Opinion : Lettre aux jeunes qui sont allés au Jubilé cet été (et à leurs responsables)


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Opinion : Lettre aux jeunes qui sont allés au Jubilé cet été (et à leurs responsables)
Près de 800 Belges sont à Rome pour le Jubilé des Jeunes. Photo d'illustration montrant les jeunes de la Communauté de l'Emmanuel. © JG - RCF/CathoBel
Par Etienne BEUTHE
Publié le
4 min

Cet été, les médias de CathoBel se sont fait l’écho du Jubilé des jeunes, auquel quelque 800 Belges ont participé. Mais que deviennent ces jeunes de retour au pays? C’est la question que pose Etienne Beuthe, l’un de nos lecteurs, avec perplexité. Au-delà, l’homme formule différents souhaits… non sans audace!

Visite à Rome, discours du Pape, quel enthousiasme! Et après? Ces jeunes envisagent-ils à présent de s’engager dans l’Eglise, comme assistant(e)s de paroisse, diacres, prêtres ou religieux? Leur a-t-on seulement posé la question?

Quel retour sur investissement?

Je suis perplexe, et passablement consterné, qu’après une telle mobilisation, qui a dû impliquer chez les responsables un énorme investissement, ceux-ci n’interrogent pas les participants sur les orientations nouvelles que ces rassemblements pourraient provoquer dans leur vie. Il s’agit de vérifier si ces sympathiques manifestations de jeunes vont réellement apporter à l’Eglise ce sang neuf dont elle a terriblement besoin. Pour utiliser un terme de marketing: quel est le "retour"?

Dans ma région, en campagne, l’absence de prêtres se fait particulièrement sentir: églises fermées le dimanche, messes sans prêtres… Les responsables diocésains s’arrachent les cheveux pour assurer, malgré tout, les baptêmes, mariages et funérailles.

Et dans les hôpitaux, quelle assistance aux malades en fin de vie? Et dans les maisons de retraite? Sans le renfort des prêtres étrangers, principalement africains, la situation serait encore plus catastrophique. Bref, la présence de l’Eglise, l’accompagnement du pasteur au sein de son troupeau, est de moins en moins ressentie. Un troupeau sans berger… Je repose donc la question: alors, vous, les jeunes, qu’êtes-vous allé voir, qu’êtes-vous allé chercher à Rome?

Se remettre en question

Après n’avoir pas – sauf avis contraire – interrogé les jeunes sur leur motivation, les responsables religieux devraient à leur tour accepter de se mettre sur le grill, et les interroger sur leur conception de l’Eglise: comment la voient-ils? Quels changements les inciteraient-ils à s’y engager? Accepter de se remettre en question, de descendre de son piédestal, voilà une démarche d’humilité dans l’esprit du dernier synode lequel, selon le cardinal De Kesel, souhaite "une Eglise plus humble, plus proche des gens, non cléricale".

Elaguer la tradition

Je vise moi-même des changements, mais qui ne pourront aboutir que moyennant un changement fondamental dans la conception du rôle des prêtres dans l’Eglise. Ils n’ont pas, comme les prophètes de l’Ancien Testament, un statut ni un rôle d’intermédiaires entre Dieu et les fidèles. L’Eglise du Christ, c’est l’ensemble des croyants, fidèles et consacrés. Il s’agit donc d’élaguer largement la tradition ecclésiastique. Voici quelques pistes:

  • Accepter le mariage des prêtres, même après l’ordination: la solitude des prêtres peut à la longue entraîner du découragement ou d’autres dérives (l’homme n’est ni ange ni bête…)
  • Accepter l’ordination des femmes: pourquoi les réticences de l’Eglise romaine sur ce plan, alors que d’autres Eglises ont franchi le pas depuis longtemps?
  • Supprimer les titres honorifiques: monseigneur l’évêque, son éminence le cardinal, sa sainteté le pape, ma révérende mère… Dans les abbayes, on a conservé depuis toujours la simplicité de l’Evangile: les membres sont tous frères et sœurs, et le/la pasteur(e) du troupeau est le père abbé/la mère abbesse: une famille, tout simplement.
  • Remiser définitivement au musée du folklore les tenues et accessoires d’un autre temps: vêtements brodés, mitres, crosses, soutanes… Lors de leur dernière visite ad limina, la tenue de nos évêques avançant en procession vers le pape François m’a fait penser à un défilé de carnaval (romain!). Il serait temps d’adopter la tenue des hommes et des femmes de notre temps: l’Eglise n’est pas une loge maçonnique dont la tenue des membres serait porteuse de symboles.
  • Refondre l’organisation matérielle de la célébration eucharistique: l’autel au milieu, les fidèles entourant le célébrant, rajeunissement des lectures: certaines tirées de l’Ancien Testament ne nous parlent plus, d’autres de saint Paul nous agacent… Pourquoi ne pas les remplacer par des extraits d’écrits de saints, par exemple?
  • Supprimer, dans les prières, des expressions telles que "nous te supplions", "aie pitié de nous". Nous nous adressons à "notre Père" comme les enfants s’adressent à leurs parents et, dans le Pater, nous disons simplement: "…donne-nous aujourd’hui…"
  • Prévoir des espaces de paroles ouverts à chacun pour une réflexion, une question adressée au prêtre officiant.
  • Accueillir les nouveaux venus.

Il ne faut pas attendre la bénédiction de Rome. L’initiative du changement doit, comme tous les changements, partir de la base, pour faire bouger le sommet, la Curie, qui n’aime pas sortir de la tradition.

Etienne BEUTHE

(titre, chapeau et intertitres sont de la rédaction)


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