La Fondation Dignity a annoncé un soutien supplémentaire de 3.000 € pour chaque victime reconnue, afin de financer des soins psychothérapeutiques. L’Église appelle désormais l’État belge à bâtir un cadre légal définitif "qui garantisse à toutes les victimes d’abus sexuels l’accès à la reconnaissance et au soutien nécessaires".
Ce samedi 18 octobre, lors de la journée de rencontre avec les victimes d’abus sexuels, la Fondation Dignity a annoncé un soutien supplémentaire de 3.000 €, par victime, pour des soins psychothérapeutiques. Jessika Soors, coordinatrice nationale de Dignity, nous explique qui en bénéficiera: "Il s’agit principalement des presque 1.000 victimes qui, dans le passé, ont conclu une convention de transaction et déjà reçu une forme d’indemnisation."
En effet, comme le rappelle la conférence des évêques dans un communiqué publié à la suite de cette rencontre, le soutien aux victimes d’abus sexuels dans l’Église n’est pas nouveau : "Les victimes reconnues d’abus reçoivent, lors de la conclusion d’une convention de transaction, une compensation financière comprise entre 2.500 € et 25.000 €"
Une main tendue au plus grand nombre
Toutefois, ce montant de 3.000 € pourra également être octroyé à d’autres survivants de ces abus: "Dans le passé, il y a eu des victimes qui ont voulu recevoir des excuses de l’Eglise, mais qui n’ont pas demandé de soutien financier, relève Jessika Soors. Aujourd’hui, comme il s’agit de soutien pour soins psychothérapeutiques, elles peuvent quand même solliciter cette aide."
Elle détaille la procédure qui va suivre : "Toutes les victimes reconnues seront contactées personnellement par lettre. L’idée est vraiment d’essayer d’atteindre toutes ces victimes pour les informer de ce soutien supplémentaire." Elles auront ensuite jusqu’au 31 décembre 2026 pour se manifester via mail: "Il y a ce délai de réflexion, parce que ce n’est pas toujours évident pour une victime de savoir si, oui ou non, elle souhaite encore recevoir un soutien."
Une mesure de réparation
La coordinatrice de Dignity l’assure, pas besoin de devoir fournir des preuves de consultation, ou autres justificatifs: "Aucune justification ne sera réclamée, car chaque victime est libre d’aller vers les soins psychothérapeutiques qu’elle juge utiles. Certains vont dans le circuit formel avec des psychologues, d’autres sont plus dans le circuit de méditation avec des cours de yoga, etc."
Les diocèses et les congrégations religieuses ont prévu un budget total pouvant atteindre plus de 2,5 millions d’euros. "Ce soutien est un nouveau signal tangible dans un processus plus large de réparation et de prise de responsabilité", réagit l’archevêque Luc Terlinden.
Hasard du calendrier, le 16 octobre dernier, la Commission pontificale pour la protection des mineurs a publié son deuxième rapport annuel, appelant les conférences épiscopales à prendre des mesures de réparation et à assurer un soutien économique et psychothérapeutiques aux victimes. Notons que le même rapport a salué la Conférence des évêques de Belgique pour son "engagement significatif" dans son "cheminement de conversion continue vers une Eglise plus sûre".
Le 8 novembre prochain, une délégation de victimes belges d’abus sexuels au sein de l’Eglise catholique sera reçue au Vatican, par le pape Léon XIV.
A quand un cadre durable pour toutes les victimes ?
La Fondation Dignity et l’Église catholique appellent aujourd'hui le Parlement et le gouvernement fédéral à élaborer sans délai un nouveau cadre juridique et financier "qui garantisse à toutes les victimes d’abus sexuels -tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église- l’accès à la reconnaissance et au soutien nécessaires". L’Église est disposée à contribuer à la réparation des victimes, "mais elle ne peut et ne doit pas être à la fois juge et partie".
"Le travail n’est pas terminé", insiste Jessika Soors. "Ce nouveau cadre juridique doit reposer sur des critères objectifs, sur la jurisprudence en vigueur, sur des procédures transparentes et justes, ainsi que sur des principes sociétaux largement reconnus, afin de garantir un traitement correct et équitable pour toutes les victimes."
Mais quand le Parlement et le gouvernement vont-ils réellement prendre ce dossier à bras le corps ?
Eh bien, malgré ses nombreux échanges avec les milieux politiques pour relayer la voix des victimes, Jessika Soors ne dispose actuellement d’aucune indication précise quant à un calendrier ou des échéances de travail.
"Ça fait six mois que j'assume ce poste, confie-t-elle. J'ai déjà eu, à plusieurs à reprise, des contacts avec des cabinets, principalement le cabinet de la ministre de la Justice, Annelies Verlinden, mais aussi celui du ministre de la santé, Frank Vandenbroucke. Donc, les instances politiques sont mises au courant. J'espère maintenant qu'elles ont conscience des besoins des victimes et, surtout, de l’urgence d'y répondre."
En conclusion, la coordinatrice de Dignity espère "que le Parlement et le gouvernement feront leur devoir, comme stipulé dans les recommandations parlementaires".
Clément LALOYAUX

