L’abbé Stéphane Décisier est vice-recteur du sanctuaire marial de Beauraing. Il nous rappelle que Jésus touchait le cœur des gens simples. Et nous invite, inlassablement, à mettre notre confiance en lui. Quant à la Vierge Marie, elle nous oriente vers son Fils. Interview.
Le pape François aimait dire que la piété populaire était la "religion du Peuple". Qu’est-ce qu’il faut entendre par là?
A un moment, dans l’évangile de Matthieu, Jésus loue son Père et dit: "Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits" (Mt 11,25). Cela veut dire que l’Evangile est un message simple. Le pape François disait: "Etre chrétien, c’est facile; c’est lire l’Evangile et l’appliquer au quotidien." C’est le cœur de la religion du Peuple. Nous avons tendance à le compliquer, parce que nous sommes compliqués par nature, mais, en soi, le message de l’Evangile est compréhensible par tous. Jésus était suivi par des foules immenses de gens simples, parce qu’elles percevaient que l’amour de Dieu et sa miséricorde se manifestaient à travers lui. Cet amour, qui est le centre de notre foi, est un langage universel, perceptible par tous.
Plutôt que d’essayer de les supprimer, l’Eglise a voulu christianiser certaines pratiques religieuses préchrétiennes, comme celles liées aux "arbres guérisseurs". N’y a-t-il pas là un risque de perpétuer certaines superstitions au détriment de la foi?
Je pense que le fait de placer une chapelle près d’un arbre à clous n’est pas un encouragement à perpétuer cette pratique, mais plutôt à la réorienter. Il y a une différence entre la superstition et la foi. La foi, c’est entrer dans un rapport de confiance filial avec Dieu, qui est un Père qui nous aime, qui a donné jusqu’à son propre Fils pour nous sauver. C’est parce qu’ils vivaient dans un rapport d’amour avec Dieu que les saints obtenaient des grâces pour les personnes qui recouraient à eux. La superstition, c’est se situer dans un rapport de force, une sorte de commerce, de donnant-donnant: je dois effectuer un certain rituel pour obtenir un effet, auquel alors "j’ai droit". Il y a peut-être une pensée magique derrière ces pratiques.
Au sanctuaire de Beauraing, de nombreuses personnes se rendent pour prier la Vierge Marie. Certaines attitudes de dévotion ne risquent-elles pas de s’éloigner de l’essentiel de la foi chrétienne et de se rapprocher de la superstition?
Ce n’est pas vraiment de la superstition, parce qu’on sent que les gens qui viennent ont un réel amour pour la Vierge Marie, une confiance qu’ils mettent en elle et en Dieu. Mais il peut toujours y avoir cette attitude inconsciente qui veut que, "si je mets une bougie, j’ai droit à ma grâce". On essaie de rappeler aux pèlerins qu’il s’agit de confier une intention à Marie, et puis de faire confiance à Dieu. La Vierge Marie, que ce soit à Beauraing ou en d’autres lieux d’apparition, oriente toujours vers son Fils. Marie n’est pas le terme de la dévotion; elle conduit à son Fils et à Dieu. Elle n’est qu’un canal, un peu comme aux noces de Cana, où elle invite les serviteurs à s’adresser à Jésus: "Faites ce qu’il vous dira" (Jn 2,5).
Propos recueillis par Christophe HERINCKX
