Le livre de « l’abbé Zemmour » sur le christianisme fait vivement réagir les chrétiens !


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Le livre de « l’abbé Zemmour » sur le christianisme fait vivement réagir les chrétiens !
Ces jours-ci, Eric Zemmour est en tournée médiatique pour promouvoir son nouveau livre "La messe n’est pas dite". On a déjà pu le voir deux fois sur Cnews, chaîne du groupe Bolloré, également propriétaire de sa maison d’édition Fayard. © Cnews / YouTube
Par Clément Laloyaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
6 min

Entre déclaration d’amour pour le catholicisme, dénonciation d’une Église devenue selon lui "une ONG", et appel à un "sursaut judéo-chrétien", le livre La messe n'est pas dite d'Eric Zemmour fait couler beaucoup d'encre. Des collectifs chrétiens se mobilisent aujourd’hui pour riposter à ce qu'ils considèrent comme une "instrumentalisation de la foi".

Le 22 octobre dernier est sorti le dernier livre d’Eric Zemmour : La messe n’est pas dite. Le polémiste et ex-candidat à la présidentielle française a bénéficié d’une promotion exceptionnelle, faisant le tour de nombreux studios de télévisions et radios (RTL, BFM, France 3, RMC, deux fois CNEWS) en une semaine à peine. Aujourd'hui, l'ouvrage s’arrache comme des petits pains, propulsé n°1 des ventes sur Amazon.

Cette tournée des médias a permis d’en apprendre plus sur le thème central du livre. "Je me bats, révèle Zemmour sur France 3, pour protéger, défendre, exalter l’identité chrétienne de la France contre la menace actuelle qui est, d’une part, le wokisme, qui détruit les racines chrétiennes de la France, et d’autre part, l’islamisation qui les remplace. Ça, c'est le thème du livre." Voilà, le décor est planté.

En extase devant le Stabat Mater de Pergolèse

Pour lui, la défense de la France est inséparable de la défense du catholicisme : "On ne peut pas être Français sans être imprégné de cette culture catholique", confie-t-il sur les ondes de RMC. En studio, une journaliste interroge alors "l’abbé Zemmour" (sic) sur les raisons qui l’ont poussé lui, juif berbère, à devenir "plus chrétien que les chrétiens, plus catho que les cathos".

Commence alors une véritable ode au catholicisme : "J'ai découvert le christianisme au fur et à mesure de ma jeunesse. J’ai lu Blaise Pascal qui m’a complètement fasciné.(…) Puis j’ai découvert les églises et je les ai trouvées sublimes. Je rentre dans des églises partout où je peux, que ça soit en France ou en Italie.(…) Ensuite, on m'a fait découvrir la musique sacrée : Bach, le Stabat Mater de Pergolèse... Je suis tombé en extase."

Pour promouvoir le livre sur ses réseaux, Eric Zemmour n'hésite pas à se mettre en scène devant Notre-Dame de Paris, déclamant un passage de son premier chapitre : "J’ai été élevé dans la tradition juive de mes ancêtres. Mais la France sans le christianisme n’est plus la France. Et je veux continuer à vivre en France."

"L'Eglise de France s'est transformée en une ONG"

Il émet toutefois des reproches à l’égard de l’Eglise d’aujourd’hui : "Depuis Vatican II et les années 60, nous sommes allés beaucoup trop loin dans la conception universaliste du catholicisme. C’est en train de tuer et le catholicisme et la France." Il va jusqu'à dire que l'Eglise de France "s'est transformée en une ONG".

Face à toutes ces "menaces", il appelle à une alliance entre juifs et chrétiens pour "lutter contre l’islamisation qui menace leur âme". C'est d'ailleurs pourquoi il a intitulé le sous-titre de son livre : "Pour un sursaut judéo-chrétien".

