias alternatifs et information via les réseaux sociaux, opinions polarisées et rapport conflictuel à la vérité, prolifération de fake news ou encore de contenus conçus par une IA générative… Comment, dans ce contexte, continuer à construire, à transmettre et à communiquer un savoir dont l’objectif serait d’approcher le vrai, au service de la communauté et du bien commun?

Les universités, actrices majeures de cette construction et de cette transmission, constituent les cibles d’attaques questionnant leur utilité. Cela se traduit, tantôt par la remise en cause de leur rôle sociétal au sein de nos démocraties, tantôt par la mise à mal du statut du travail scientifique et de la formation universitaire, tantôt par des coupes dans leurs financements, en particulier en ce qui concerne les sciences humaines, dont les résultats ne sont pas nécessairement et directement exploitables en termes de profit économique ou d’application technologique.

Quid du "savoir" fondamental ?

En effet, dans un contexte sociétal où l’on met l’accent avant tout sur la productivité des sciences et une course effrénée vers la performance, un "savoir" fondamental qui cherche à approcher le vrai et le bien semble avoir perdu de sa valeur. Comment, alors, dans cette situation, les universités (ou toute autre institution d’enseignement) peuvent-elles encore promouvoir des formations diverses qui aspirent à être, chacune à sa façon, au bénéfice de tous? Nombreux sont d’ailleurs ceux qui pensent que la crise de nos démocraties, l’explosion des problèmes de santé mentale auprès de jeunes, la perte du sens des relations et du collectif sont aussi, en partie du moins, la conséquence de la réduction de l’enseignement à la transmission de données techniques. 

Des ingénieurs plutôt que des poètes?

S’intéresser au "savoir" en lien avec le "bien commun" revient ainsi à interroger la visée qu’on assigne aux formations censées favoriser sa transmission au fil du temps. Dans une société où la croissance économique est considérée comme l’objectif premier, voire unique, du collectif, la loi de la rentabilité ne conditionne-t-elle pas le type de savoirs produits et la manière de les traiter? Cela invite à poser ouvertement la question du statut du savoir aujourd’hui: peut-on le considérer comme un "bien commun" universel de l’humain, destiné à en promouvoir la croissance intellectuelle et spirituelle, ou faut-il se résigner à le réduire au statut de produit consommable? En effet, quand on affirme que "la société a davantage besoin d’ingénieurs que de poètes", n’a-t-on pas déjà décidé que le savoir n’est plus prioritairement un facteur d’humanité ni un outil de formation à la vertu civique et à la cohésion sociale fondé sur la défense d’un "bien commun"?

Il nous semble urgent, dans ce contexte, de poser ces questions fondamentales et d’en débattre collectivement. 

Débats avec des spécialistes

Dans cette perspective, la Chaire Notre-Dame de la Paix de l’UNamur a jugé opportun de consacrer cette année quatre séances de rencontre-débat autour de ces questions, rassemblant des spécialistes de différentes disciplines (philosophes, historiens, juristes, économistes, pédagogues). Comme le suggère le titre – "Université et société. Que peut le savoir pour le bien commun?" –, il s’agit de s’interroger sur la valeur et le sens que la société accorde au savoir. Car le rôle que l’on attribue au savoir, détermine les choix de la société d’aujourd’hui et de demain, entre la défense du savoir comme bien commun universel et son exploitation et sa polarisation guidée par la promotion d’intérêts individuels.

Nicolas MICHEL, Matthieu PIGNOT et Laura RIZZERIO

Quatre conférences

La Chaire Notre-Dame de la Paix de l’Université de Namur propose un cycle de quatre conférences sur cette thématique "Université et savoir. Que peut le savoir pour le bien commun?"

● Jeudi 19 février 18h30-20h30 | Savoir et vérité: la formation universitaire à l’époque de la post-vérité - Dominique Lambert (UNamur) et Olivier Sartenaer (UNamur)

● Jeudi 12 mars 18h30-20h30 | Qu’est-ce qu’une université? Origine et histoire d’une institution "millénaire" - Antoine Destemberg (Université d’Artois), Olivier Boulnois, (EPHE, Paris) et Louis Carré (UNamur)

● Jeudi 26 mars 18h30-20h30 | Université et société: faut-il former des techniciens ou des citoyens? - Elena Lasida (ICP, Paris) et Sephora Boucenna (UNamur)

● Jeudi 16 avril 18h30-20h30 | Savoir et bien commun: comment gérer une université pour servir le bien commun? - Annick Castiaux (Rectrice UNamur), Marie Cornu (CNRS et Institut des sciences sociales du politique, Paris)

Conférences gratuites. Inscription souhaitée en scannant ce QR code

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Catégorie : Opinions

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