Cet été, c’est la ‘danse des vicaires’ en Brabant wallon: « dire au revoir à un prêtre, c’est toujours difficile »


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Cet été, c’est la ‘danse des vicaires’ en Brabant wallon: « dire au revoir à un prêtre, c’est toujours difficile »
Bernard Bracke a quitté la collégiale Ste Gertrude de Nivelles cet été. Ici, il est salué par la paroisse St.Remi de Baulers ©Paroisse St Remi Baulers
Par Vincent Delcorps
Publié le - Modifié le
7 min

En été, de nombreux prêtres sont appelés à quitter une paroisse pour en rejoindre une autre. Rebecca Alsberge, déléguée épiscopale en charge du vicariat du Brabant wallon, nous parle de ce processus délicat. Pour les prêtres comme pour les communautés, il peut être source de tristesse mais aussi d’heureuses surprises.

Après avoir passé cinq ou six années, parfois plus, sous un clocher, il n’est pas rare de voir un prêtre appelé à célébrer sous d’autres cieux. Ces "transferts" sont souvent riches en émotions. Pour la communauté, bien sûr ; pour le prêtre aussi. L’au revoir peut être vécu dans l’action de grâce, mais aussi dans les larmes de la nostalgie, voire dans une forme d’incompréhension.

Pour les personnes chargées de prendre les décisions, la tâche n’est pas forcément plus aisée. Comment conjuguer le bien-être des prêtres avec celui des communautés ? Comment gérer le nombre décroissant de prêtres ? Et par quelles priorités se laisser guider ? Nous avons demandé à Rebecca Alsberge de nous expliquer les enjeux de ce processus.

Plusieurs changements de prêtres ont donc lieu cet été…

En effet. Comme chaque année, d’ailleurs. Le plus souvent, nous essayons de les faire coïncider avec le début de l’année pastorale. Même si, évidemment, le prêtre sur le départ aura déjà préparé l’année pastorale à venir…

Au fond, pourquoi y a-t-il ainsi des changements chaque année ?

Il y a plusieurs raisons. Chaque année, il y a des prêtres qui partent à la pension. Une autre raison est assez spécifique au Brabant wallon : chaque année, des prêtres finissent leurs études et retournent dans leur diocèse d’origine. Enfin, il y a aussi la volonté de ne pas laisser trop longtemps un prêtre à la même place.

Quels sont les différentes personnes impliquées dans le processus de discernement ?

Au final, c’est l’archevêque qui prend la décision. Il le fait sur la base d’un travail effectué par le bureau du vicariat. Celui-ci comprend les trois doyens principaux, le responsable du Temporel, mon adjoint et moi-même. Nous essayons, dans un premier temps, d’avoir une vue d’ensemble et d’établir la liste des prêtres qui doivent, ou souhaitent, partir. Et puis, on avance, souvent avec des plans A et des plans B. Ces décisions ne sont pas prises en vase clos, ici à Wavre, ou à Malines. Nous prenons en compte les besoins des paroisses, en particulier par l’intermédiaire des doyens. Ceux-ci sont invités à être particulièrement attentifs au vécu de leur doyenné : quelles sont les richesses, les difficultés ? Est-ce qu’il n’y a pas un risque de ronronnement ? Quand un changement est envisagé dans un doyenné, j’en parle avec le doyen.

Rebecca Alsberge
Non, ce n'est pas seule dans son bureau de Wavre que Rebecca Alsberge décide de la future affectation des prêtres du Brabant wallon ©CathoBel/VD

Les prêtres concernés ont-ils aussi leur mot à dire ?

J’ai des rencontres régulières avec les prêtres. Cela me permet d’avoir une idée de la façon dont ils se sentent dans leur mission, dont ils se projettent dans l’avenir. Pour les prêtres originaires d’un autre diocèse, se pose la question de la convention qui nous lie et de son éventuelle prolongation. Certains prêtres se sentent bien dans leur paroisse mais, après un certain temps, ils sentent qu’un changement peut être bon, pour eux comme pour leur paroisse. Je trouve cela très beau. Il est vrai que succéder à un prêtre qui est resté longtemps est souvent difficile.

Et les paroissiens, sont-ils consultés ?

Les doyens sont censés faire preuve d’écoute et être au courant de la réalité des communautés. Mais au moment des nominations, les paroissiens ne sont pas expressément consultés. Cette année, il y eut tout de même le cas d’un prêtre qui m’a demandé de pouvoir changer de paroisse et de pouvoir l’annoncer assez tôt à sa communauté. Je suis allée rencontrer l’équipe d’animation paroissiale. Pas pour que ses membres me disent le prêtre qu’ils souhaitaient, mais pour qu’ils puissent me parler de leurs richesses, leurs défis et leurs projets. Cela m’a permis de choisir, parmi les prêtres disponibles, un prêtre adéquat. J’ai prévu de multiplier ce type de rencontres, en tout cas chaque fois que le départ d’un prêtre est clairement prévu, par exemple pour raison de pension.

