Le dimanche 5 avril 2026, de nombreux chrétiens vivront la fête de Pâques, qui célèbre le mystère essentiel de leur foi : après sa mort sur le Croix et sa mise au tombeau, le Christ est ressuscité. Mais enfaite, qu’est-ce que la résurrection ? Les évangiles nous donnent les clés pour comprendre cette réalité insaisissable pour les sciences.
Fête de Pâques : pourquoi la résurrection est au cœur de la foi chrétienne
"Le Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité." Cette proclamation de Pâques, originaire du christianisme oriental, exprime de façon lapidaire la foi en la résurrection. Comment comprendre cette résurrection, qui est au cœur de la foi chrétienne ?
Comme le rappelait déjà saint Paul aux chrétiens de Corinthe, en réponse à ceux qui disaient qu’il n’y a pas de résurrection des morts : "si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi" (1 Co. 15, 14).
C’est dire que l’on n’a pas attendu l’époque moderne pour contester la réalité de la résurrection, celle du Christ comme la nôtre.
Pourquoi la résurrection du corps dérange : de l’Antiquité aux objections modernes
Dans l’Antiquité : une compréhension de l’humain hostile au corps
Dans le monde antique gréco-romain, qui est l’aire religieuse et culturelle dans laquelle est né le christianisme, la résurrection du corps, de la chair – comme le dit le Symbole des apôtres – n’avait pas de sens.
Tout ce qui avait trait à la corporéité, comme on l’appelle aujourd’hui, était perçu négativement : le corps était une prison dont l’âme devait se libérer pour accéder à la béatitude, comprise comme "seulement" spirituelle.
Pour les anciens, seul l’esprit survit par-delà la mort. On comprend dès lors la réaction des philosophes d’Athènes lorsque Paul tente de leur expliquer la foi chrétienne : "Au mot de ‘résurrection des morts’, les uns se moquaient, d’autres déclarèrent : ‘Nous t’entendrons là-dessus une autre fois'" (Ac. 17, 32).
Aujourd’hui : sciences, rationalisme et difficulté à penser une résurrection corporelle
D’une façon assez similaire, les grandes spiritualités orientales, notamment l’hindouisme et le bouddhisme, comprennent également le salut de l’homme comme salut de l’esprit, par le biais du détachement des désirs, qui ouvre la voie à l’éveil ou à l’union avec Dieu.
En Europe également – parmi les non chrétiens, mais aussi pour de nombreux chrétiens –, les convictions relatives à une vie après la mort, lorsqu’elles existent, ont évolué dans le sens d’un accomplissement exclusivement spirituel.
Une telle conception semble davantage compatible avec la vision moderne de l’homme, fondée sur certaines sciences, une certaine forme de rationalisme et une certaine compréhension de l’humain. Rien en effet, dans les sciences physiques ou biologiques, ne semble aller dans le sens d’une future résurrection corporelle des morts. La raison, dès lors, semble ne pouvoir se baser sur aucun élément concret pour envisager une telle possibilité.
Pâques dans le Nouveau Testament : l’expérience des apôtres
Ces objections à la résurrection sont bien évidemment à prendre au sérieux, et de nombreux exégètes et théologiens ne s’y sont pas trompés. Certains, depuis le siècle dernier, ont parfois été amenés à relativiser la réalité de la résurrection. L’expérience de la résurrection du Christ, par les apôtres, est alors parfois réduite à une "forte conviction intérieure que le Christ était toujours vivant" après sa mort.
Pourtant, dès les origines du christianisme, la résurrection a été comprise comme une réalité, mais une réalité qui n’est pas observable à la manière d’un objet de la nature. A partir de là, il est important de comprendre quelle est cette réalité pour les évangiles, par les autres écrits du Nouveau Testament et, par la suite, le Credo de l’Eglise.
Mystère de Pâques : discerner sans réduire
Les sciences modernes peuvent nous aider à comprendre que la résurrection n’est pas un événement saisissable par les lois de la physique. A condition toutefois de ne pas nous laisser submerger par des préjugés rationalistes. Un tel préjugé serait de se dire : "Puisque la résurrection ne peut être connue par l’observation commune ou les lois de la physique, elle ne peut pas exister."
