L’ancien ministre Willy Claes accuse Jean-Paul II d’avoir été impliqué dans le trafic d’armes, sans fournir de preuves


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L’ancien ministre Willy Claes accuse Jean-Paul II d’avoir été impliqué dans le trafic d’armes, sans fournir de preuves
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le
4 min

Dans un livre d'entretiens à paraître, l'ancien ministre belge et secrétaire général de l'OTAN Willy Claes (Vooruit) affirme que le pape Jean-Paul II était impliqué dans des livraisons d'armes à l'Angola, dans le but de lutter contre le communisme. D'après lui, le Vatican aurait par ailleurs influencé sa condamnation dans l'affaire Agusta.

Dans une série d'entretiens avec le journaliste Rik Van Cauwelaert ("Wat ik nog kwijt wil - Een ultiem gesprek" - "Ce que je veux encore dire - un ultime entretien"), Willy Claes, ancien ministre Vooruit et secrétaire général de l'OTAN, revient sur les grands moment de sa carrière politique. Le livre, ), paraîtra le 6 octobre prochain. Revenant sur ce qu'on a appelé "l'affaire Agusta", qui lui a valu une condamnation en justice pour corruption, le ministre d'État fait des révélations pour le moins surprenantes sur le pape Jean-Paul II.

En 1988, l'entreprise d'armement italienne Agusta vend des hélicoptères de combat à l'armée belge, moyennant des pots de vin de plusieurs millions de francs belges attribués à des membres du PS et SP - l'ancêtre de Vooruit. Bien que Willy Claes nie toute implication, il démissionnera, sous la pression, de son poste de secrétaire général de l'OTAN en 1995. Trois ans plus tard, la Cour de cassation confirmera l'arrêt en appel le condamnant à trois ans de prison avec sursis, à cinq ans d'interdiction d'exercer des mandats publics et à une amende de 60.000 francs (1.500 euros).

Soutien papa à Mobutu ?

De 1992 à 1994, Willy Claes est ministre des Affaires étrangères dans le premier gouvernement de Jean-Luc Dehaene. Il raconte dans le livre qu'à l'époque, il se rend chez le pape Jean-Paul II, à la demande des pays occidentaux, pour discuter de la situation au Congo, encore appelé Zaïre à l'époque. Selon lui, c'est le cardinal Godfried Danneels qui a organisé l'audience pour lui.

"J'ai dit au pape que Mobutu était gravement malade et que nous voyions en Monseigneur Monsengwo un bon remplaçant", relate l'ancien ministre. Le futur cardinal Laurent Monsengwo, alors archevêque de Kisangani avant d'être envoyé à Kinshasa, alors également président de la Conférence Nationale Souveraine, chargée d'opérer une transition vers le multipartisme au Zaïre. "Le pape a répondu que cela n'était pas possible, car un ecclésiastique ne peut pas faire de politique. Je lui ai alors donné les noms de quelques prêtres qui étaient également engagés en politique. À ce moment-là, on riait encore : '1-0, vous avez gagné sur ce point', m'a-t-il dit. Puis il est devenu sérieux. Allons-nous maintenant donner le coup de grâce à Mobutu, l'homme qui s'est tant distingué dans la lutte contre le communisme, et le mettre de côté ? Il n'était pas d'accord avec cela. Le pape a également raconté qu'il s'était impliqué dans des transferts d'armes."

Des affirmations inédites et invérifiables

Willy Claes affirme encore que Jean-Paul II, pape polonais qui a combattu le communisme jusqu'à sa chute en 1989, était plus particulièrement impliqué dans le trafic d'armes en faveur des partis pro-occidentaux en Angola, l'UNITA et le FNLA. Ceux-ci étaient opposés au MPLA communiste pendant la guerre civile. Ces affirmations concernant une telle implication de Jean-Paul II sont une première et ne peuvent actuellement être étayées par aucune autre source.

"Je savais que les Américains faisaient du trafic d'armes, mais c'est le pape lui-même qui a abordé le sujet. Je lui ai dit que je n'étais pas venu pour discuter du transfert d'armes", a par ailleurs déclaré Willy Claes dans Het Belang van Limburg.

Selon l'ancien ministre, le Vatican et un réseau d'organisations catholiques conservatrices ont également influencé sa condamnation dans l'affaire Agusta. "Oui. Le Vatican avait infiltré la Cour de cassation. Et j'ai obtenu cette confirmation des plus hautes instances des services secrets américains", a-t-il dit à Rik Van Cauwelaert. Qui ou quelles organisations exactement ? L'intéressé n'a donné aucune autre précision et semble n'avoir produit aucune source pour appuyer ses propos, qui sont dès lors invérifiables.

Des médias en parlent sans esprit critique

Sur son compte Facebook privé, Geert De Kerpel, porte-parole néerlandophone des évêques de Belgique, a réagi aux allégations de Willy Claes : "Un ancien pape était trafiquant d'armes illégales, payé par la mafia pour combattre les régimes communistes, avec un dictateur comme figure centrale, qui voulait échanger l'Occident contre un cardinal. Mais le pape ne le voulait pas et il était tellement furieux qu'il a voulu la démission d'un secrétaire général de l'OTAN et il l'a obtenue avec l'aide de la plus haute magistrature du pays de ce haut responsable de l'OTAN. Vous avez des doutes ? Un haut responsable de la Maison Blanche a tout confirmé à l'époque".

Et d'ajouter : "Mais cela fait bien, et donc de nombreux médias, dont certains grands et parfois même sans esprit critique, en parlent pendant des minutes à l'antenne. Bien qu'aucune début de preuve ne soit fournie. Ce qui est perfide, c'est qu'il en restera toujours quelque chose. Il n'y a pas de fumée sans feu, n'est-ce pas ? Et puis on s'étonnera que les médias perdent en crédibilité et que les complotistes et leurs théories farfelues gagnent du terrain. L'auteur du dernier Dan Brown flamand et son éditeur, eux, doivent rire sous cape."

C.H. d'après Otheo

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