Les évêques de Belgique viennent de passer 3 jours ensemble. Mais qu’ont-ils fait?


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Les évêques de Belgique viennent de passer 3 jours ensemble. Mais qu’ont-ils fait?
Les évêques de Belgique, réunis en session à l’abbaye d’Averbode. © Tommy Scholtes
Par La rédaction
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6 min

Pour leur session annuelle, nos évêques se sont rendus en début de semaine à l'abbaye d'Averbode. Le calme de la nature qui entoure ce site séculaire, l'hospitalité généreuse de la communauté norbertine en ont fait un lieu idéal pour réfléchir de manière approfondie à l'Église d'aujourd'hui et de demain. Voici le compte-rendu établi par Geert De Kerpel et Tommy Scholtes, portes-parole des évêques.

Récollection avec Stefano Conotter

Les trois jours de nos évêques à Averbode ont commencé par une journée de réflexion. Celle-ci fut animée par le père Stefano Conotter, carmélite déchaussé et supérieur de la communauté de l'avenue de la Toison d'Or à Bruxelles. Il a souligné que la mission de l'Église consiste essentiellement à aller à la rencontre des pauvres, à se laisser surprendre par eux et à ouvrir son cœur pour se laisser évangéliser par eux (cf. Dilexit Nos et Dilexit Te).

L'importance de l'interaction est revenue à plusieurs reprises : les croyants qui prennent des initiatives pour prendre soin des pauvres, mais aussi ce que nous recevons en retour et ce que nous pouvons apprendre d'eux. Cela s’inscrit en parallèle au Christ, qui s'est fait homme pour nous sauver, et à nous qui voyons la souffrance du Christ (dans le visage de l'autre) et voulons prendre soin de Lui. Nous sommes appelés à nous laisser surprendre par le Christ et par les pauvres. Dans tout cela, nous ne devons pas perdre de vue qu'il existe des structures qui sont pécheresses et qui doivent être transformées pour parvenir à un monde plus juste.

Le soir, il y a eu un échange informel et une rencontre avec les deux nouveaux évêques, Mgr Fabien Lejeusne (Namur) et Mgr Frédéric Rossignol (Tournai).

Lumières et points de convergence

Mardi, nos évêques ont parlé longuement et franchement des priorités pastorales et des expériences qui sont actuellement mises en avant dans leurs diocèses. L'accent a également été mis sur le processus synodal en cours à l'échelle mondiale et une réflexion particulière a été menée sur les thèmes qui méritent d'être approfondis au sein de notre Église locale.

Au cours de cet échange approfondi, il est apparu que le paysage paroissial en pleine mutation demeure une question centrale. Comment et où peut-on maintenir ou créer des lieux où les communautés chrétiennes peuvent se réunir pour une liturgie (dominicale) harmonieuse, la catéchèse et la diaconie ? Où peuvent-elles donc être une Église missionnaire authentique, capable d'offrir à ceux qui sont en recherche une réponse vivifiante à leurs questions les plus profondes ? Et qu'en est-il des autres lieux où cela n'est plus possible ? À cela s'ajoute bien sûr la grave pénurie de prêtres dans de nombreux diocèses, qui constitue également une préoccupation majeure. Ce problème a soulevé la question du rôle de tous les baptisés dans les missions de l'Église, ainsi que celle d'une pastorale des vocations contemporaine et attrayante, et en même temps celle des conditions du ministère ordonné.

D'autres thèmes ont été abordés à plusieurs reprises : l'accueil chaleureux réservé au nombre croissant de personnes qui découvrent ou redécouvrent la foi, la pastorale des jeunes, les opportunités offertes par les pèlerinages et les lieux de pèlerinage, ainsi que la mission évangélique qui consiste, en tant qu'Église, à accorder une attention particulière à ceux qui risquent d'être oubliés dans notre société : les pauvres, les prisonniers, les étrangers, les réfugiés et tant d'autres.

