La congrégation des Augustins de l’Assomption, plus connus sous le nom d’Assomptionnistes, est à l’honneur avec la nomination de l’un des siens, le père Fabien Lejeusne, comme 32ᵉ évêque de Namur. Ce religieux franco-belge a choisi pour devise épiscopale celle de sa congrégation « Que ton règne vienne ».
Supérieur provincial d’Europe jusqu’à sa nomination à Namur, Fabien Lejeusne incarne la vitalité et l’ouverture missionnaire des Assomptionnistes, héritiers du père Emmanuel d’Alzon. Retour sur l’histoire, la spiritualité et les engagements de cette famille religieuse au service du Règne de Dieu.
Les Augustins de l’Assomption forment une congrégation religieuse catholique née à Nîmes en 1845, au cœur d’un XIXᵉ siècle en plein bouleversement. Son fondateur, le père Emmanuel d’Alzon (1810-1880), prêtre du diocèse de Nîmes voulait redonner souffle à la foi chrétienne dans une France marquée par les séquelles de la Révolution et par la montée du libéralisme.
Inspiré par saint Augustin, le père d’Alzon rêvait d’une Eglise dynamique, fraternelle, présente dans les débats de son temps. Il voyait dans la fondation d’une nouvelle congrégation un moyen de "rendre le christianisme aux masses", de travailler à l’unité de l’Eglise et à l’extension du Règne de Dieu dans la société moderne.
Une fondation au service de la foi et de la société
En 1844, il rachète un collège en faillite à Nîmes, qu’il rebaptise Notre-Dame de l’Assomption. Autour de lui se rassemble un petit groupe de jeunes prêtres et enseignants désireux de conjuguer foi et action. Dans la nuit de Noël 1850, ils prononcent leurs premiers vœux: la congrégation des Augustins de l’Assomption vient de naître.
Très vite, le père d’Alzon oriente ses frères vers quatre grands axes d’apostolat:
- l’unité de l’Eglise, en travaillant au rapprochement avec les chrétiens d’Orient
- l’éducation, au service des jeunes et des milieux populaires
- les pèlerinages, comme expression de la foi vécue en peuple
- et la presse, pour informer, évangéliser et former les consciences
Les Assomptionnistes enverront très tôt des missionnaires vers l’Orient, notamment en Bulgarie et en Turquie. Ces voyages donneront naissance à l’Institut byzantin, centre d’étude et de dialogue entre l’Orient et l’Occident. Dans le domaine de l’enseignement, les religieux fondent les alumnats, petites écoles destinées à offrir une formation spirituelle et intellectuelle à des enfants de familles modestes. Ils s’investissent également dans l’organisation de pèlerinages nationaux, à La Salette puis à Lourdes. Enfin, leur engagement dans la presse fera date avec les créations de: Le Pèlerin en 1873, suivi en 1880 par La Croix, deux piliers du groupe médiatique La Bonne Presse (aujourd’hui Bayard Presse).
Exil, expansion et renouveau
La fin du XIXᵉ siècle est marquée par des tensions fortes entre l’Etat républicain et les congrégations religieuses. En 1900, les Assomptionnistes sont dissous et contraints à l’exil. Ce départ forcé va paradoxalement favoriser leur expansion internationale. Les communautés s’implantent alors en Belgique, en Espagne, aux Pays-Bas, en Angleterre et jusqu’en Amérique du Sud.
En Belgique, leur présence devient rapidement active : maisons de formation, écoles, paroisses et œuvres d’éducation voient le jour, notamment à Woluwe-Saint-Lambert, Louvain et Liège. Cette implantation belge, toujours vivante aujourd’hui, s’inscrit dans la continuité du projet du père d’Alzon : faire dialoguer foi et culture, Évangile et modernité.
Durant la première moitié du XXᵉ siècle, la congrégation poursuit son développement, malgré les guerres et les persécutions. Les Assomptionnistes ouvrent des missions au Congo belge, à Madagascar, en Afrique du Nord, mais aussi en Asie et en Amérique du Nord. Ils fondent des institutions de recherche comme les Études Augustiniennes et les Études Byzantines, qui deviendront des centres intellectuels de premier plan pour la connaissance de saint Augustin et du christianisme oriental.
Sous les supérieurs successifs, la congrégation traverse la crise des années 1960 mais retrouve, après le concile Vatican II, un élan de renouveau. Le dialogue interreligieux, la justice sociale, la solidarité internationale et la collaboration avec les laïcs deviennent alors des priorités. Aujourd’hui encore, les Assomptionnistes sont présents dans une trentaine de pays et comptent environ 800 religieux.
Une spiritualité à la fois augustinienne et alzonienne
Etre assomptionniste, c’est vivre d’une spiritualité nourrie à deux sources. Celle de saint Augustin, d’abord, qui invite à "n’avoir qu’un seul cœur et une seule âme tournés vers Dieu ". La vie fraternelle, la prière partagée et la recherche commune de la vérité sont au centre de cette quête de Dieu.
Mais les Assomptionnistes portent aussi l’empreinte du père Emmanuel d’Alzon, homme d’action et de foi ardente. Sa devise: étendre le Règne de Dieu en soi et autour de soi, dans un triple amour du Christ, de Marie et de l’Église.
Leur foi, profondément "christocentrée", s’exprime dans des engagements concrets: accompagnement des jeunes, accueil des migrants, éducation, actions sociales et culturelles. Fidèles à l’esprit du concile Vatican II, ils cultivent le dialogue œcuménique et interreligieux, notamment avec les Eglises d’Orient et le monde musulman.
En Belgique, leur mission s’incarne dans des lieux d’accueil, de prière et de réflexion ouverts à tous, en lien étroit avec les laïcs de l’Alliance assomptionniste. Ensemble, ils font vivre une Église fraternelle, unie et ouverte au monde.
Aujourd’hui comme hier, leur vocation se résume en une phrase chère au père d’Alzon :
"Voir grand, aimer passionnément, agir avec audace."
Sources: assomption.org - La Croix

