Mais que font Marion Maréchal, Assita Kanko et le pape Léon XIV sur la même photo ?


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Mais que font Marion Maréchal, Assita Kanko et le pape Léon XIV sur la même photo ?
Pour quelle raison se retrouvent-ils tous les trois dans la même pièce ? © Vatican Media / Facebook Assita Kanko
Par Clément Laloyaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
6 min

On aurait volontiers emprunté le trait d’esprit du Canard Enchaîné : "Marion Maréchal va papauter avec Léon XIV" titrait mercredi le magazine satirique. La petite-fille de Jean-Marie Le Pen s'est en effet offerte une audience papale. Dans la salle Clémentine, l'on retrouvait également un visage bien connu de la scène politique belge : Assita Kanko (N-VA).

Leur lien ? Les deux députées européennes sont membres du même groupe au Parlement, les Conservateurs et réformistes européens (ECR). Un groupe, qualifié d'eurosceptique et situé à la droite de l'échiquier, qui rassemble, outre la N-VA, la formation Identité-Libertés de Marion Maréchal, le parti Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni ou encore les ultraconservateurs polonais de Droit et justice (PiS).

La raison de leur présence au Vatican ? La veille de l'audience papale, le mardi 9 décembre, les eurodéputés du groupe ECR s'étaient donné rendez-vous à Rome pour une série de tables rondes à tonalité identitaire sur "les racines chrétiennes de l'Europe". Parmi les déclarations qui ont marqué cette première "journée d'étude", notons celle du député croate Stephen Nikola Bartulica, repérée par nos confrères de La Croix : "L’absence de foi crée un vide. Récemment, nous avons vu ce vide comblé par les idéologies LGBT et climatiques. Nous en constatons aujourd’hui les dangereuses conséquences".

Ou encore celle de Marion Maréchal : "Il faut garder espoir face au wokisme et au multiculturalisme. Beaucoup de Français, et d’Européens, commencent à redécouvrir leurs racines chrétiennes."

Léon XIV précise sa lecture des racines chrétiennes de l’Europe

Le lendemain matin, mercredi 10 décembre, les eurodéputés conservateurs ont été reçus en audience par Léon XIV, peu avant l'audience générale sur la place Saint-Pierre.

Dans un discours tout en nuances, prononcé dans la salle Clémentine, le Pape a rappelé les fondements chrétiens de l’identité européenne : "L'identité européenne ne peut être comprise et promue qu'en référence à ses racines judéo-chrétiennes." Il a cité les "trésors culturels" de la "civilisation occidentale", comme ses "cathédrales, son art et sa musique sublime", mais aussi les "progrès scientifiques" et la "diffusion des universités" permis par les communautés chrétiennes. Des progrès qui témoignent du "lien intrinsèque" entre le christianisme et l'histoire européenne.

Léon XIV a toutefois rejeté toute lecture défensive ou instrumentalisée de l'héritage chrétien en Europe : "L'objectif de protéger l'héritage religieux de ce continent n'est toutefois pas simplement de sauvegarder les droits de ses communautés chrétiennes, ni principalement de préserver des coutumes ou des traditions sociales particulières, qui varient de toute façon d'un endroit à l'autre et au cours de l'histoire. Il s'agit avant tout de reconnaître un fait". Comme s'il souhaitait prendre ses distances avec certaines déclarations prononcées la veille par des députés présents dans l'assemblée.

Sans s’opposer frontalement aux élus ECR, le Pape a finalement replacé leur combat politique dans un cadre plus large. Il a appelé à préserver le dialogue entre "le monde de la raison et le monde de la foi", entre la rationalité séculière et la croyance religieuse — une formule chère à Benoît XVI qu’il a citée. Dans ce dialogue, "les politiciens ont un rôle très important à jouer", a-t-il souligné, ajoutant que ce dialogue "est essentiel pour respecter les compétences spécifiques de chacun et pour fournir à l'autre ce dont il a besoin", c'est-à-dire "un rôle mutuellement ‘‘purificateur’’ afin de garantir qu'aucun des deux ne tombe dans le piège des distorsions". Selon La Croix, il s'agit là, de la part du Pape, d'une "mise en garde implicite contre toute instrumentalisation politique du religieux."

