L’évangile de ce dimanche relie deux parcours apparemment sans point commun: celui d’une femme qui est arrêtée, accusée d’adultère, et celui de Jésus qui est présenté comme le juste par excellence.
Au début de cet évangile, Jésus va. En conclusion, il dit à cette femme "va". Dans le texte grec, le verbe est identique et souligne le fait d’être en chemin. Cette posture contraste avec celles des autres personnages du récit. Au début, tout le peuple "vient" à Jésus qui enseigne au temple; les scribes et les pharisiens lui amènent cette femme. A la fin, ceux qui ont écouté l’interpellation de Jésus sortent un à un, au point que Jésus se trouve seul avec cette femme.
Jésus se rend au Mont des Oliviers (aucune autre mention de ce lieu dans l’évangile selon Jean) puis, au temple "dès l’aurore". Dans les évangiles, le lieu du Mont des Oliviers est associé à son arrestation et la précision chronologique "dès l’aurore" à sa résurrection. En effet, en Lc 24,1, dès l’aurore, des femmes vont au tombeau de Jésus avec des aromates pour embaumer son corps et, de façon inattendue, sont témoins de la première annonce de sa résurrection par deux anges. Or, dans l’évangile de ce dimanche, une femme est arrêtée par des scribes et des pharisiens qui sont prêts à la lapider à mort au nom de la loi donnée par Dieu à Moïse au Sinaï et donc au nom de Dieu. Parlant de Moïse et donc des Ecritures, Jésus lui-même se met à écrire, non pas sur des tables de pierre comme au Sinaï – ces mêmes pierres qui sont jetées par des êtres humains pour condamner – mais sur la terre – cette terre d’argile que le potier façonne en vase précieux, comme Dieu lors de la création du premier être humain (Gn 2).
A deux reprises, Jésus se baisse pour écrire sur la terre. Quand il communique avec ses interlocuteurs – les gens devant lui et la femme –, il se redresse. Il se tient ainsi en face à face avec chacun. Plusieurs renversements s’accomplissent. Plus personne n’est disposé à condamner cette femme. Celle-ci n’est plus un objet de conversation, mais un sujet, du moins pour Jésus qui se met à échanger avec elle, en l’appelant "femme". Cette façon de s’adresser à quelqu’un est assez rare de la part de Jésus dans l’évangile selon Jean. Il le fait auprès de femmes audacieuses dans la foi et pleine d’humanité: sa mère à Cana (Jean 2,4) et à la Croix (19,26), la Samaritaine au puits de Jacob (4,21), ainsi que Marie de Magdala au tombeau (20,15). A la femme qui était arrêtée pour adultère, Jésus pose deux questions dont la première demeure sans réponse, ouverte "où sont-ils donc?", en évoquant ceux qui étaient prêts à la lapider.
Il est tellement plus facile de parler des autres plutôt que de parler avec eux, en particulier ceux qui nous sont moins familiers. Où en sommes-nous en regard de cet appel à la conversation avec les autres, pour relancer mutuellement notre cheminement?

Sœur Marie de Lovinfosse

