Pour une méditation sur le don de l’Esprit, nous aurons spontanément recours au récit des Actes des Apôtres, à ses images impressionnantes et familières: les langues de feu, la foule émerveillée, le don des langues, etc. Par contraste, l’Evangile du jour est bien plus austère… Et si le contraste entre ces deux textes allait nous éclairer, par-delà le merveilleux du récit de la Pentecôte?
L’Evangile de Jean nous ramène, lui, avant la Passion du Christ, au soir du dernier repas. A ses disciples, Jésus promet un Défenseur. Le terme est lié au monde judiciaire. Mais l’Esprit (justement…) peut stimuler notre imagination, et nous suggérer un climat moins solennel, celui d’une longue course en montagne: les lourds sacs à dos, les chemins pierreux sous la chaleur, et la présence réconfortante d’un guide qui connaît bien la route, qui sait en révéler tous les pièges et toute la beauté. Voilà bien ce que cet Evangile dit de l’Esprit Saint. Il ne va pas nous rendre, spontanément et définitivement, courageux et fidèles au Christ. Mais, patiemment, délicatement, comme un bon guide de montagne, il veut nous conduire vers les sommets que nous désirons, qui nous attirent: vers toujours plus de fidélité, toujours plus de courage, d’attachement envers le Maître que nous voulons suivre.
Pas d’illusions: il ne portera pas nos sacs. A ses côtés, nous n’allons pas éviter les coups de soleil, les moments de fatigue, les jours de pluie ou de brouillard, les ornières, les passages difficiles. Mais ce qui nous est promis, c’est que ce guide ne nous fera jamais défaut. "L’autre Défenseur sera pour toujours avec vous."
Si nous le souhaitons – car il ne s’imposera pas –, il saura nous réconforter, nous donner des conseils pleins de sagesse; il saura même nous tirer des crevasses où nous auront jetés notre imprudence ou notre présomption, nos angoisses, nos violences. Disons-le-nous, lucidement: en nous promettant son Esprit, le Seigneur ne nous promet pas une course sans histoire, il nous promet d’arriver avec lui à destination…
Tout cela est moins étincelant, moins spectaculaire que ce qui est raconté dans les Actes des Apôtres, le jour de la Pentecôte, à Jérusalem… Y aurait-il contradiction? Non, simplement, dans les Actes, l’histoire de l’Eglise commence. En d’autres termes: c’est le départ des montagnards. Ils sont portés par la joie de se mettre en route et de découvrir qui va être leur guide. Ils désirent entraîner d’autres personnes dans l’aventure… Nous sommes témoins du départ de la course, il est normal qu’il soit enthousiasmant. L’Evangile, lui, envisage l’aventure dans sa durée.
Savourons donc le même jour deux lectures contrastées. C’est toujours le même Esprit, notre guide. Tout à la fois source de joie dans les commencements et source de paix au long de la route. Que fleurissent toujours la joie des débuts et la paix dans la durée! Car longue est la marche offerte à l’Eglise et au monde, depuis que l’Esprit du Seigneur s’est répandu au cœur de l’humanité…
