Dans les moments très difficiles, ou bien je ne sais plus quoi dire, ou bien j’angoisse. Mais je pourrais aussi faire face à l’adversité et prier deux ou trois fois plus intensément. C’est ce choix que fait Jésus. L’audace du 4e Evangile est de nous donner à entendre la prière de Jésus juste avant sa passion, mort et résurrection.
Comme s’Il était toujours à l’écoute, disponible et présent, Jésus s’adresse par trois fois au Père dans un langage franc, direct. Prenant son Père en quelque sorte à témoin, Jésus prie pour les personnes qui l’entourent, mais plus largement pour ceux et celles qui accueille(ro)nt la parole de ses disciples et vont croire en Lui.
Sa première prière est un souhait fort qui est valable pour "tous": être unis à Jésus, comme Lui est uni au Père, quasiment comme un couple, par un amour unifiant. Plus encore, Jésus ose inclure le Père dans cette union: "Qu’ils soient un en nous"!
Comment arriver à un tel idéal? En recevant comme par ricochet, relais ou transmission la gloire du Père, c’est-à-dire le rayonnement de sa présence, l’éclat de ses attributs: sa sagesse, sa bonté, sa fidélité, sa miséricorde, bref son amour. Comme un feu qui rayonne lumière et chaleur ou fumée. C’est sa puissante manifestation de vie dans notre réalité.
Mais tout ceci, dans quel but? C’est pour que le monde croit, sache et reconnaisse que Jésus est bien venu de sa part, en notre humanité, en tant que ‘collègue’ divin. Oui "tu m’as envoyé." Autrement dit, pour qu’il n’y ait aucun doute que Dieu est réellement advenu sur la planète terre, visible parmi nous, avec ses signes et prodiges de salut.
En corollaire de cet envoi de Jésus, il y a l’amour d’"agapè" du Père qui se révèle pour les disciples autant que pour Jésus lui-même. C’est-à-dire un amour généreux, oblatif, comme celui d’une maman qui allaite son petit enfant.
La deuxième prière instante de Jésus est un "je veux" clair et net qui attend bien l’action de rassemblement, de vie commune, "d’être avec moi" pour ceux qui lui ont été donnés. Avec ici le complément de voir, de contempler cette gloire reçue de l’amour éternel du
divin Père.
Il se peut qu’il y ait des refus de ceci dans le monde, et c’est pourquoi la troisième prière de Jésus est un constat qui s’appuie sur la justice du Père. La preuve de cet envoi par amour divin est que Jésus a partagé sa connaissance personnelle de l’auteur de notre vie. Il s’engage à continuer cette révélation de la proximité de Dieu dans l’histoire, afin que nous puissions recevoir, intégrer, être habité par ce même amour merveilleux du Père pour Jésus. En supplément de la présence de Jésus en nous.
Ce qui nous permet de mieux vivre l’acclamation – doxologie trinitaire – en finale de la prière eucharistique: "Rejoindre l’élan d’unité du pape Léon XIV car sa devise épiscopale - inspirée des écrits de saint Augustin - est justement: ‘EN CELUI QUI EST UN,
SOYONS UN’."

