Le nombre de prêtres va diminuant. Le dernier rapport de l’Eglise catholique en Belgique (2024) est très clair à ce propos. On peut considérer les choses avec nostalgie. On peut aussi envisager l’avenir. C’est le choix que fait la communauté paroissiale de Blocry, comme nous l’explique son curé, Charles Delhez.
Est-ce l’occasion qui a fait le larron? Toujours est-il que le presbytère bientôt centenaire (1929) était à rénover. Qui dit presbytère dit logement du prêtre. Et si on rêvait? Pour anticiper le jour où il n’y aura plus de prêtre à mettre en ce lieu, pourquoi ne susciterait-on pas une petite communauté résidentielle qui prendrait en charge l’animation de la grande communauté paroissiale? Ce rêve a pris le nom de Pôle.Blocry.
A la question du journaliste Bosco d’Otreppe sur la structure paroissiale et son maillage territorial, Mgr Luc Terlinden, interviewé pour La Libre Belgique (édition du 24-25 juin 2023), répondait: “Une évolution est en cours, mais nous ne pouvons pas mettre à la poubelle le principe des paroisses et de leur présence territoriale. La paroisse permet d’avoir une église disponible et ouverte à tous, qui offre le nécessaire à la vie chrétienne. Elle est le signe de la présence d’une Eglise au milieu du monde et pour tous. Pour autant, nous devons être honnêtes, on ne pourra plus tenir le quadrillage tel qu’on le connaît. On va évoluer vers des pôles à partir desquels on pourra rayonner. Mais il n’y a pas de plan préétabli ici à Malines. La réflexion s’élaborera avec les communautés locales et ne pourra tomber d’en haut.”
Une nouvelle manière de vivre la paroisse
C’est précisément le projet que poursuit la paroisse de Blocry depuis quatre ans. Elle souhaite à la fois garder son ancrage territorial et rester ouverte à tous, mais aussi, dans une société où le christianisme se fait de plus en plus absent, être un lieu de référence plus large que la paroisse territoriale. C’est d’ailleurs déjà ce qui se passe. Quand on observe l’assemblée du dimanche: certains sont venus à pied des rues voisines, d’autres en voiture, de beaucoup plus loin, pour se ressourcer, car ils y trouvent une communauté vivante qui les nourrit, et cela vaut le déplacement. Certes, il y a d’autres lieux. Mais à chacun d’entretenir le sien !
L’Eglise est encore organisée selon une géographie territoriale, mais petit à petit elle se transforme en une géographie humaine. Pôle.Blocry se veut être une nouvelle manière de vivre la paroisse, non plus centrée uniquement sur le prêtre (en 6 ans, un tiers de prêtres en moins; en 2024, 4 ordinations pour toute la Belgique et 5 abandons du sacerdoce), mais sur un pôle communautaire qui anime un espace de célébration et de solidarité en réseau.
Sept adjectifs pourraient le définir: spirituel et chrétien, paroissial et communautaire, écologique, intergénérationnel et hospitalier. Il s’agit de pérenniser la communauté actuelle, de l’ouvrir pour que demain il y ait encore des lieux de ressourcements spirituels et chrétiens dans notre société.
"Etre audacieux et créatif"
Les temps changent et peuvent apparaître peu favorables. La tentation serait de survivre, centré sur le passé. “A vin nouveau, outres neuves”, disait Jésus (Mt 9, 17). “Voici que je fais toute chose nouvelle”, dit Dieu dans l’Apocalypse (21, 5). “J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés”, a pu écrire le pape François dès le début de son pontificat dans Evangelii Gaudium (2013).
Où en sommes-nous? L’asbl Pôle.Blocry a été constituée et elle est reconnue par la Fondation Roi Baudouin, ce qui permet l’exonération fiscale. Il faudra en effet trouver des dons: le budget approche les 2,5 millions. Sur le long terme, les loyers en rembourseront une partie. Mais en attendant, il faut commencer ! Sans une somme de départ, nous ne pourrons pas emprunter auprès des banques.
Tout est maintenant en place.
Il ne manque plus que l’argent. Le pari est qu’il existe, et déjà de généreux dons, petits ou grands, occasionnels ou réguliers, viennent gonfler notre cagnotte. Merci à tous ces donateurs. De nombreux croyants, en effet, souhaitent que l’aventure chrétienne puisse continuer dans nos contrées. Les petits ruisseaux font les grandes rivières et les mécènes ont toujours existé. La communauté des premiers disciples vivait de dons. Qui met sa confiance en Dieu sera-t-il déçu?
Charles DELHEZ sj
[email protected]
www.blocry-paroisse.be