A l’inverse, il ne suffit pas de dire que la résurrection est un "mystère" incompréhensible pour notre intelligence, et seulement accessible à la foi. Si la résurrection est effectivement un mystère, cela n’empêche pas que l’on puisse discerner sa signification. A cet égard, la raison vient en aide à la foi. Même si la foi dépasse la raison. Quant au discernement à opérer, il doit toujours se référer aux Ecritures. Que disent les récits évangéliques sur la résurrection ?
Le Ressuscité n’est pas un pur esprit : ce que racontent les évangiles
Premier point : dans les quatre évangiles, la résurrection est évoquée comme une réalité.
Deuxième point : la résurrection n’est décrite nulle part : ni les femmes au tombeau, ni les apôtres et les autres disciples n’ont été les témoins de la résurrection elle-même.
Troisième point : des femmes, et ensuite les apôtres et certains disciples ont fait une expérience du Christ ressuscité : il s’est "manifesté" à eux, il leur est "apparu", ils l’ont "vu". Les récits de ces expériences, malgré la différence des descriptions d’un évangile à l’autre, insistent même sur la réalité "sensible" du ressuscité : il ne s’agit pas d’un pur esprit. Lorsque Jésus ressuscité apparaît à ses disciples, il se donne à voir, à entendre, à toucher.
En même temps, Jésus ne semble plus soumis aux lois du temps et de l’espace : "Jésus vint, toutes portes verrouillées, il se tint au milieu d’eux…" (Jn. 20, 26)
“Un corps spirituel” : ce que dit saint Paul
Comment, alors, approcher un tant soit peu cette réalité de la résurrection ? Les récits des évangiles, pas plus que les écrits de saint Paul sur la résurrection, ne permettent d’en induire une définition précise. Au contraire, la fluidité des textes reflète l’impossibilité de saisir cette réalité. Ils disent davantage ce que la résurrection n’est pas : un simple retour à la vie "précédente" du Crucifié, une réalité simplement physique, ou au contraire purement spirituelle.
Par contre, les mêmes écrits du Nouveau Testament permettent de dire que, si elle échappe aux limites du temps et de l’espace, la résurrection de cet homme, Jésus, s’est manifestée dans le cours de l’Histoire de l’humanité. La résurrection y apparaît comme un événement “eschatologique”, c’est-à-dire qui relève du monde futur, lorsque l’univers entier sera entré dans la vie de Dieu.
Ils permettent également de comprendre que la résurrection a bel et bien une dimension corporelle, même si, ressuscité, le corps du Christ n’est plus "comme avant" sa mort. Le Nouveau Testament évite absolument de décrire ce corps ressuscité ; saint Paul va tout au plus l’évoquer à l’aide de comparaisons imagées : "semé corruptible, on ressuscite incorruptible ; (…) semé corps animal, on ressuscite corps spirituel" (1 Co. 15, 42-44).
Sens de la fête de Pâques : l’amour plus fort que la mort
Quant au sens de cet événement de la résurrection, l’Ecriture, tout comme l’Eglise, l’explique abondamment. Elle y apparaît comme le sens de la création et de l’Histoire, le but de l’existence humaine. Ce sens, c’est que "il fallait" que le Christ passe par la mort, qu’il la traverse, pour en ressurgir libre, humain accompli et bienheureux, dans une communion d’amour avec le Père. Et ce qui a permis au Christ de traverser la mort, c’est l’amour jusqu’au bout, pour son Père et pour chacun de nous.
La résurrection, notre destinée
Ce que nous nous apprêtons à fêter à Pâques, c’est notre destinée à toutes et tous. Si Pâques célèbre le passage du Christ de la mort à la résurrection – c'est du mot “pâque” –, Jésus nous appelle à le suivre sur ce chemin. Car si nous sommes toutes et tous destinés à mourir, nous sommes aussi, toutes et tous, appelés à ressusciter.
Christophe HERINCKX

