Expo photo: Sebastião Salgado nous offre un voyage mystique au cœur de l’Amazonie


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Expo photo: Sebastião Salgado nous offre un voyage mystique au cœur de l’Amazonie
Indiens Marubo, Vallée de Javari. Etat de Amazonas, Brésil. © Sebastião Salgado
Par Pascale OTTEN
Publié le
4 min

L’exposition Amazônia, du célèbre photographe Sebastião Salgado, est un événement en soi. C’est aussi une exceptionnelle immersion, en images et en son, dans un monde à la fois riche et fragile.

Né au Brésil, le photographe Sebastião Salgado, qui vient de décéder à 81 ans, a d’abord vécu dans une grande ferme appartenant à son père, autosuffisante et un peu coupée du monde, qu’il quittera à 15 ans. Elève brillant, il fera des études d’économie. Un coup d’Etat militaire lui fait fuir son pays pour émigrer en France où il découvre l’art de la photographie.

Comme économiste, il travaillera avec la FAO pour développer des plantations en Afrique. Un peu plus tard, il s’engagera totalement dans la photographie sociale. "Sans être croyant, dit-il, ma sensibilité se rapprochait du christianisme social" et c’est avec des groupes chrétiens et dans des revues chrétiennes qu’il commence son travail comme photographe. Il fera ensuite du photojournalisme pour de grandes agence de presse.

Le travail de Salgado est toujours habité d’humanisme. Si on lui a parfois reproché d’esthétiser la misère, ses images, en noir et blanc, offrent un symbole qui universalise et transcende ce qu’il photographie. Il a mis son art au service des événements tragiques au Sahel, au Bengladesh, au Soudan…

Une œuvre humaniste et mystique

Plongeons dans cette exposition (présentée en Belgique pour la première fois) qui recèle un aspect mystique. Il y a d’abord la salle, tout en pénombre, où l’on est accueilli par d’immenses photos (plus de 200 en tout) de paysages d’Amazonie et de ses habitants. Elles sont d’une luminosité incroyable, surnaturelle, invitant à la contemplation.

Vue de l'exposition Amazonia à Bruxelles. © Tempora © Sebastião Salgado
© Tempora © Sebastião Salgado

Dans son livre Amazonia, l’artiste raconte les larmes d’émerveillement de son épouse Lélia qui l’accompagne lors de ses prises de vue en hélicoptère. Oui, ces ciels sont impressionnants de beauté. En se rapprochant plus près de la photo, on constate que son grain au niveau du ciel offre un rendu, une ambiance presque impressionniste. Alors que celui de la forêt est précis, net. L’effet est superbe: on plonge dans l’univers que veut nous faire découvrir cet artiste.

Une musique, spécialement composée par Jean-Michel Jarre, complète cette immersion. Le musicien parle lui aussi d’influence impressionniste, comme Debussy, pour sa composition. En même temps, il nous plonge évidemment en Amazonie. Il n’a pas seulement travaillé avec des éléments environnementaux de là-bas, mais aussi avec des archives sonores du musée ethnographique de Genève.

Le respect du vivant

Dans cette exposition, il y a la volonté de capter la beauté du monde, mais aussi ce regard humaniste de Salgado qui va à la rencontre des habitants de la forêt. De 2013 à 2019, Salgado a travaillé sur ce projet et est allé à la rencontre de certaines tribus qui y vivent – il y en a 300, avec une diversité de langues, mais aussi d’histoire. Les plus anciennes traces datent de 1500 ans. Pour beaucoup de ces groupes, l’arrivée des Occidentaux au XVIe siècle amènera des virus inconnus là-bas: variole, grippe, rougeole. Cela va décimer ces populations autochtones.

Indiens Marubo, Vallée de Javari. Etat de Amazonas, Brésil. © Sebastião Salgado

Jusqu’au XIXe siècle, des aventuriers en quête d’or ont continué cette destruction. Au XXe siècle, les bucherons vont contribuer à amoindrir la forêt et ses habitants. Mais ces peuples ont de la résilience: certaines tribus se sont regroupées et ont pu se faire entendre. Un processus de reconnaissance du territoire indigène a commencé au XXe siècle. Il y a aussi une politique de "non-contact" mise en place depuis les années 2000 pour encadrer les visites d’étrangers.

Pour rencontrer certains peuples, Sebastião Sagaldo a fait deux mois de marche dans la jungle, ils lui ont semblé un voyage au Paradis. Ces tribus vivent en effet en harmonie totale avec la nature. Pour beaucoup d’entre eux, au commencement du monde, les animaux étaient des hommes. Cet aspect humain des animaux les pousse à leur rendre hommage, même ceux qu’ils chassent pour manger.

Tout cela est sensible dans les quelques interviews d’indigènes filmées et présentées dans l’exposition.
Quelles leçons de bon sens, pour les spectateurs, par rapport à notre mode de vie actuel! En regardant et écoutant ces témoignages, on ressent la fusion avec la nature que vivent les habitants d’Amazonie: c’est une sagesse indispensable à retrouver aujourd’hui pour sauver la planète!

Pascale OTTEN

Jusqu’au 11 novembre à Tour & Taxis à Bruxelles
www.expo-amazonia.com
[email protected]
+32 (0)2 549 60 49

Catégorie : Culture

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