Les Conversations de Malines : un siècle de dialogue œcuménique


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Les Conversations de Malines : un siècle de dialogue œcuménique
Fr Christian Eeckhout pose à côté de la table des rencontres des "Conversations de Malines".
Par Armelle Delmelle
Publié le
3 min

Il y a cent ans, à Malines, s’ouvraient des rencontres inédites entre responsables catholiques et anglicans. Ces « Conversations de Malines », menées de 1921 à 1927 à l’initiative du cardinal Mercier, ont posé les premiers jalons d’un dialogue œcuménique qui se poursuit aujourd’hui encore.

Une intuition prophétique

Entre 1921 et 1927, le cardinal Désiré-Joseph Mercier, archevêque de Malines, initie une série de rencontres informelles avec deux figures du dialogue entre catholiques et anglicans : le prêtre lazariste Fernand Portal et Lord Halifax, chef de file du mouvement anglo-catholique. Ces rencontres, restées dans l’histoire sous le nom de « Conversations de Malines », visent à explorer les possibilités d’une réconciliation entre l’Église catholique et l’Église d’Angleterre.

Sans aboutir à une union institutionnelle, ces échanges ont permis d’aborder des questions théologiques fondamentales : la primauté du pape, la succession apostolique ou encore la nature de l’eucharistie. Le décès du cardinal Mercier et les réticences du Saint-Siège mettent un terme à l’initiative, mais l’élan est lancé.

Aujourd’hui, l’héritage de ces conversations se poursuit au sein du Groupe des Conversations de Malines, relancé en 2013. Chaque printemps, des théologiens anglicans et catholiques se retrouvent pour poursuivre la réflexion sur des sujets sensibles comme la communion ecclésiale ou les ministères ordonnés.

Un œcuménisme enraciné dans la rencontre

Mais les racines du dialogue œcuménique remontent encore plus loin. « À la fin du XIXe siècle, les chrétiens sont profondément divisés », rappelle Christophe Herinckx, journaliste et théologien. « Du point de vue catholique, on considère alors détenir l’unique vérité de la foi, tandis que les autres seraient dans l’erreur. Mais certains pionniers, inspirés par la prière du Christ pour l’unité de ses disciples, vont refuser cette vision figée. »

L’idée d’un dialogue avec les Anglicans émerge dès 1886, portée par la présence croissante d’Irlandais catholiques et d’autres chrétiens étrangers en Angleterre. « C’est une réflexion pour situer les Anglicans par rapport aux autres chrétiens », précise le Fr. Christian Eeckhout, Prieur du couvent Fra Angelico à Louvain-la-Neuve.

Les Conversations de Malines naîtront dans ce climat, portées non par les institutions, mais par des personnes. « Comme le dit souvent le pape François, l’œcuménisme commence par la rencontre. Ce n’est pas d’abord une structure ou une commission, c’est une volonté de vivre en frères, dans un esprit d’écoute et de respect mutuel », insiste Fr. Christian.

De Malines à Vatican II… et au-delà

Un siècle plus tard, les fruits de cette dynamique sont visibles. « Les Conversations de Malines ne sont pas le point de départ du mouvement œcuménique, mais elles ont donné une impulsion importante », explique Christophe Herinckx. « Avec d'autres initiatives, elles ont contribué à ce que, lors du Concile Vatican II, l’Église catholique reconnaisse officiellement la légitimité et l’importance de ce dialogue entre chrétiens. »

Depuis lors, de nombreux pas ont été franchis : déclarations conjointes, prières communes, rencontres historiques — comme celle entre le pape François et le patriarche orthodoxe Kirill à Cuba en 2015.

Si des obstacles persistent — notamment sur les ministères ordonnés et l’ordination des femmes chez les Anglicans —, des convergences se sont affirmées sur les sacrements essentiels, comme le baptême ou l’eucharistie. Le chemin de l’unité reste long, mais il est désormais engagé. Et il continue de puiser son inspiration dans ces premières Conversations de Malines, cent ans plus tard.


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