La souffrance sans fin des chrétiens du Nigeria


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La souffrance sans fin des chrétiens du Nigeria
CCO Pixabay Tep Ro
Par Julien Paul
Journaliste
Publié le - Modifié le
5 min

Le président Trump menace d'agir militairement au Nigeria pour venir en aide aux chrétiens persécutés. De quoi les chrétiens du Nigeria souffrent-ils ? Analyse de la situation actuelle dans le pays, avec sa complexité et ses enjeux.

Le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique, il traverse plusieurs crises superposées. Depuis plus d’une décennie maintenant, dans le nord-est, Boko Haram et des groupes djihadistes apparentés sévissent avec une violence extrême. 

Le Nigeria vient d’être réinscrit par Washington sur la liste des « pays particulièrement préoccupants » en matière de liberté religieuse. Cette désignation, décidée par la Maison-Blanche vise les états qui tolèrent ou pratiquent des violations graves et répétées de la liberté de croyance. 

Au centre et au nord-ouest, des bandes armées terrorisent les habitants des zones rurales, s’emparent de terres sous la menace, s’adonnent à des enlèvements, au pillage et à la menace des agriculteurs. La dimension religieuse fait partie de leur arsenal discriminatoire, même si musulmans et chrétiens souffrent de ces exactions. 

Les ONG et associations internationales présentes sur place documentent de nombreux cas d’abus et de justice dysfonctionnelle, comme celui de Rhoda Jatau: une mère chrétienne emprisonnée 19 mois sans raison avant d’être acquittée. Comme le cas du musicien soufi Yahaya Sharif-Aminu, toujours en attente d’un jugement après une condamnation à mort pour un message WhatsApp jugé blasphématoire.

Près de 150 prêtres et séminaristes ont été enlevés au Nigeria au cours des dix dernières années. Les exactions et brutalités connaissent indéniablement une récente accélération. Le 2 septembre dernier par exemple, dans le centre du pays, une femme chrétienne a été brûlée vive par une foule pour avoir prétendument blasphémé contre le prophète Mahomet. La question du blasphème est un argument que la justice nigériane semble tolérer lorsqu'elle doit juger de telles exactions. C’est aussi un argument qui sert de plus en plus de moyen d’oppression des chrétiens qui pourtant ne sont pas en minorité: ils sont aussi nombreux dans le pays que les musulmans, à hauteur de 45% de la population. Dans les instances gouvernementales cela dit, ils sont clairement minoritaires et peinent à faire entendre leur voix. 

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Une lumière nouvelle sur une situation pourrissante 

Si ces troubles sont anciens, pourquoi les médias s'emparent-ils à nouveau de ce sujet? Parce que le président américain dicte l'agenda médiatique, depuis au moins un an. Cette fois-ci, il menace de priver le Nigeria de l'aide humanitaire américaine (déjà drastiquement réduite) et d’intervenir militairement pour voler au secours des chrétiens. 

Les images choc de sols d’églises ensanglantés qui nous parviennent n’y sont certainement pas pour rien. Les autorités nigérianes, elles, rappellent que la constitution garantit la liberté de culte et que les communautés musulmanes paient elles aussi un lourd tribut à l’insécurité, notamment à l'occasion de fêtes religieuses. Le gouvernement nigérian conteste clairement la lecture trumpienne des faits et refuse l’idée d’un génocide chrétien, soulignant la nécessité que les Etats-Unis respectent la souveraineté nationale et la diversité confessionnelle du pays. 

Ce que dit Trump et ce qu’il pourrait faire

Déclaration de Donald Trump sur Truth Social (RCF D.R.)

Sur son réseau Truth Social, Trump parle de milliers d'assassinats de chrétiens, imputant les massacres aux « islamistes radicaux ». Il affirme que « les États-Unis ne resteront pas les bras croisés ». Les chiffres évoqués par la présidence américaine sont difficiles à vérifier. Selon les spécialistes, la plupart des victimes des groupes extrémistes sont des musulmans et, au-delà des motifs religieux, les conflits sont souvent motivés par des questions d’accès aux ressources et aux terres.

Face à la pression d’associations évangéliques américaines et de certains élus conservateurs, la menace d’une intervention militaire ou de sanctions américaines reste, pour le moment, à l’état de rhétorique. Aucun plan opérationnel n’a été rendu public pour le moment. Les exagérations de Trump faussent la compréhension que l'on pourrait avoir de la situation actuelle. A terme, quand il sera passé à autre chose (ce qui est déjà le cas depuis l'élection du maire de New York qui le défie ouvertement) ses approximations pourraient faire du tort à la probable résolution de cette situation (indéniablement préoccupante). 

Pour être potentiellement résolue, cette crise nécessite une pression internationale mais avec des moyens bien plus complexes que ceux que Trump évoque. Selon de nombreux experts, il est abusif de réduire le marasme Nigerian à une oppression des chrétiens. C'est en fait la population rurale dans son ensemble qui souffre du terrorisme grandissant. 

RCF D.R.

Instrumentalisation du dossier nigérian

En brandissant ce dossier, Donald Trump fait-il semblant de faire de la diplomatie en ne s'occupant en réalité que de politique intérieure américaine ? En liant la défense des chrétiens au Nigeria à la lutte contre le « radicalisme islamique », le président américain s’adresse d’abord à sa base électorale en lui offrant le récit simplifié d’une Amérique protectrice des chrétiens dans un monde hostile à leur foi. Il avait pourtant promis au pan souverainiste de son électorat de ne plus engager le pays dans un conflit.

La réalité complexe du Nigeria — entre violences intercommunautaires et conflits fonciers — risque de disparaître prochainement dans les limbes des médias, après avoir fait l'objet d'une narration simplifiée et anxiogène. Plus subtil dans ses analyses, le Vatican souligne que la crise Nigeriane est d’abord sociale et sécuritaire, non religieuse. 

Julien PAUL


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