En octobre 2021, le pape François ouvrait officiellement le Synode sur la synodalité. A la veille du Jubilé des équipes synodales, Mgr Delville, évêque de Liège, revient sur ce processus et évoque ses attentes pour les années à venir.
Lancé il y a tout juste quatre ans par le défunt pontife, le Synode sur la synodalité répond à la volonté de marcher ensemble pour repenser l’Eglise et son mode de fonctionnement. L’objectif est que chacun – le clerc comme le laïc – puisse être écouté, entrer dans le dialogue et participer à l’annonce de l’Evangile. Dans le diocèse de Liège, un tel synode a déjà porté ses fruits…
La synodalité est un concept dont le sens n’est pas toujours bien compris. Quelle définition en donneriez-vous?
Dans l’Eglise, ce terme désigne traditionnellement une réunion, une assemblée de responsables. Il est synonyme du mot concile. Un concile peut donc être appelé synode. Il existe des synodes au niveau local (synode diocésain), au niveau national (synode national) et au niveau romain (synode des évêques à Rome). Si l’on regarde l’étymologie du terme, syn- et odos signifient "être ensemble sur le chemin".
Le synode est une invitation au cheminement de tous et à la participation de tous dans l’Eglise. Le pape François insistait sur la dimension participative de tout un chacun, mais il avait aussi à l’esprit l’idée de "faire assemblée" dans un sens élargi. Lorsque le pape François appelle à la synodalité, il appelle à la participation de tous dans le cheminement de l’Eglise pour que celle-ci soit plus efficace, pour une meilleure mission.
En quoi l’appel à la synodalité du pape François a-t-il été déterminant pour l’Eglise catholique?
Beaucoup de questions se posent sur le fonctionnement de l’Eglise et sa position sur certaines questions éthiques (le rôle des femmes dans l’Eglise, le diaconat pour les femmes, la participation des laïcs dans la direction de l’Eglise, l’ordination des hommes mariés, etc.). Le pape s’est rendu compte qu’il fallait une consultation plus générale (et pas uniquement hiérarchique). Il ne voulait pas donner de réponse unilatérale et souhaitait que ces sujets soient discutés dans une assemblée.
Lors du dernier Synode pour la synodalité, en octobre 2024, a été abordée la participation à tous les niveaux. L’assemblée s’est centrée sur la participation concrète des gens au niveau local. Les questions plus délicates ont été confiées à des commissions pour des approfondissements, des consultations et des suggestions de réorientation. On attend donc les résultats de ces commissions.
L’élection du nouveau pape implique-t-elle des changements?
Le pape Léon XIV veut poursuivre la synodalité et reste dans la ligne du pape François. Il est sensible à ces questions. Dans une interview publiée en Italie, il signale cependant qu’il ne faut pas s’attendre à des changements doctrinaux de sa part, car il veut se centrer sur l’unité de l’Eglise et éviter de provoquer des polarisations.
Quelles ont été les démarches mises en place dans le diocèse de Liège?
Une véritable réflexion a été menée et des décisions ont été prises au sujet des ministères laïcs.
Les ministères laïcs existaient déjà durant l’antiquité chrétienne (on parlait alors des ordres mineurs), mais ils sont tombés progressivement en désuétude. Au XIXe siècle, on finit par les attribuer uniquement aux futurs prêtres et aux futurs diacres. Ils étaient ouverts aux hommes laïcs, mais pas aux femmes. Le pape François a eu l’idée d’ouvrir ces ministères aux femmes et de les rendre plus accessibles aux laïcs.
Je trouve que c’est très stimulant d’éveiller des vocations chez des laïcs, chez des personnes déjà engagées, mais pas forcément reconnues et chez des personnes qui souhaitent s’engager. Le 17 septembre 2024, j’ai donc signé l’institution des trois ministères laïcs, destinés aux femmes et aux hommes de notre diocèse: le lectorat, ou "service de la parole", l’acolytat, ou "service de la prière communautaire et de l’eucharistie" et le ministère du catéchiste ou ministère de l’évangélisation. En juillet 2025, nous avons publié le Cahier de route des ministères laïcs. Une commission pour accepter les candidats à ces ministères a été mise sur pied et a déjà accueilli les demandes de plus de dix personnes. Je me réjouis de faire les institutions des premières personnes qui seront instituées à la fin de l’année pastorale.
Un Conseil pastoral diocésain a quant à lui été lancé il y a deux ans, sous la direction du professeur Henri Derroitte. Il est constitué de 10 hommes et 10 femmes, presque tous laïcs, et il sert de chambre d’écho pour l’évêque sur les questions de l’Eglise dans le monde. Il a une fonction de consultation et répond à l’objectif de la mission. Je suis très satisfait du Conseil pastoral. Il touche des questions de fond et pas seulement des questions d’organisation.
Selon vous, quelles seraient les autres actions à mener?
Au niveau de la mission, certains volets pourraient être approfondis. C’est pourquoi, chaque vicariat a reçu une formation sur le sujet. Il s’agissait de se questionner sur sa qualité et sa spécificité missionnaire et de procéder à un véritable examen de conscience sur comment on transmet la foi.
L’appel à la synodalité a-t-il un impact sur la participation des périphéries telles que définies par le pape François?
La rencontre avec les périphéries est encouragée par la synodalité. Par exemple, l’avant-dernier dimanche de novembre, la journée internationale des pauvres se tiendra à Banneux; des sans-abri des différents diocèses de Belgique y seront accueillis. Déjà l’an dernier, on a consulté les participants pour savoir ce que signifiaient pour eux l’Eglise, Jésus, la foi…
On essaie de valoriser la pastorale scolaire, la présence de l’Eglise et de ses paroisses dans les écoles catholiques. Il y a donc un vent favorable pour tenter de toucher les périphéries et se demander quoi faire pour réaliser une annonce pastorale.
Qu’espérer pour l’Eglise de demain?
J’espère une communauté chaleureuse, qui encourage à participer, qui sait reconnaître les tendances et les signes des temps. Je souhaite aussi que la qualité de la célébration et de la prière soit accentuée. Que le témoignage de la foi imprègne la société et que le message de l’Evangile bouscule les paresses, les indifférences ou les violences. Que l’adhésion à la personne de Jésus soit plus forte dans la société, que son message soit interprété avec une nouvelle vitalité et que sa présence spirituelle soit davantage perçue.
Propos recueillis par Sandra OTTE, diocèse de Liège