Une jeunesse en quête d'identité

Eric Zemmour voit dans la jeunesse un possible point de bascule. "Je suis très critique vis-à-vis de l’Église, mais je pense qu’il y a des braises. Je pense qu’il y a un espoir", dit-il. Selon lui, une partie de la jeunesse française se tourne à nouveau vers la question religieuse, non par transmission, mais par confrontation : "Il y a une jeunesse à qui on n’a rien enseigné, qui ne connaît rien, et qui découvre la religion à travers un rapport conflictuel avec les jeunes musulmans qui, eux, ont une conception identitaire de la religion et qui leur disent : “Moi, je suis musulman.” Sous-entendu : “Toi, tu n’es rien.”"

Face à cela, raconte-t-il, certains jeunes se retrouvent déstabilisés : "Ils se posent des questions en disant : “Qu’est-ce que je suis ? Qui suis-je ? En quoi dois-je croire ?”" Zemmour voit dans ces interrogations le point de départ d’un possible renouveau : "Je pense beaucoup à cette réaction identitaire qui permettra, dans un second temps, un ressourcement de la foi."

Des chrétiens montent au créneau

Ces sorties ont suscité nombre de réactions dans le monde catholique. Le journal La Croix estime que cette parution constitue une tentative, pour Zemmour, "de redonner un souffle à son parti politique Reconquête !, en perte de vitesse". Avec La Messe n’est pas dite, "Eric Zemmour se rêve en visage du catholicisme conservateur", titre même le quotidien français.

Un article qui n'a pas plus à l'intéressé : "J'ai vu un papier un peu ridicule dans La Croix qui fait semblant de ne rien comprendre à ce que je dis, mais parce que tout simplement, ils sont en opposition à ce que je dis…" a réagi l'écrivain, toujours sur RMC, qualifiant au passage La Croix de "catholiques de gauche qui considèrent (...) qu'on doit accueillir des millions de musulmans qui vont détruire le catholicisme" (sic).

À noter que La Croix a également donné la parole à un prêtre, le père Clément Barré, qui estime que tout n'est pas à jeter dans l'approche zemmourienne : "On peut faire de nombreuses critiques au petit opuscule qu’Éric Zemmour a récemment publié. Mais il serait un peu léger de balayer d’un revers de main toutes les questions que soulève ce livre en les reléguant au rang de fantasmes d’extrême droite." Dans cette tribune, le prêtre du diocèse de Bordeaux écrit que, "qu’on le veuille ou non, ce besoin d’identité chrétienne, sa place dans la société et son rapport à l’islam sont des questions que portent de nombreux chrétiens aujourd’hui, notamment les plus jeunes" (lire la carte blanche ici).

Dans une tribune publiée sur Facebook, le Collectif Anastasis pointe lui l’opportunisme d’Eric Zemmour "qui se pose en grand sauveur de l’identité chrétienne de la France" mais qui, en 2018, prononça la formule : "Je suis pour l’Eglise et contre le Christ" (lien vers la vidéo dans le post ci-dessous). Pour ce groupe de réflexion et d'action (s'inscrivant dans un christianisme de libération NDLR), cette phrase "révéla une fois pour toutes sa pensée toute farcie de maurassisme".

Un autre collectif, Lutte et Contemplation, mène actuellement une action non-violente dans les librairies de France, en plaçant des marque-pages dans les livres. Dessus, l’on retrouve le verset : 'J’étais un étranger et vous m’avez accueilli.' "Nous ne pouvons pas voir notre foi instrumentalisée pour servir une idéologie identitaire sans réagir vivement" explique ce collectif, qui rassemble des chrétiens engagés dans les luttes sociales et écologiques. "Eric Zemmour tente une récupération politique qui va à l'encontre du message du Christ. A Lutte et Contemplation, nous souhaitons une Eglise qui suive les pas de Jésus en accueillant les plus fragiles".

Et vous, avez-vous lu ce livre ? Qu'en avez-vous pensé ? N'hésitez pas à envoyer vos opinions à notre adresse mail [email protected].

Clément Laloyaux (avec La Croix, RMC et France 3)

Catégorie : Sens et foi

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