Trois détenus et des membres de l'équipe d'aumônerie de prison partagent des témoignages très personnels dans le cadre du Jubilé des détenus.
Ce 17 décembre 2025, les évêques de Belgique ont adressé une lettre ouverte aux personnes incarcérées dans notre pays. Dans ce message, rédigé à l’occasion du Jubilé des détenus, ils veulent rejoindre celles et ceux qui vivent l’épreuve de la détention. Les évêques rappellent qu'ils et elles demeurent "frères et sœurs en prison", jamais oubliés de l’Eglise. Conscients de la dureté du quotidien carcéral, en particulier dans des établissements surpeuplés, ils rappellent que "la prison est souvent un lieu où la dignité est perdue, où les relations sont fragilisées et où tant de larmes restent cachées." Les évêques soulignent aussi le rôle essentiel des aumôniers, appelés à manifester une présence fidèle et bienveillante, et affirment avec force que, quelles que soient les fautes commises, "chaque personne est et reste unique et précieuse aux yeux de Dieu ". Lire la Lettre des évêques.
Dans le cadre de ce jubilé, trois détenus livrent leur parcours de vie et de foi. Deux aumônières racontent également comment elles ont accompagné durant cette année les détenues de Saint-Gilles et Haren (Bruxelles).
Témoignage de A., 26 ans
Je suis papa d’une petite fille qui va avoir quatre ans et je partage ma vie avec sa maman depuis maintenant sept ans. Je viens d’une famille catholique mais pas pratiquante. Petit on me parlait de Jésus-Christ, le fils de Dieu, mais sans plus, sans que je n’y comprenne le sens. Oui, petit j’étais déjà croyant, mais je ne pense pas que je comprenais ce qui était réellement la foi.
Retour sur un parcours fait de nombreuses épreuves
Je viens d’une famille de deux petits frères, une petite sœur, un grand frère et une grande sœur. Notre maman était toxicomane bipolaire, notre papa alcoolique et très peu présent. Comme il n’y avait personne pour subvenir aux besoins de la famille, j’ai dès le plus jeune âge (13/14 ans) choisi la mauvaise route, pour pouvoir m’occuper de mes frères et sœurs.
Je ne devais pas avoir plus de 15 ans que je m’occupais de remplir le frigo, des fournitures scolaires, des vêtements, et des frais en tous genre. Ma grande sœur s’occupait du ménage et des lessives. A l’âge de 17 ans, j’ai décidé de quitter le domicile, mais je ne pouvais pas laisser mes frères et sœurs. Alors, j’ai contacté le SPJ et j’ai tout fait pour qu’on retire la garde [à mes parents] et que tout le monde soit placé chez les parrains et marraines, et moi j’ai pris un studio avec le plus petit de mes frères.
On pourrait se dire que tout ça était bien et que j’agissais bien, mais c’était tout le contraire. Je vendais la même drogue qui avait détruit ma mère, je critiquais tous ceux qui venaient chercher leur dose et les prenais pour des déchets. Alors que le déchet, c’était moi, car je participais activement à leur descente aux enfers. Je me sentais supérieur, car moi je faisais de l’argent sur le malheur des gens.
Suite à une enquête, je me suis retrouvé en prison, et c’est là que ma descente aux enfers a commencé. Alors que je n’avais jamais consommé la drogue que j’ai fourni pendant des années, assis sur mon lit en cellule je me sentais seul et abandonné de tous. Mais surtout, j’avais l’impression que Dieu m’avait, moi, toujours oublié. J’ai commencé à consommer de la cocaïne à très fortes doses, mais je m’en cachais de tout le monde.
J’ai pu bénéficier des congés pénitentiaires prolongés (15 jours prison – 15 jours dehors). Les 15 jours que je passais dehors, je consommais tout le temps et ne passais aucun moment en famille. Je n’avais plus qu’une idée en tête: c’était de me droguer. Ca m’a rendu violent et tellement méchant que ma compagne a décidé de tout dire à la prison. Je devais réintégrer la prison. A l’arrivée de la police, je me suis enfui et j’ai passé quatre mois à errer dans les rues, à chercher des solutions pour pouvoir me droguer.
"Dieu m'envoyait de grands signes que je refusais de voir"
Quatre mois plus tard, je retourne en prison et comme toujours, je participe au culte, mais cette fois-ci, je n’écoute plus avec mes oreilles mais avec mon cœur directement. Un lundi, un culte m’a complètement bouleversé. L’aumônier nous a demandé de fermer les yeux, et que si nous le voulions, nous pouvions demander à Dieu de nous accepter comme ses fils et l’accepter comme père. De le remercier d’avoir donné son seul fils Jésus-Christ pour payer pour les péchés de l’homme et que nous pouvons tous être pardonnés. Ce jour-là, il s’est passé quelque chose à l’intérieur de moi, ce jour-là j’ai compris que Dieu était là et qu’il l’avait toujours été. Quand je pensais qu’il m’avait abandonné, il m’envoyait de grands signes que je refusais de voir.
Je suis tombé dans la drogue pour comprendre qu’en la vendant, je participais au mal-être, mais je suis tombé dedans pour me mettre au même niveau que ceux que j’ai toujours critiqués. Car sur cette terre, nous sommes tous au même niveau, et Dieu est là pour nous le rappeler.
J’ai commencé à lire la bible chaque jour et chaque jour, je remercie Dieu pour tout ce qu’il fait pour moi. Depuis que j’ai arrêté de faire l’aveugle et que j’ai ouvert mon cœur aux signes qu’il m’envoie, ma femme est revenue, je peux espérer une libération d’ici peu, je me suis rapproché de toute ma famille. Alors aujourd’hui, je n’ai plus d’angoisses en ce qui concerne mon avenir et j’ai confiance en moi, et au bien que je peux apporter autour de moi.
Et tout cela je le dois uniquement à ma foi et mon amour envers Dieu et Jésus-Christ mon sauveur, notre sauveur. « Dieu qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces; mais avec la tentation il préparera aussi le moyen d'en sortir, afin que vous puissiez la supporter » 1 Corinthiens 10-13
Témoignage de Vincent

