Abus dans l’Eglise : sentiments « mitigés » des victimes après leur rencontre avec la Commission pontificale


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Abus dans l’Eglise : sentiments « mitigés » des victimes après leur rencontre avec la Commission pontificale
Pour les victimes, il reste beaucoup d'interrogations - Photo: CC0 Pixabay/Chen
Par Manu Van Lier
Journaliste de CathoBel
Publié le
5 min

Une délégation de quinze victimes d’abus commis dans l’Eglise catholique en Belgique a rencontré ce 11 juillet deux membres de la Commission pontificale pour la protection des mineurs. Si cette rencontre, organisée à la demande de la Commission, se voulait une occasion d’écoute et d’échange, deux des participants, François Braem et Pierre Englebert, expriment à l’issue de la réunion certaines désillusions.

Mgr Ali Herrera, directeur de la Commission pontificale pour la protection des mineurs et Stefano Mattei, directeur du rapport annuel étaient en visite en Belgique ces 10 et 11 juillet. Ils ont dans un premier temps eu des entretiens avec des représentants de la Conférence des évêques, de la Fondation Dignity, sur la gestion des dossiers d'abus sexuels dans les relations pastorales (lire le communiqué des évêques à ce sujet). Ce vendredi après-midi, Mgr Herrera et Stefano Mattei avaient rendez-vous avec le groupe de victimes qui avaient été entendues le 27 septembre 2024 par le pape François lors de sa visite en Belgique. Ce dernier leur avait alors promis de "se revoir un an plus tard". Le pape Léon XIV entend honorer l'engagement pris par son prédécesseur. Le mois de septembre avait été évoqué pour cette rencontre, mais à ce jour aucune date n'a été confirmée.

Une commission sans pouvoir contraignant

L’objectif de la Commission était clair: entendre les victimes de manière distincte des représentants de l’Eglise belge. Mais pour ces victimes, l’enjeu allait bien au-delà de la simple écoute. Le "groupe des quinze" avait préparé bien amont cette rencontre en déterminant cinq questions essentielles : la reconnaissance du statut de victime, les traumatismes de long terme, l'impact familial (victimes secondaires et tertiaires), les aspects juridiques et financiers. Et sur ces questions, elles attendaient des engagements concrets ! "La plus pressante de toutes étant peut-être celle des réparations financières", explique François Braem. Il détaille les revendications portées: "D'abord augmenter les indemnisations qui aujourd'hui sont comprises entre 2.500 et 25.000 euros en fonction du degré de gravité des faits. Ensuite, le remboursement ou la prise en charge des soins traumatiques, psychologiques et médicaux. Enfin, la possibilité de rétroactivité pour l'octroi de ces indemnisations. Il y a aussi une question du manque à gagner. Des experts estiment que cela pourrait potentiellement représenter jusqu'à un million d'euros par victime." Au-delà des dimensions matérielles, les victimes rappellent aussi les traumatismes durables, y compris spirituels. Pierre Englebert insiste: "Une personne abusée par un prêtre connaît des conséquences sur le plan spirituel, qu'une des victimes qualifiait de 'spiriticide', avec une perte de confiance totale dans la dimension spirituelle, qu'elle soit liée à l'Eglise ou ailleurs."

Face à ces demandes, la réponse la Commission pontificale reste limitée. "Personne n'a de pouvoir pour mettre quelque chose, structurellement et urgemment, en place", regrette Pierre Englebert, avant d’ajouter : "Personnellement, je ressors déçu, avec le sentiment d'avoir perdu mon temps."

Des attentes toujours sans réponse

En fin d'après-midi, les avis étaient partagés entre une impression d'attentes non comblées et d’espoir teinté de réalisme. François Braem se dit mitigé: "Si on n'avait pas vu le pape en septembre, on n'aurait pas eu de réunion aujourd'hui et on ne serait pas invités par Léon XIV. J'ai le sentiment que la Commission, avec ses pouvoirs limités, nous a écoutés et a pris des notes qui seront prises en compte pour le rapport qui paraît en novembre. Mais cela ne mènera pas pour autant à des décisions en Belgique."

Une critique récurrente revient dans les propos des deux hommes: le rôle consultatif et non contraignant de la Commission. "Elle n'a aucun pouvoir de contrôle strict, aucun pouvoir d'injonction sur les conférences épiscopales", souligne Pierre Englebert. Pour lui, seuls des actes émanant du pape pourraient avoir un réel impact. Mgr Herrera indique que le pape a demandé un rapport "en mains propres " sur les réunions des 10 et 11 juillet, qui lui sera remis lundi matin. "Si le pape, sur base de ce rapport, prend des mesures, l'influence pourrait être plus concrète", note encore François Braem.

Contradictions dans l’Eglise belge

Les victimes dénoncent également un manque de cohérence dans les réponses de l’Eglise de Belgique. François Braem évoque une récente rencontre entre un membre du groupe et l’évêque de Bruges, qui aurait clairement écarté toute révision des montants pour les indemnités déjà versées. Pourtant, selon lui, "lors d'entretiens privés, Mgr Terlinden avait affirmé qu'il était sans doute possible de réenvisager les choses. Ces informations contradictoires nous laissent penser qu'il n'y a pas une position commune à tous les évêques."

Ce flou alimente une frustration grandissante. "C'est donc assez décourageant pour nous de devoir dire à la commission que l'Église de Belgique n'avance pas sur des questions pourtant très concrètes", déplore-t-il, en espérant que "cette information que nous avons transmise à Mgr Herrera remontera jusqu'à Rome."

Prévention absente, justice lente

Autre point de déception: l'absence de discussion sur la prévention. "La prévention a très peu été abordée par la Commission pontificale. Là aussi, il manque des réponses concrètes, par exemple sur la formation des séminaristes", regrette Pierre Englebert. François Braem relève aussi le manque de sanctions et avance que "certains abuseurs sont toujours en activité alors qu'ils ont reconnu les faits."

Dans le communiqué de l'Eglise de Belgique, paru plus tôt dans la journée, l'archevêque de Malines-Bruxelles, Mgr Terlinden, rappelle pourtant la volonté de l'Eglise belge d'agir avec rapidité et fermeté dans chaque cas d'abus: "Nous continuons sans relâche à œuvrer à une politique de tolérance zéro, en collaboration avec les survivants, les autorités et les partenaires sociétaux."

Concernant cette politique de "tolérance zéro", François Braem demande à "voir comment cela se traduit dans la procédure, dans le plan d’accompagnement des victimes ou dans la prévention." Quant au traitement des dossiers, Pierre Englebert le juge bien trop long: "Plusieurs années souvent. C’est beaucoup trop long."

"Plus de travail"

François Braem résume l’impatience des victimes: "Il faut un peu moins de jubilés, de pèlerinages, de messes et un peu plus de travail !" Ce cri du cœur traduit une attente de prises de position pour mener plus loin l'accompagnement des victimes. Pour lui, comme pour Pierre Englebert, les prochaines étapes doivent être plus concrètes: la rencontre avec le pape, un dialogue avec les dicastères romains compétents et un engagement plus important des autorités ecclésiales belges.

Propos recueillis par Manu VAN LIER


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