Opinion : Reconquérir notre souveraineté intérieure. Voilà l’urgence pour 2026 !


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Opinion : Reconquérir notre souveraineté intérieure. Voilà l’urgence pour 2026 !
Par Pascal WARNIER
Publié le
4 min

Face à l’accélération du monde numérique qui nous entoure et à ses sollicitations quasi permanentes, notre mental s’épuise! Et notre démocratie s’essouffle. Pascal Warnier tire la sonnette d’alarme afin que l’on protège ce sanctuaire que constitue notre esprit.

Il est aujourd’hui un grand péril qui menace. Celui de l’envahissement de notre intimité mentale. En effet, notre attention est accaparée de toutes parts. La rapidité est la nouvelle norme qui régit nos comportements et oriente nos décisions. Nous sommes soumis à un merchandising incessant et à une fluidification de la communication qui ne laissent aucun repos à notre mental qui finit par s’épuiser et n’être plus capable de discernement.

Nous vivons dans une société où l’accélération est devenue le moteur même de sa survie. Les individus font désormais face au monde sans parvenir à se l’approprier, égarés dans cet emballement sans précédent. Nous ne vivons déjà plus tout à fait en démocratie mais dans une fluxcratie qui "n’est pas la négation de la démocratie mais son essoufflement dans le flux permanent. Une partie du pouvoir semble migrer de la loi vers la vitesse, l’attention est captée, la polarisation est algorithmique" (1). L’humanité s’y appauvrit non pas par manque mais par saturation.

Un brouhaha permanent 

Le mercredi 2 septembre 1998 lors de l’audience générale à Rome, Jean-Paul II s’exprimait précisément sur cette intimité mentale qui, disait-il, illuminée par la lumière de l’Esprit Saint, est la source de sa véritable liberté. "Dans le sanctuaire de la conscience, noyau le plus secret de l’homme, Dieu fait entendre sa voix et fait connaître cette loi qui atteint la perfection dans l’amour de Dieu et du prochain selon l’enseignement de Jésus. En adhérant à cette loi dans la lumière et la force de l’Esprit Saint, l’homme réalise pleinement sa liberté."

Or, comment notre conscience pourrait-elle être "illuminée" si elle est à tout moment distraite, envahie, assiégée par le bruit des multiples sollicitations numériques et matérialistes? Comment pourrait-elle accéder à plus de lenteur et de tranquillité si elle est sans cesse soumise au diktat de l’accélération et du brouhaha permanent? Comment être libre si l’on est enchaîné aux notifications incessantes de nos smartphones. 

Aujourd’hui, nous n’en voyons que l’usage utilitaire et récréatif, mais demain, les hyper-technologies contrôlées par des régimes autoritaires seront déviées de leur usage initial avec une facilité déconcertante. Déjà, les firmes de la Silicon Valley, la finance new-yorkaise, le FBI et la Maison-Blanche forment un bloc de plus en plus uni et totalisant où tout se communique et s’échange, sans contrôle démocratique (2).

Amplifié par l’IA

Le pape François disait quelques semaines avant sa mort: "Si nous passons plus de temps avec nos téléphones portables qu’avec les personnes, c’est que quelque chose ne va pas." C’est aujourd’hui le cas pour beaucoup d’entre nous, en particulier les plus jeunes. L’esprit humain est en danger face à ce flux permanent, amplifié désormais par le développement et l’utilisation fulgurants de l’IA. Comme nous l’avons déjà fait par le passé pour l’Antarctique (en 1959), le commerce des espèces sauvages (1975), le génome humain (en 1997) ou encore plus récemment la haute mer (en 2023), nous avons le devoir de protéger ce sanctuaire que constitue notre esprit.

Ce n’est sans doute pas par le biais d’artifices technologiques qu’il faut espérer assurer la protection de l’esprit humain. Il faut plutôt lui reconnaître une existence propre pour ensuite lui attribuer une liberté fondamentale. Revendiquer cette liberté nous dit encore Asma Mhalla, "c’est poser un acte de souveraineté intérieure. C’est faire de la pensée libre un droit fondamental, une dignité nouvelle à protéger.

Faire sa déclaration d’indépendance mentale 

Mark Hunyadi, chercheur à l’UCLouvain, dans sa déclaration universelle des droits de l’esprit humain (PUF, 2024), propose une charte de protection pour garantir la liberté, l’intégrité et l’intimité de nos esprits. "Un nouveau droit qui s’inscrirait en réaction à toutes ces formes d’immixtion qui assiègent l’esprit, celui de préserver l’intimité mentale de toutes parts menacée." A titre individuel enfin, nous devrions faire chacun notre déclaration d’indépendance mentale qui serait un acte de volonté et de lucidité individuel, à encourager à tous les niveaux du parcours éducatif de notre jeunesse. Les parents pourraient le faire avec leurs enfants, les professeurs avec leurs élèves, les animateurs de mouvements de jeunesse avec leurs animés, les catéchistes avec leurs communiants.

En cette année 2026, agissons donc ensemble avec responsabilité et engagement pour protéger un sanctuaire unique et irremplaçable: notre esprit humain.

Pascal WARNIER

Economiste et conseiller pédagogique, Pascal Warnier a été maraîcher à l’abbaye ND de Bon Secours de Blauvac. Il tient un blog: https://enobservantlemonde.wordpress.com/

(1) Asma Mhalla, Cyberpunk, le nouveau système totalitaire, Seuil, 2025.

(2) Marc Dugain et Christophe Labbé, L’homme nu, la dictature invisible du numérique, Plon, 2016.


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