Pourriez-vous dire que l’ensemble du processus ait été vécu sereinement cet été ? Il y a parfois de l’émotion, évidemment…

Dans l’ensemble, c’est serein. J’ai notamment été touchée par plusieurs prêtres, en place depuis un certain temps, qui ont accepté de changer alors qu’ils ne le souhaitaient pas forcément. "Je réponds à un appel", m’ont-ils dit. Quand le prêtre vit les choses ainsi, cela aide toute la communauté. Il n’en demeure pas moins que dire au revoir, c’est difficile. Même quand un prêtre souhaite partir, il y a de la tristesse. Il importe donc de soigner le moment de l’au revoir. Et de croire que l’Esprit va nous envoyer quelqu’un d’autre.

Ces changements s’inscrivent dans un contexte où le nombre de prêtres diminue…

En effet. Dans notre Vicariat, en un an et demi, il y a eu des départs mais pratiquement aucune arrivée. Le défi est bien de répondre aux besoins des paroisses. Quand il y a cinq ou dix personnes à la messe du dimanche, nous allons choyer cette communauté, mais celle-ci n’a pas besoin d’un prêtre à demeure ! Le prêtre lui-même ne vivrait d’ailleurs pas forcément très bien. A côté, dans les paroisses qui rassemblent 200 ou 300 personnes, il y aura un curé mais aussi un vicaire. Nous n’avons pas la volonté d’abandonner les uns au profit des autres, mais bien de réfléchir à une bonne répartition des prêtres en fonction des besoins du territoire.  

De très nombreux prêtres étrangers, particulièrement africains, sont au service du Vicariat du Brabant wallon. Avez-vous une politique spécifique en la matière ?

Oui, ce qui nous permet d’avoir encore pas mal de prêtres. En réalité, il faut distinguer deux types de cas. Celui des prêtres étudiants d’une part. Ils permettent un enrichissement mutuel : ils viennent se former ici et nous profitons de leur dynamisme. Mais au terme de leurs études, ils doivent rentrer au pays, car c’est pour cela que leurs évêques les ont envoyés. Nous continuerons à avoir des prêtres étudiants. D’autre part, il y a les prêtres liés par une convention « fidei donum ». Ils sont « prêtés » pour une certaine durée. Un terme peut toujours être mis à ces conventions. Au niveau diocésain, nous sommes en train de mettre de l’ordre dans ces conventions, car il y avait beaucoup de flou. Nous voulons établir des durées claires, avec la possibilité de renouvellement mais sans automaticité. Evidemment, on ne va pas renvoyer un prêtre étranger qui serait à cinq ans de la pension dans son diocèse d’origine…

Parallèlement, Bernard Bracke, Alexandre Wallemacq et François-Xavier Compté, trois jeunes prêtres belges, changent aussi de paroisse cet été. Un hasard ?

On a en effet la "danse des vicaires". Non, ce n’est pas un hasard, c’est le fruit d’une réflexion menée avec l’archevêque. Nous avons décidé qu’un vicaire devait le rester au moins dix ans avant d’éventuellement devenir curé. Et que sur cette période, il devait être envoyé sur deux lieux de mission. Or, ces vicaires étaient dans leur paroisse depuis déjà cinq ou six ans ; c’était donc un bon moment pour les envoyer dans un autre lieu – parfois assez différent du premier.

Inévitablement, suite à un changement, plusieurs paroissiens sont déçus ou inquiets à la veille de cette rentrée pastorale. Auriez-vous un message à leur adresser ?

Je crois qu’il faut se donner un cadre pour accueillir la souffrance et la tristesse. Il faut pouvoir verbaliser cela ensemble, en communauté. Mais il faut donner à la tristesse sa juste place. Et, dans le même temps, s’inscrire aussi dans la confiance. L’Eglise est plus vaste que notre petite communauté ! A la base, nous sommes une Eglise diocésaine. Et ce n’est que parce que les diocèses étaient très grands qu’on a créé des paroisses – aujourd’hui, il y a d’ailleurs trop de paroisses par rapport aux besoins réels. Autre chose : il est important, pour une communauté, de faire confiance au prêtre qui arrive. Recevons-le comme un cadeau ! Donnons-lui toutes les chances de nous découvrir, et prenons le temps de le découvrir. Enfin, en tant que responsables, nous devons aussi pouvoir reconnaitre qu’il nous arrive de nous tromper dans nos choix. Mais nous tâchons vraiment d’être à l’écoute de ce que l’Esprit nous dit. Et de n’oublier jamais personne.

Vincent DELCORPS


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