Lors de sa rencontre avec le monde du cinéma, Léon XIV a révélé ses coups de coeur, parmi lesquels La Mélodie du Bonheur et La vita è bella. Mais que sait-on des goûts cinématographiques des papes précédents : François, Benoît XVI ou Jean-Paul II ?
Vous avez probablement vu passer l'info ce weekend. Le pape Léon XIV a reçu dans la salle Clémentine au Vatican quelque 200 réalisateurs, acteurs et producteurs du 7e art. Parmi les célébrités présentes dans l'assemblée, l'on a pu repérer Monica Bellucci, Cate Blanchett, Viggo Mortensen ou encore le réalisateur Spike Lee. Au cours de l'audience, Léon XIV a fait l'éloge d'un cinéma capable d’émerveiller et d’élever l’âme. "Faites du cinéma un art de l’Esprit !" a-t-il exhorté.
"Le cinéma, lorsqu'il est authentique, ne se contente pas de consoler: il interpelle. Il appelle par leurs noms les questions qui nous habitent et, parfois même, les larmes que nous ignorions devoir exprimer."
Pape Léon XIV
Le pape américain, qualifié de grand cinéphile par ses amis de Chicago, a ensuite apporté son soutien aux salles de cinéma, "lieux d’humanisation" aujourd’hui en danger. "Les salles de cinéma subissent une érosion inquiétante qui les éloigne des villes et des quartiers ; nombreux sont ceux qui affirment que l'art cinématographique et l'expérience du cinéma sont en danger", a déploré l'évêque de Rome invitant "les institutions à ne pas baisser les bras et à coopérer pour affirmer la valeur sociale et culturelle de cette activité".
"Les structures culturelles comme les cinémas et les théâtres sont le cœur battant de nos territoires, contribuant à leur humanisation."
Pape Léon XIV


Léon XIV : ses films préférés
À l’occasion de sa rencontre avec le monde du cinéma, le pape Léon XIV a dévoilé dans un message vidéo quatre films qui occupent une place particulière dans sa vie.
Il cite d’abord It's a Wonderful Life (1946) de Frank Capra, un film de Noël dans lequel un ange descend du ciel pour aider un père de famille désespéré. Il évoque aussi la comédie musicale La Mélodie du bonheur (1965) de Robert Wise, ainsi que le drame psychologique Des gens comme les autres (1980) de Robert Redford. Enfin, il confie son profond attachement à La vie est belle (1997) de Roberto Benigni, comédie dramatique se déroulant en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale.

François : ses films préférés
Enfant et adolescent, Jorge Mario Bergoglio se rend souvent au cinéma de quartier à Buenos Aires avec ses parents, où jusqu'à trois films sont projetés à la suite. Il aime aussi en regarder lors des après-midis passés chez sa grand-mère Rosa.
Si, une fois devenu pape, il révèle ne plus regarder la télévision depuis plus de trente ans (après un vœu fait à Notre-Dame du Mont-Carmel), le pape François reste l'un des pontifes les plus prolixes sur ses goûts cinématographiques.

Dans un entretien à la revue jésuite Études, il confie que La Strada (1954) de Federico Fellini est sans nul doute le film qu'il a le plus aimé : "Je m’identifie volontiers à ce film qui contient une référence implicite à saint François", explique-t-il. L'histoire est triste car elle raconte le destin tragique de Gelsomina, une jeune femme naïve vendue à Zampano, un forain brutal et violent. "C'est un film qui commence par des larmes et se termine par des larmes" dévoile à nouveau François en mai 2024, dans une vidéo dédiée aux 70 ans de La Strada.
Grand amateur de néoréalisme italien, François cite souvent Rome ville ouverte (1945), de Roberto Rossellini. Ce drame relate un épisode tragique de l’occupation allemande à Rome, au cours duquel un communiste et un prêtre, réunis dans le combat contre l’ennemi commun, sont arrêtés et exécutés par la Gestapo durant l’hiver 1944.
À plusieurs reprises, le pape François a exprimé sa fascination pour le film Le festin de Babette (1987) de Gabriel Axel, allant même jusqu'à évoquer la comédie dramatique danoise dans l'exhortation apostolique Amoris Laetitia : "Il faut rappeler la joyeuse scène du film Le festin de Babette, où la généreuse cuisinière reçoit une étreinte reconnaissante et un éloge: ‘Avec toi, comme les anges se régaleront!’ Elle est douce et réconfortante la joie de contribuer à faire plaisir aux autres, de les voir prendre plaisir."

La réhabilitation d'un film sur Jésus... 50 ans après !
Notons que c'est sous le règne de François, précisément le 21 juillet 2014, que l'Osservatore Romano, journal officiel du Saint-Siège a qualifié L’Évangile selon saint Matthieu (1964) de "meilleur film jamais tourné sur Jésus".
Cette reconnaissance posthume de l'œuvre du réalisateur controversé Pier Paolo Pasolini est d'autant plus remarquable que, lors de sa sortie cinquante ans plus tôt, le film avait été désavoué et attaqué par de nombreuses associations catholiques.

Quid de Benoît XVI, Jean-Paul II...?
On connaît l'amour de Benoît XVI pour la musique (voir d'ailleurs la vidéo : le cardinal Ratzinger joue du piano). Ses goûts cinématographiques restent eux plus mystérieux.
Toutefois, en novembre 2005, le pape allemand a assisté à la projection d’un film sur la vie de Jean Paul Il. Au terme de la séance, il s'est adressé à une Salle Paul VI comble pour saluer l'oeuvre qu'il venait de voir. "La vision de ce film a renouvelé en moi, et je pense en tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître, un sentiment de profonde gratitude envers Dieu pour avoir donné à l'Église et au monde un pape d'une si grande stature humaine et spirituelle", déclara alors Benoît XVI.
Dans sa jeunesse, le pape Jean-Paul II fut un acteur… de théâtre ! Doté, d'après ses proches, d'un véritable talent dramatique et d'un extraordinaire sens de la diction, celui qu'on connaissait alors sous le nom de Karol Wojtyła faisait partie d'une troupe polonaise intitulée le Théâtre Rhapsodie.
Sensible au monde du 7e art, qu'il avait notamment rencontré lors d'un congrès sur le cinéma le 2 décembre 1999, le pape Jean-Paul II n'a cependant jamais dévoilé ses films préférés.

Une liste de 45 films promus par le Saint-Siège !
Enfin, notons que c'est sous le pontificat de Jean-Paul II que fut publiée la fameuse liste des "films recommandés par le Vatican". En effet, en 1995, à l'occasion du centenaire du cinéma, le Conseil pontifical pour les communications sociales sélectionne 45 longs-métrages pour leur profondeur artistique, humaine ou religieuse. Dedans, on retrouve des titres bien connus comme Ben-Hur, La Liste de Schindler, Les Chariots de feu, 2001 L'Odyssée de l'Espace, Mission... et même Nosferatu le vampire !
Pour aller encore plus loin : découvrez le lien qu'entretenaient Paul VI, Jean XXIII et Pie XII avec le monde du cinéma !
Clément Laloyaux

