Profondément marqué par Laudato si’, Philippe Renier a changé de vie pour se consacrer à la transition écologique. Pour lui, cette encyclique constitue le principal héritage du pape François.
Directeur général d’un grand groupe industriel international pendant plus de 20 ans, j’ai vécu récemment et contre toute attente, une véritable conversion écologique, c’est-à-dire une prise de conscience vertigineuse, un changement intérieur profond, une transformation radicale. Cette conversion m’a poussé à changer de fonction pour me consacrer exclusivement à la transition écologique, une priorité vitale aujourd’hui.
La lecture de l’encyclique Laudato si’ du pape François m’a profondément marqué et a largement contribué à cette conversion. C’était la première fois que je lisais une encyclique, et je dois avouer que j’ai commencé sa lecture sans grand enthousiasme. Pourtant, je l’ai dévorée et elle a été pour moi une véritable révélation.
Unis par des liens invisibles
Cette encyclique s’adresse à chaque habitant de cette planète, croyant ou non. Le pape ne se contente pas de critiquer notre modèle de société et de dénoncer notre quête de profit à court terme et de croissance illimitée. Il ne pointe pas seulement du doigt la pensée dominante qui considère que la technologie, la science et l’économie offrent les seules réponses possibles à tous nos problèmes. Il souligne aussi que nous, les êtres humains, et toutes les créatures de l’univers, sommes unis par des liens invisibles, que nous vivons tous dans la même maison commune et que tout est lié. Il constate également que ce sont les pauvres qui souffrent le plus des agressions environnementales. Il propose une vision intégrale de l’écologie, soulignant que les problèmes environnementaux, économiques, sociaux et spirituels sont interdépendants.
Le pape va donc bien au-delà de la seule question du réchauffement climatique et de l’indispensable réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il nous invite à une écologie du cœur, appelant à l’action autant qu’à une transformation intérieure. Il nous incite à changer notre regard et notre mode de vie, à rechercher le bien commun et à réenchanter notre rapport au monde. Il prône une spiritualité de la sobriété et de la joie avec peu, permettant de vivre intensément et d’apprécier les plaisirs simples.
Le plus beau, le plus juste
Depuis, j’ai lu des dizaines d’autres livres sur la question écologique. En ce qui me concerne, Laudato si’ reste le plus beau, le plus juste, le plus large, le plus intelligent et le plus pertinent. Alors que la survie de l’humanité se joue, ce livre est également prophétique. Il ne nous donne pas de simples conseils qu’il serait bon de suivre, mais nous indique des voies nouvelles sur lesquelles nous devrions tous nous engager collectivement, rapidement et impérativement.
Lire ce livre et se laisser toucher me semble être une nécessité, un devoir citoyen que beaucoup ont déjà accompli. Alors que François vient de nous quitter, Laudato si’ restera pour moi son principal héritage, un appel aimant et vibrant à l’humanité tout entière. Du fond du cœur, merci François.
Vincent DELCORPS