Depuis un an et demi j'ai entrepris ce chemin vers Jésus en tant que catéchumène et futur baptisé, rejetant la vie dissolue que j'avais avant, faite d'alcool et de drogue.
Et pourtant, Jésus était là, me soutenant aux moments les plus durs; par une rencontre, par une parole. Je me suis fait du mal, et j'ai fait du mal. Pourtant, Jésus ne m'a pas laissé. J'ai mis ma foi en lui et elle grandit avec l'aide de vous, mes frères et sœurs catholiques, cette communauté qui m'entoure et me réconforte, me montrant que l'amour de Jésus est en nous tous. Il me donne la force, l'envie, l'espoir que, par l'amour que Jésus nous donne, nous soyons rassemblés en une famille, un peuple louant notre Dieu le Père. Merci de cette présence et ce soutien.
Témoignage de G. (extraits)
Louange à Dieu. Merci Seigneur que cette initiative ait été prise. Que la grâce et la paix de Dieu vous couvrent pour toujours, cher évêque. Que Dieu vous bénisse.
Je m’appelle G., j’ai 35 ans et j’ai passé presque 11 ans en prison. Je remercie le Seigneur Jésus-Christ d’être revenu dans ma vie. J’ai vécu ma foi avec l’aumônier Jean-François (qui est au ciel maintenant) à Nivelles, que ses paroles m’encouragent dans mon épreuve qui continue. Je n’avais pas de visite. Un jour j’ai pété les plombs, j’ai sorti deux couteaux aux agents, je voulais en finir avec ma vie. J’ai été au cachot pendant 9 jours, durant lesquels j’ai lu les actes des apôtres en entier. Puis prière sur prière. Jean-François est venu au cachot pour m’apporter la bible.
J’ai rêvé du pape Benoît XVI: il marchait, avec deux cardinaux, à la fin il est venu m’embrasser la tête. Le Covid est venu, je rêvais du pape François qui venait avec de l’encens dans la prison en 2020, et ensuite j’ai commencé à regarder KTO et j’ai mis le chapelet de Lourdes, j’ai commencé à prier le « Je vous salue Marie » avec foi, tous les jours.
Je vous demande, cher évêque, priez pour moi, que Dieu vous bénisse.

Témoignage de Srs Hélène et Valérie, aumônières de la Maison de peine à Haren (Bruxelles)
A la maison de peine de la prison de Haren, nous avons souhaité faire vivre aux hommes un pèlerinage intérieur d’Espérance dans le cadre de l’année jubilaire.
Nous avons commencé par interviewer les personnes détenues (à Haren et St Gilles), durant l’Avent 2024, à partir du logo de l’année jubilaire: "Qu’est-ce que l’espérance pour vous ? Qu’espérez-vous ? Qu’est-ce qu’être pèlerin d’espérance pour vous ?" Toutes leurs paroles ont été recueillies dans un grand livre qui a accompagné le pèlerinage diocésain, le 23 mars 2025, entre la cathédrale de Bruxelles et la Basilique de Koekelberg.

Le 30 janvier 2025, Mgr Kockerols est venu nous faire franchir la porte sainte (une porte en carton habillée des paroles d’espérance des personnes détenues).
Tout au long de l’année, chaque mois nous avions rendez-vous pour un partage de la parole – ce rendez-vous a été institué depuis la démarche du synode à la demande des personnes détenues – Nous avons partagé autour des Béatitude, du livre de Tobie, de la miséricorde (Luc 15), de l’Apocalypse (21, 1-7), du chapitre 3 du livre de Daniel et de l’histoire de Noé, deux textes cités lors des interviews comme parole d’espérance. Nous avons aussi prié le Notre Père avec notre corps, contemplé la tapisserie « L’Alliance de Dieu avec son peuple » de l’artiste haïtien Jacques Chéry et créé notre bannière d’espérance en réponse à celles créées par des jeunes.
Avec la porte sainte, le livre des paroles d’Espérance et la bannière, nous avons participé à l’exposition Esper’art organisée par la pastorale scolaire, à la Basilique de Koekelberg, au mois de mai.
Notre pèlerinage s’est achevé le 27 novembre 2025 par une messe présidée par Mgr Kockerols, durant laquelle il a pu remettre à chaque participant la lettre des évêques de Belgique à l’occasion du jubilé des détenus, le 14 décembre 2025. Cette célébration a été préparée le 23 octobre par un temps de relecture, où les personnes ont pu exprimer ce qu’elles souhaitaient garder de ce pèlerinage:
« Dieu se souvient de nous. »
« Dieu nous sauve mais pas sans notre collaboration. »
« L’espérance c’est de faire des choix et de bons choix. »
« Si vous commencez à aimer Jésus-Christ, à pratiquer votre religion et la méditation, vous trouverez l’espérance, la gratitude et l’amitié. »
« Si l’Espérance était un objet, ce serait une brindille à peine enflammée, un tison (une braise): c’est la présence d’un feu endormi mais certain ; ça va s’allumer. »

