L’actualité remet régulièrement Albert Camus sur le devant de la scène. François Ozon vient d’adapter pour le grand écran L’étranger et rappelle à quel point l’aura de l’écrivain a marqué le XXe siècle, tout en s’incrustant dans le nôtre.
Aujourd’hui, Véronique Albanel explore le rapport complexe que le célèbre romancier a noué tout au long de son existence avec la figure de Jésus, prenant comme point de départ une phrase étonnante: "Je n’ai que vénération et respect devant la personne du Christ et devant son histoire. Je ne crois pas à sa résurrection !" Cette profession de foi négative sert de base à un essai qui rappelle à quel point l’homme n’était ni croyant ni athée, debout dans une zone d’entre-deux, dépouillée de toute adhésion dogmatique et de toute sacralisation.
La force d’un Christ non théologique
Pour comprendre, il importe de se plonger dans la vie même d’Albert Camus, marqué très jeune par la maladie, la pauvreté et l’absence du père. La figure du Christ souffrant et abandonné au Golgotha ne pouvait que susciter chez lui de l’admiration et un réflexe d’identification.
Il l’assimile à un héros proche de ceux qui subissent la faim, le froid ou la peur. Il célèbre un Christ de compassion, de solidarité, sans miracles et porteur d’une humanité dont il se veut, lui aussi, le témoin. Ce Christ-là aide à espérer, non pas parce qu’il promet un au-delà, mais en soutenant l’effort quotidien de ne jamais se désoler de l’être humain. Un Jésus qu’il reconnaît autant dans les geôles franquistes qu’auprès de ceux qui se battent pour la liberté dans les territoires où la justice se négocie au prix du sacrifice.
Ce regard profondément respectueux passe à ses yeux par une critique sévère de l’institution ecclésiale. L’écrivain reproche à l’Eglise ses compromissions politiques et son silence devant certains drames de l’Histoire, ainsi que son éloignement croissant des gens de peu. "L’Eglise n’aime plus les pauvres !", écrit-il dans une formule aussi lapidaire que révélatrice. Selon lui, elle trahit le message évangélique chaque fois qu’elle choisit le pouvoir plutôt que la miséricorde.

Alors que ces questions n’échappent pas aux responsables religieux, Albert Camus insiste sur la force d’un Christ non théologique, qui ne relève pas de la divinité, axe son message sur la fraternité, n’impose pas une foi et inspire le choix d’aimer, de pardonner et de refuser le désespoir !
Daniel BASTIÉ
Véronique Albanel, Le Christ d’Albert Camus.
Ed. Desclée de Brouwer, 2025, 202 pages.

