Qu’est-ce qu’une bonne homélie? Quelles sont les clés pour avoir l’attention de ses paroissiens? L’IA peut-elle aider le prédicateur? Pascal Roger, doyen d'Arlon, nous partage le fruit de son expérience
Quand on prend la parole devant une assemblée, il faut avoir en tête son assemblée – avant même le contenu ! Il faut savoir à qui on s’adresse et ce qu’on souhaite pour cette assemblée. Je ne parlerai pas de la même chose devant une petite assemblée de village, dans la paroisse Saint-Martin ou devant un groupe de jeunes. Le destinataire doit être pris en compte de manière importante. Et il ne faut pas que les gens reçoivent une série de principes moralisateurs qui vont les accabler mais bien une bonne nouvelle, spécifiquement pour eux.
Nourri par les autres
En ce qui concerne l’homélie du dimanche, je tâche de lire les Textes assez tôt dans la semaine. Par ailleurs, chaque fois que j’ai une réunion, je l’introduis en lisant, ensemble, l’Evangile du dimanche à venir et nous avons un partage à ce sujet. Les échos des autres nourrissent ma réflexion et me permettent d’habiter encore mieux le texte. Je lis aussi le commentaire proposé par la revue Feu nouveau.
Quand je construis mon homélie, j’ai toujours le souci d’avoir une amorce ancrée dans la vie des gens. Je pars d’un événement de la vie familiale, de l’actualité… Quelque chose qui puisse susciter l’attention et qui soit liée à l’idée-clé que je veux faire passer. Je ne commence jamais mon homélie en présentant les Textes. Ce n’est qu’après mon amorce que je traverse les Textes – mais pas de manière scolaire. Et à la fin, je rappelle mon idée centrale en tâchant de faire le lien avec l’amorce. Je n’essaie pas de faire passer dix idées. Si les gens repartent avec une idée-force, c’est gagné. J’aime aussi, au cours de la messe, reprendre ma thématique à l’un ou l’autre moment, et notamment au moment de l’envoi.
Du XVe siècle à l’IA
Je trouve que l’intelligence artificielle peut être intéressante. Mais elle doit rester une source d’inspiration. On ne peut pas l’utiliser "clé sur porte". Si on fait cela, ça ne passera pas. Cela signifie que tu ne tiendrais pas compte de l’auditoire, des circonstances… Et puis, il faut être habité par les textes. Il faut que les chrétiens qui t’écoutent sachent que tu as ruminé ces textes. Tu en parleras ainsi plus aisément. De même, j’ai connu des confrères qui disaient des homélies qui auraient pu être dites au XVe siècle; ce n’est plus une bonne nouvelle… pour les gens d’aujourd’hui!
Propos recueillis par Vincent DELCORPS

