Bruits de bombes incendiaires, cris des blessés, râles des mourants: les journaux télévisés sont submergés d’images de plus en plus horribles et angoissantes qui nous viennent de plusieurs parties du monde. Tout le monde se demande: quand s’arrêtera la folie de la guerre? Mais rien ne paraît pouvoir mettre fin à cette débauche de brutalités et de sang.
L’Evangile d’aujourd’hui nous rappelle qu’il en était ainsi depuis toujours. La Bible ne commence-t-elle pas par le récit d’un assassinat: celui de Caïn qui tue Abel, son frère. Et cela continue, tout le temps.
Jésus nous dit que, dans de telles circonstances, nous devons rendre témoignage. Rendre témoignage de quoi? De l’amour du Christ qui nous anime, nous les pèlerins de la vie. Ce fut cette ferme conviction qui poussa les apôtres sur les chemins de l’empire romain. Ils n’avaient pas de plan bien défini. Ils réagissaient selon les circonstances, comme saint Paul qui passa par Antioche, qui franchit le détroit du Bosphore et atteignit Thessalonique et Athènes pour finir misérablement à Rome sous l’épée d’un bourreau.
Il n’avait rien prévu de tel, mais il l’avait assumé pleinement, porté qu’il était par l’espérance de mieux servir le Christ. Mais, nous, que pouvons-nous faire? Accomplir pleinement notre mission sur terre, que ce soit dans l’agitation de la famille, dans les turbulences de la vie professionnelle, ou dans la solitude d’une maison de repos ou d’un hôpital. Tous, là où nous sommes, nous devons rendre compte de cet amour que Dieu a posé en nous.
Car nous ne sommes pas de simples fétus de paille, livrés aux flots furieux de la vie. Nous sommes membres d’un même équipage, celui du bateau de l’Eglise. Agités par les tempêtes extérieures et par les disputes intérieures, nous traversons l’océan de l’histoire, poussés par la grâce de l’Esprit, éclairés par les sacrements, les yeux fixés sur l’amour de Dieu.
Il ne s’agit pas d’accomplir de grands exploits. Il s’agit de recommencer chaque jour à construire l’Eglise de Dieu. Mère Teresa, à Calcutta, n’a pas commencé par construire un gigantesque hôpital. Elle a commencé par soigner un agonisant gisant dans la fange d’une ruelle mal éclairée. Giorgio Frassati, récemment canonisé, n’a pas commencé par rassembler de grandes foules de miséreux. Il avait simplement commencé par aller voir l’un, et puis l’autre. Il leur a parlé dans leur langue, le dialecte. Il en a aidé un, puis deux, puis trois.
Le Christ n’a pas soigné tous les lépreux de Palestine et du Moyen Orient. Il en a soigné quelques-uns. Il a lancé le mouvement. Il a surtout donné la grâce de sa résurrection, de cette petite résurrection que nous pouvons tous apporter là où nous sommes, en donnant des petits signes de l’amour de Dieu au milieu des bruits de la guerre

