Cette bande dessinée nous entraîne au cœur d’un récit à la fois méconnu, authentique et bouleversant. Il prend pour cadre la petite ville de Moissac, dans le Tarn-et-Garonne. Après la rafle du Vel d’Hiv en juillet 1942, la zone libre n’offre plus de sécurité aux Juifs. L’étau se resserre et la peur s’installe. Une partie de la population adopte un esprit de résistance.
Cet album met en lumière le rôle essentiel de Shatta et Bouli Simon, deux éclaireurs israélites de France, qui ont fait de leur logis un refuge. Près de 500 enfants traqués ont trouvé un abri chez eux entre 1939 et 1943. Le scénario privilégie le rythme de la course contre la montre et chaque planche traduit l’urgence.
Il s’agit de raconter cette aventure humaine sous l’angle du courage collectif, en soulignant que rien n’aurait été possible sans la solidarité des voisins. Les adultes savent qu’un faux pas peut leur coûter la vie. Chose qui ne les empêche pas de poursuivre leur engagement. Ce paradoxe nourrit une tension constante et traduit une époque où l’insécurité dominait.
Noirceur et éclats de lumière
Malgré cette noirceur, le scénario laisse percer des éclats de lumière et permet l’identification. On ressent la peur des gamins et on partage leur soulagement lors d’un sauvetage réussi.
Le grand atout de ce roman graphique demeure sa véracité historique. Trop souvent, on réduit la Résistance à des actions armées. Ici, elle se veut civile, pacifique et spirituelle, avec des intervenants qui s’élèvent face à la barbarie en usant de petits moyens, nourris d’une conviction profonde. Leur engagement montre qu’on peut lutter différemment.

Enfin, oubliés par les manuels scolaires, on parle ici de résistants juifs qui ont opéré dans l’Hexagone, prouvant l’existence de plusieurs visages de l’opposition à l’envahisseur. Grâce au courage de certains adultes, tous les enfants de Moissac ont pu échapper à la déportation!
Daniel BASTIÉ
Bussacchini, Mutti & Saint-Dizier, La maison des enfants cachés. Ed. Plein Vent, 2025 - 48 pages.

