Par les "bons chrétiens" que nous sommes - ou que nous voulons être – cette parabole va d’abord être reçue comme une leçon de morale, destinée à indiquer un comportement fidèle à l’Evangile. C’est vrai, bien sûr, mais peut-être pouvons-nous découvrir que le Seigneur nous livre un enseignement qui dépasse la simple morale.
Certes, nous apprenons quelque chose sur l’homme qui désire être juste, c’est-à-dire trouver sa juste place devant les hommes, et selon le cœur de Dieu. Mais, plus profondément, c’est sur le cœur de Dieu lui-même que la lumière se fait. Car le message est assez paradoxal: le publicain de la parabole est déclaré le préféré de Dieu, sans avoir au préalable manifesté son intention de réparer ses torts - à l’image, par exemple, de Zachée, son confrère. Il ne nous est pas dit qu’il va changer de vie, et pourtant, il nous est affirmé que, déjà, il est devenu juste.
Tel est notre Dieu: à celui qui se présente en vérité devant Lui, à celui qui reconnaît sa misère, et peut-être - comble de misère – à celui qui reconnaît son impuissance à réellement changer de vie, à ce pauvre, le Seigneur fait totalement miséricorde. Il lui rend sa dignité, il le déclare juste. Difficile d’accepter cette vérité de Dieu… Elle heurte trop profondément notre orgueil (un orgueil qui vaut bien celui du Pharisien). Nous voudrions tellement mériter, voire acheter, le pardon de Dieu! Par des pénitences redoutables, par des actes de conversion spectaculaires… Et voilà que Jésus parle seulement d’un cœur pauvre et vrai…Où est la morale dans tout cela? En écoutant ce récit, quelle leçon recevons-nous pour notre manière de penser et d’agir? En fait, ici, l’Evangile nous éclaire sur le fondement même de nos pensées et de nos actes. Il nous dit à quelle source nous pouvons puiser force et courage afin de penser juste, d’agir bien.
Ce n’est pas dans le désir de devenir quelqu’un de bien. C’est dans la foi en un Dieu gratuit, qu’on n’achète pas avec des bonnes œuvres et des actions de grâce, si vite ruisselantes d’autosatisfaction et de mépris. Bien sûr, nous avons à faire le bien autour de nous, à pratiquer le partage, la solidarité, la justice, à prendre soin de notre maison commune. Mais découvrons que ce déploiement de courage et de droiture est une simple réponse, le fruit inespéré d’un don qui nous précède, et qui ne doit, en aucun cas, nous faire oublier notre faiblesse, notre incapacité à faire le bien.
Devenir juste, comme le devient le Publicain à son retour du Temple, c’est, avant toute chose - et il faut bien des années pour y parvenir – fixer de plus en plus intensément son regard sur le seul Juste, et découvrir son regard à lui, le regard de miséricorde et d’amour qu’il porte sur les petits, les pauvres, les pécheurs. C’est surtout découvrir - d’abord comme un scandale peut-être, puis avec étonnement, puis avec émerveillement – que je suis de ces petits, de ces pauvres, de ces pécheurs.
Devenir juste aux yeux de Dieu, c’est faire notre joie de cette découverte.
