Après la mort d’un proche, nous aimons nous rappeler les bons moments passés à ses côtés, les paroles échangées. Celles-ci prennent alors valeur de testament, surtout si ce proche savait sa fin proche.
Ce dimanche, la liturgie nous propose quelques-unes des paroles que Jésus adressa à ses disciples lors de leur dernier repas, quelques heures avant un sombre et funeste vendredi. Des décennies plus tard, ceux-ci s’en souviennent et partagent ce testament spirituel.
Ces paroles, bien connues de qui cherche à mettre ses pas dans les siens, étonnent néanmoins. S’agit-il bien d’un commandement? Et qu’a-t-il de bien nouveau?
Un commandement?
Est-il possible d’aimer sur commande? Certes, dans la Bible, le verbe "aimer" n’a pas le sens affectif que nous lui attribuons spontanément. L’agapè biblique est d’un autre ordre: il s’agit de vouloir le bien, le bonheur, la vie d’autrui. Tel est le désir de Jésus; et sa prière: "Que ton Règne vienne!"
Comment alors Jésus a-t-il été conduit à aimer? Serait-ce pour observer un commandement? A cet égard, le témoignage des Evangiles est éclairant. Que disent-ils? Que, devant la détresse d’autrui, Jésus "était saisi aux entrailles". Expression souvent traduite par "ému de compassion". Rien d’extérieur donc, mais quelque chose de physique, qui vous saisit tout entier. Aucune condescendance non plus d’un fort vis-à-vis d’un plus faible, mais la conscience vive d’une vraie solidarité de destin: nos vies sont connectées, interdépendantes.
En jouant sur la racine du terme en français, au mot "commandement" peut être substitué celui de "recommandation". Ce sont des conseils d’amis que Jésus nous donne, ceux que lui-même a mis en œuvre, pour que nos existences prennent et fassent sens.
Nouveau ?
Comment comprendre la nouveauté dont parle Jésus? Car l’invitation à aimer se rencontre déjà dans le Premier Testament. Comme dans tout courant religieux ou philosophique. Trois pistes.
Cette "Règle d‘or" est souvent formulée négativement: "Ne fais pas à autrui ce que tu ne souhaites pas qu’on te fasse". Une règle de prudence en quelque sorte. En revanche, la formulation retenue par les Evangiles est, elle, positive: "Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi". Ce qui requiert une grande créativité!
Ensuite, par rapport au Premier Testament, Jésus élargit la notion de "prochain": il ne s’agit pas de celui dont nous sommes spontanément proches, mais de celui dont nous nous approchons par vraie compassion. Jusqu’à "aimer nos ennemis". Tel le bon Samaritain. Invitation à une ouverture universelle!
Enfin, quand Jésus dit: "Comme le Père m‘a aimé, moi aussi, je vous ai aimés. Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés", il va encore plus loin. Il s’agit d’aimer comme Dieu aime, et comme Jésus en a donné l’exemple!

Projet impossible à réaliser par nos seules forces! Sauf à nous ouvrir à l’impulsion du Souffle Saint. Demandons-le les uns pour les autres.
Brigitte RIGO

