« Pendant l’année, je cours partout » : à Tibériade, les familles ont fait halte pour retrouver l’essentiel


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« Pendant l’année, je cours partout » : à Tibériade, les familles ont fait halte pour retrouver l’essentiel
Camp des familles à Tibériade. © CathoBel / JL Gios
Par Corinne Owen
Publié le
5 min

Rires d’enfants, cabanes dans les bois, moments privilégiés pour les couples et prières partagées… Au camp des familles de Tibériade, on déconnecte du quotidien pour se reconnecter à l’essentiel. Une semaine qui ressoude, apaise et redonne des ailes. Reportage.

Chaque été, la Fraternité de Tibériade oublie le silence de la vie monastique pour le camp des familles. La beauté du chant des moines et des moniales, en osmose avec le carillon des cloches, se colore des cris, des pleurs, des rires et des enfants qui courent partout. Les familles ont investi la prairie tout à côté du bâtiment de la chapelle où les tentes ont fleuri. Chacun trouve ses marques. Et puis surtout, les adolescents n’attendent pas que les derniers piquets soient plantés pour rejoindre les copains avec lesquels ils ont passé déjà tellement de moments mémorables les années précédentes. 

Retrouvailles

Il faut dire qu’à Tibériade, les familles se donnent rendez-vous d’année en année pour des retrouvailles, festives bien sûr, mais également bien plus profondes. Ici, c’est l’occasion de lâcher prise, de souffler un peu alors que les plus jeunes sont pris en charge par les moines, les moniales et quelques animateurs. Même si, le premier jour, il faut oser faire le pas de s’éloigner des petits et de les confier quelques heures pour se reconnecter à ce que l’on pourrait appeler "l’essentiel". 

Pour ce camp 2025, c’est sœur Bénédicte (voir photo ci-dessous) qui coordonne le projet avec quelques laïcs. “Cette semaine fait vraiment partie de la pastorale de notre Fraternité”, explique-t-elle. “Elle nous permet de toucher à la fois les adultes, mais aussi les adolescents et les enfants. C’est aussi l’occasion pour les familles de se rencontrer, de se parler, d’évoquer leurs difficultés, et d’échanger quelques bons trucs pour nourrir sa foi et son humanité.”

Jean-Grégoire confirme que l’on peut se sentir un peu seul lorsqu’on veut vivre sa foi avec ses enfants. “C’est important de dialoguer avec d’autres parents qui vivent les mêmes réalités, et de prendre de bonnes idées à droite et à gauche avant de repartir chez soi.” 

Prendre du temps pour soi…

En plus des différents enseignements proposés, des moments sont choisis pour permettre aux familles de se reconnecter graduellement à elles et à leur foi. Tout d’abord, les adultes sont invités à s’isoler quelques heures, en silence. Certains n’hésitent pas à se perdre dans la campagne ensoleillée, seulement distraits par le vol des papillons; d’autres trouvent un coin d’ombre et en profitent pour feuilleter une bible. Et quelques-uns se sont posés dans la paix de la chapelle.

Pour ces jeunes professionnels qui jonglent avec les horaires, prendre le temps de se recentrer sur ses émotions et ses pensées n’est pas un exercice aisé. Ce que confirme Nicolas: “Pendant l’année, je cours partout et je m’oublie un peu. J’oublie aussi l’essentiel, c’est-à-dire suivre le Christ dans ma réalité propre et familiale.”

… et en couple

Après avoir fait le point avec soi, il est temps de prendre du temps à deux. Un baiser aux enfants qui rejoignent leurs groupes, un pique-nique dans les sacs à dos et quelques questions en poche, sagement concoctées par sœur Bénédicte pour les aider à cheminer, et les couples partent pour quelques heures.

Pour Anne, ces moments sont précieux. “Nous n’en avons pas souvent l’occasion. C’est un vrai bonheur de se retrouver ainsi.” Dès le petit matin, leurs quatre filles se sont envolées pour aller construire des cabanes dans le bois tout proche. Alors, elle se sent complètement apaisée. “Tibériade, c’est un lieu magique, dans la nature, elles y vivent de belles amitiés. Elles participent à tout ce qui est proposé, elles adorent cela. Et puis, elles apprennent aussi à rendre service dans la joie et la foi.”

Sans stress, les parents peuvent donc se parler, se "re-parler", livrer à l’autre des tensions qui n’avaient pas été dites, souligner des petits bonheurs trop vite oubliés, oser des projets improbables.

Projet festif

La troisième étape se réalisera le lendemain, le 15 août, jour de l’Assomption. Il s’agit pour les familles de se fédérer autour d’un projet festif. A l’ordre du jour, balade, visites, jeux de piste, tout peut s’imaginer. Mais, en attendant, c’est dans la cuisine et au moment du repas que les langues se délient et que chacun continue à faire connaissance avec les 200 personnes présentes sur le site de la Fraternité. A sa table, sœur Agnès est en grande conversation avec les plus petits qui, visiblement, l’ont adoptée. A la sienne, frère Benoît partage quelques histoires amusantes. L’ambiance est bon enfant, oscillant entre les petits trucs pour animer les week-ends, la manière de parler de Jésus, les difficultés à le faire d’ailleurs, et certaines questions profondes que l’on ose de plus en plus aborder au fil du temps qui passe et permet de mieux se connaître. 

Quand arrive le moment de quitter Tibériade pour rallier le sanctuaire de Beauraing, chacun a enfilé ses chaussures de pèlerinage, les petits compris. Frère Marc, l’un des fondateurs de la Fraternité, a dans sa poche une belle palette d’histoires de saints célèbres et inspirants qu’il partagera avec humour sur le chemin. C’est la saison des mûres, alors entre le recueillement et la prière, personne ne résiste à en faire provision. Zélie en a d’ailleurs une belle quantité qu’elle distribue à chaque arrêt. A douze ans, elle résume peut-être mieux que quiconque ce qui fait la richesse du camp des familles: “C’est super ici. Tu sais, prier, cela ne m’ennuie pas. J’aime bien. Alors ici, je peux le faire avec tout le monde.” 

Corinne OWEN (photos : © CathoBel / JL Gios)

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