Frank Andriat poursuit son exploration de la fragilité humaine et de la reconstruction intime.
Le nouveau roman de Frank Andriat, en apparence banal, se présente comme un exercice de subtilité et d’équilibre entre passé traumatique et avenir possible, solitude et ouverture à l’autre. Dans cette tension douce et persistante se tisse une narration profondément humaine, au sein de laquelle chaque détail pose une note juste sur une partition discrètement poétique.
Antoine, professeur de français meurtri par une rupture douloureuse, vit dans un appartement donnant sur un fleuve. Il ne s’agit pas d’une simple toile de fond, puisque le cours d’eau devient un véritable personnage, voire un reflet de l’évolution psychologique du protagoniste.
Sa fluidité incarne l’idée du temps qui s’écoule et du flux qui entraîne vers d’autres rives.
L’arrivée de Sybille dans l’appartement voisin marque le début d’un lent déplacement émotionnel. Cette dernière fuit un passé violent. Sa fragilité, bien que réelle, ne l’écrase jamais. Avec ténacité, elle progresse, essaie, trébuche parfois et marche irrémédiablement vers ce qui rassure.
Jérôme, fils de Sybille, apparaît comme l’un des éléments les plus intéressants de l’histoire. Il incarne une douleur qui s’exprime par de l’agressivité. Il reproche la séparation de sa mère avec son père, tout en lui voulant de nouer une liaison avec Antoine qui, de surcroît, enseigne dans le collège où il étudie. Afin de décrire l’état du jeune homme, l’auteur opte pour l’introspection et la nuance. Jérôme apparaît sous les traits d’un adolescent écorché, en quête de repères.
Ecoute et suggestion
La force de Frank Andriat réside dans le choix de la suggestion et pointe l’importance d’un geste, d’un son, d’un objet ou d’un regard. Il nous rappelle qu’une tasse de café réchauffe autant les mains que les certitudes, qu’un disque de Marin Marais ralentit la reptation des aiguilles sur le cadran des horloges et qu’un modèle de voiture identique pour les deux voisins fait office de clin d’œil discret qui signale déjà une forme de synchronie entre eux.

Sans chercher à philosopher, il souligne que l’existence, en particulier celle blessée, se répare par petites touches plutôt que par de grands bouleversements. La prose adopte ce rythme à la fois fluide, lumineux et riche en résonances subtiles. A travers la relation que nouent Antoine et Sybille, les chapitres racontent un apprentissage de l’écoute, du respect et de la prudence affective.
Daniel BASTIÉ
Frank Andriat, Ma voisine face au fleuve. Ed. au Pluriel, 2024, 203 pages.