Dans son discours, Léon XIV a souligné la responsabilité des élus à "promouvoir le bien commun", exhortant "à ne jamais perdre de vue les oubliés, ceux qui sont en marge, ceux que Jésus-Christ a appelés ‘‘ les plus petits’’ parmi nous".

Le Pape en audience avec les membres du groupe des Conservateurs et Réformistes européens du Parlement européen. © Vatican Media

Une charte pour raviver les valeurs traditionnelles en Europe

Pour Patryk Jaki, chef de groupe des conservateurs au Parlement, rencontrer la Saint-Père "nous rappelle avec force que la vie politique européenne doit rester attentive à la substance éthique et spirituelle qui sous-tend sa civilisation". Dans la foulée de l'audience, le leader politique a remis au Pape une "charte des valeurs conservatrices" rédigée par les élus de l'ECR à Subiaco près de Rome, "lieu sacré marqué par l'esprit de Saint Benoît, le saint patron de l'Europe". Ce texte met notamment en avant les principes suivants :

  • Fidèles aux enseignements de saint Benoît, nous soulignons l'importance de préserver notre patrimoine culturel et nos valeurs traditionnelles. Nous partageons une identité commune profondément enracinée dans les traditions hellénistique, romaine et chrétienne.
  • Nous nous opposons fermement à une UE conçue comme un outil au service d'un programme mondialiste visant à imposer une pensée unique progressiste et un relativisme éthique.
  • Nous préconisons des mesures qui favorisent la natalité et encouragent les familles dans leur noble quête de parentalité.
  • Nous défendons la famille traditionnelle comme fondement de la société, chérissant son rôle crucial dans l'éducation des générations futures avec amour, stabilité et guidance morale.

Sans savoir qu'il allait se voir offrir cette charte, le pape Léon également fait référence, dans son discours, aux "riches principes éthiques et modèles de pensée qui constituent le patrimoine intellectuel de l'Europe chrétienne". Mais en ajoutant aussitôt que ces principes et modèles de pensée chrétiens allaient être "fondamentaux pour répondre aux défis posés par la pauvreté, l'exclusion sociale, la privation économique, ainsi que par la crise climatique actuelle, la violence et la guerre".

Le contraste entre les deux visions - politique et religieuse - saute aux yeux.

Les deux chefs de file des conservateurs à l'Europe ont remis à Léon XIV une charte en 15 points, censés rappeler "les principes durables qui ont façonné les valeurs européennes tout au long de l'histoire". © Vatican Media

L’Europe à droite toute ?

Les élections de juin 2024 ont profondément bouleversé les rapports de force politiques au sein du Parlement européen. Le groupe PPE (centre-droit) est arrivé en tête, glanant 188 députés sur un total de 720. À sa droite s’articulent trois autres groupes : les conservateurs d'ECR qui comptent 79 députés, les souverainistes de Patriots comptabilisant 85 députés (Vlaams Belang, RN, Fidesz, PVV...) et les ultranationalistes de l'Europe des nations souveraines avec 25 eurodéputés (AfD...).

Un rapide calcul nous apprend que, s'ils s'entendent, les formations de droite à l'extrême-droite disposeraient d'une majorité au Parlement en cas de vote. De quoi imposer à l'Union européenne un agenda moins progressiste, moins social et, sur le plan des valeurs, nettement plus conservateur.

Pas la première fois qu'un Pape s'exprime sur les racines chrétiennes

Comme le rappelle le palmipède (surnom du Canard Enchaîné), il y a 40 ans, le grand-père de Marion Maréchal, Jean-Marie Le Pen rencontrait le pape Jean-Paul II au Vatican. Ce jour-là, le souverain pontife avait appelé le fondateur du Front National à  "s’opposer avec vigueur à la décadence des valeurs morales en Europe".

Au début des années 2000, Jean Paul II avait ardemment souhaité que la nouvelle Constitution européenne intègre une référence aux "racines chrétiennes" du Vieux Continent. Le Saint-Siège avait fait part de ses "regrets" après l’adoption en 2004 d’un texte qui ne contenait pas ces termes.

Mais c'est pas tout. Comme le rappelle l'agence presse spécialiste du Vatican I. Media : une semaine après son élection survenue le 19 avril 2005, Benoît XVI avait pris soin de citer dans sa première audience générale place Saint-Pierre les "incontournables racines chrétiennes" de l’Europe.

Clément Laloyaux (avec Vatican News, La Croix et cath.ch / I.Media)


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