Commentaire de l’Evangile par l’abbé Benoît Lobet : Au bonheur de Dieu


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Commentaire de l’Evangile par l’abbé Benoît Lobet : Au bonheur de Dieu
Par Benoît Lobet
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Ah! Le bonheur! Pour le sage Aristote, il est la seule réalité humaine qui soit "une fin en soi" - tout ce que nous choisissons par ailleurs, dit-il, est choisi pour autre chose. Pas le bonheur: il est choisi pour lui-même (cf. Ethique à Nicomaque, X, 6). En quelque sorte, le bonheur serait le véritable but de toute existence humaine. Il n’est donc pas surprenant que, au dire de l’évangéliste Matthieu, Jésus commence son enseignement public en évoquant le bonheur. Le psalmiste déjà avait initié son chant de pareille façon: le premier des psaumes, lui aussi, promet le bonheur à l’être humain qui trouve sa joie dans la Loi du Seigneur, la murmurant jour et nuit, restant planté ou transplanté près d’elle comme auprès d’une source de Vie (cf. Ps 1). Jésus, assis sur une montagne dont on ne dit pas le nom mais qui, pour tout auditeur juif, évoque inévitablement le Sinaï, comme un nouveau Moïse entreprend de revisiter la Torah en lui donnant, lui aussi, pour horizon, de rendre heureux l’être humain.

Etrange et paradoxal bonheur, si on le compare aux représentations courantes qu’en ont nos contemporains: à les entendre, il faudrait pour être heureux être riche et puissant, vaincre ses ennemis et leur imposer son pouvoir, se venger des offenses reçues et s’il le faut, se moquer du droit et de la justice pour arriver à ses fins – nos médias, quand ils rapportent la vie du monde, sont remplis de faits divers ou de décisions de chefs d’Etat qui illustrent pareille idée de l’accomplissement humain.

A en croire Jésus, pourtant, rien de tout cela ne rendra l’homme heureux. A rebours au contraire de cette vision prométhéenne, le bonheur serait dans la recherche d’un cœur pauvre et humble, prompt dans sa douceur à la miséricorde, soucieux de pureté, de justice et de paix et prêt pour cela à subir jusqu’à la persécution. Oui, telle est la clé du bonheur, de cette "fin en soi" seule capable de réjouir l’être humain.

C’est que, en filigrane, Jésus qui est venu nous raconter qui est Dieu, dresse dans ces Béatitudes un portrait de son Père: Dieu est lui-même pauvre et humble de cœur, doux et rempli de compassion, passionné de justice et de paix jusqu’à souffrir pour cela la persécution – ce bonheur-là sera raillé et pendu avec lui au gibet de la Croix par des êtres humains qui, à toutes les époques, auront refusé d’être heureux et auront cherché eux-mêmes à faire leur malheur en méprisant cette sagesse de l’amour. "L’amore non è amato!", dira en pleurant François d’Assise: "L’amour n’est pas aimé!"

Et si, au milieu des troubles de notre monde, assis ce dimanche aux pieds du Christ enseignant, sur la Montagne qui élève nos désirs et éloigne de nous tout ressentiment, nous reprenions dans nos pauvres mains la clé de notre bonheur?

Abbé Benoît Lobet

Catégorie : Sens et foi

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