Nos démocraties sont-elles faibles… ou fortes? Elles osent en tout cas faire le pari de la bienveillance et de la liberté. Un pari osé, risqué, que prend le temps d’interroger Baudouin De Rycke, enseignant à la retraite.
L’enseignant que je fus a bien du mal à comprendre que l’Europe occidentale soit si régulièrement jugée faible. Quand je me trouvais face à une classe où quelques énergumènes tentaient d’user, à des fins douteuses, de ma disposition à la bienveillance et à l’écoute, je ne manquais pas de les raisonner, leur expliquant que la véritable force n’était en rien l’apanage d’un professeur ou d’une nation qui, comme la Russie, assurait son autorité par la terreur, l’endoctrinement ou le mensonge.
Passer par ces méthodes, qu’était-ce donc, sinon juger les élèves – ou un peuple – incapables de trouver un équilibre entre leurs droits et leurs devoirs? Ce régime était donc en réalité lâche et malsain. Il enveloppait astucieusement une fébrilité permanente dans une coque hérissée de pointes. Il était le choix des faibles, qui dissimulent leurs peurs sous une apparence de virilité…comme un roquet face à un congénère placide et inoffensif.
Le pari de la bienveillance et de la liberté
La force est bien dans le camp démocratique. Elle est une force parce qu’à des gens qu’elle sait déboussolés, elle OSE ENCORE faire le pari de la bienveillance et de la liberté. La démocratie reste et restera humainement la plus riche et la plus noble des ambitions politiques. Le seul problème – et quel problème ! – résidera sans doute encore longtemps dans la recherche d’un minimum d’équilibre au sein d’une frange de la population – scolaire ou nationale – qui n’a pas vraiment pris conscience de l’absolue nécessité de donner aux devoirs l’importance qui leur revient.
Un courage… presque suicidaire !
Les sociétés réellement démocratiques feraient donc preuve d’un courage réellement admirable… Mais un courage presque suicidaire ! Car, enfin, maintenir grandes ouvertes les portes de la liberté à une population toujours influencée par des générations de soixante-huitards incapables de freiner leurs appétits de liberté (au point de ne plus se contenter d’un respect réel et croissant des minorités, mais de vouloir ériger ces dernières en normes, voire même de les espérer majoritaires !), c’est presque du suicide… Qui ne voit qu’en Occident, pour cette raison, les sociétés démocratiques s’enlisent? Certes, les réactions à ce triste constat fleurissent un peu partout. Mais le contre-courant patauge.
Les intentions les plus nobles
Partout, en Europe, on le voit clairement depuis longtemps, ceux qui tentent, par leur effort de discernement et d’autorité, de limiter les dégâts engendrés par cet appétit boulimique de libertés, sont automatiquement soupçonnés de fascisme ou d’extrémisme. Procès malhonnête, savamment orchestré à des fins politiques souvent aveugles et minables, par des gens qu’un Poutine, entre autres, exploite avec délices pour justifier ses manœuvres inavouables.
En définitive, rien ne va plus, ni à l’Est ni à l’Ouest. En Occident, néanmoins, demeurent les intentions les plus nobles chez beaucoup d’entre nous. Peut-on s’en consoler? Et pour combien de temps, dans cet imbroglio que provoquent certains… quand il leur prend l’envie de penser la liberté sans tenir compte de la fragilité et des limites de la nature humaine?
Baudouin DE RYCKE
(titre, intertitre et chapeau sont de la rédaction)