Processus synodal

Les évêques ont discuté de l'avis formulé par l'Équipe synodale nationale visant à aborder une question pastorale à différents niveaux au cours de l'année 2026 par le biais de discussions synodales. Après une conversation dans l'Esprit, le thème « Une Église accueillante : que nous apprennent les nouveaux venus dans l'Église ? En quoi nous surprennent-ils ? » a été choisi. L'Équipe synodale nationale est désormais chargée de développer cette question. Pour leur part, les évêques ont convenu de continuer à travailler sur différents thèmes au sein de la conférence dans les mois à venir : la réforme des structures paroissiales, la question des ministères, les nouveaux arrivants et, à partir de Dilexi te, la première lettre apostolique du pape Léon XIV : la pauvreté et la charité, et surtout ce que les pauvres ont à nous apprendre.

Cette journée intense, qui avait commencé à 7 heures par la célébration des laudes et qui avait été interrompue par la célébration eucharistique et le déjeuner, s'est terminée après les vêpres par une visite guidée passionnante de l'église abbatiale. Le père Jos Bielen, notre hôte, nous a guidés avec passion à travers ce magnifique monument séculaire. Nous avons ensuite eu une agréable rencontre informelle avec notre hôte, l'abbé Marc Fierens, et certains de ses confrères.

Cheminer ensemble

Mercredi, nous avons d'abord célébré l'Eucharistie. Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège, a présidé la messe. Dans son homélie, il est revenu sur les discussions du mardi, en se référant à la lecture de l'Évangile sur Jésus qui parcourt la Galilée avec ses disciples (Mc 1,29-39). Le message de l'Évangile est clair, selon l'évêque : Jésus nous invite à emprunter de nouvelles voies et à partir à sa rencontre, comme il nous l'a montré et continue de le faire. Nous devons aller vers les pauvres, les malades et tous ceux qui vivent en marge de la société, et cheminer avec eux. Nous devons accorder une grande attention à notre vie de prière personnelle et à celle de la communauté. Nous devons bien veiller à la liturgie qui nous nourrit et qui peut interpeller d'une manière nouvelle les jeunes et tous ceux qui sont en quête. Nous devons nous concentrer sur la proclamation de l'Évangile qui, plus que jamais, peut apporter une réponse authentique aux questions fondamentales que beaucoup se posent. Mgr Delville a également souligné que Jésus parcourait le pays avec ses disciples, de manière synodale, tout comme l'Église invite aujourd'hui chacun à participer à la mission de Jésus.

La matinée a ensuite été consacrée à la relation entre l'Église, l'État et la politique. Le professeur Louis-Léon Christians (UCLouvain) a présenté un exposé assez philosophique sur le droit entre témoignage et parole. Il a notamment souligné comment le sacré est banalisé dans notre société et comment les autorités ont du mal à comprendre qu'il pourrait y avoir plus que ce que la raison peut comprendre. Tout ce qui n'est pas mainstream est également sous pression et les émotions sont vives. Quelle est la position des religions et, en particulier, de notre Église à cet égard ?

Parler de ce qui compte vraiment

Ce fut ensuite au tour du professeur et ancien ministre Koen Geens. Il a surtout retracé l'histoire qui a conduit à la structure étatique belge complexe actuelle et a également évoqué le rôle que l'Église a joué à certains moments clés. Les évêques et l'Église doivent se demander comment ils peuvent inspirer la société et la politique aujourd'hui, en soulignant, dans un contexte polarisant, l'importance de la paix, du dialogue, de la prise en charge des plus vulnérables, etc.

Dans l'après-midi, nous avons regardé une émission de KTOtv dans laquelle le père Bernard Lorent, l'ancien abbé de Maredsous, témoigne des opportunités et des défis liés au recrutement de prêtres étrangers dans nos diocèses. Un accueil chaleureux, un parcours d'intégration et une formation supplémentaire sur mesure sont apparus, lors de l'échange qui a suivi, comme essentiels à la réussite des prêtres que nous invitons d'ailleurs à venir travailler dans nos églises et nos communautés.

C'est ainsi que se sont achevées trois journées intenses et passionnantes. Beaucoup de travail d'étude, entrecoupé de moments liturgiques marquants, avec beaucoup d'espace pour des contacts informels entre les participants. Il fut d’ailleurs agréable de constater de près comment les deux nouveaux évêques, Mgr Lesjeune (Namur) et Mgr Rossignol (Tournai), ont été immédiatement accueillis chaleureusement par le groupe et ont reçu tout le soutien nécessaire pour leur nouvelle mission, délicate, mais néanmoins passionnante.

Geert De Kerpel & Tommy Scholtes


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