Qui aura la force d’être disciple? Il est bon de s’asseoir et de voir si on a de quoi aller jusqu’au bout. Les propos de Jésus sont catégoriques, il ne semble pas qu’une contestation soit possible et il n’y va pas de main morte. A ce compte-là, qui pourra se dire disciple?
A quatre reprises, il relève ce qui constitue un empêchement au fait d’être disciple.
Dans un premier temps, il évoque les relations familiales et la vie de chacun. Plutôt que d’y voir une opposition - l’un ou l’autre-, j’aimerais y lire une apposition: l'un et l’autre. En effet, qui mettra de côté son amour filial, paternel, maternel ou fraternel pour l’amour du Christ? Cependant, si l’on est en relation avec sa famille et avec le Christ, ne pourrait-il pas se trouver une sorte d’équilibrage entre les deux et grâce aux deux? Et par rapport à sa propre vie, il s’agit d’un décentrement de soi, de ce moi qui prend toute la place.
Dans un second temps, Jésus parle de "porter sa croix". Il s’agit de sa propre croix, celle qui incombe à chacun.e. La porter signifie à la fois l’assumer, sans la cacher. Elle fait partie de ma réalité, il me faut y acquiescer. De quelle croix s’agit-il? A chacun.e de creuser cette question. La croix parle de souffrance, de fragilité, de difficulté et de peur.
Le troisième temps est abordé par Jésus sous la forme de deux histoires, celle d’un bâtisseur puis celle d’un roi. Il s’agit pour eux de prendre le temps de s’asseoir et de réfléchir pour voir s’ils peuvent mener leurs projets jusqu’au bout. M’arrive-t-il de réfléchir, comme eux, à mon désir d’être disciple? Qui sait si je suis capable d’aller jusqu’au bout, de mener les choses à leur fin? Toutefois, il peut être profitable, à certains moments, d’y réfléchir, sans se culpabiliser, mais avec lucidité. Une manière de faire le point avant de continuer la route.
Le quatrième et dernier empêchement à être disciple, c’est la possession. Jésus invite à la renonciation à tous ses biens. A nouveau, c’est une parole péremptoire. Qui est capable de cela? Plutôt que le verbe renoncer, on pourrait traduire par "mettre de côté, se séparer de". J’y vois une invitation à choisir l’essentiel.
Tout l’évangile de ce dimanche, bien dérangeant, nous remet devant nos choix et donc nos priorités. Il est bon d’y réfléchir à certains moments. Et si le sentiment de ne pas être à la hauteur nous habite, que le découragement ne nous envahisse pas. Faire route avec Jésus, n’est-ce pas ce que nous souhaitons? De cela, nous pouvons retenir deux choses. La première, c’est que tout n’est pas gagné, ni que tout est joué: nous sommes en chemin. Un évolution est possible. La seconde, c’est que nous ne sommes pas seuls sur ce chemin. Le Christ nous précède, comme un éclaireur.
Dimanche prochain, nous aurons encore le temps d’approfondir ce message percutant en fêtant la Croix glorieuse, paradoxe s’il en est.

Marie-Thérèse HAUTIER

