En ce quatrième dimanche du Carême, dimanche dit du "Laetare", l'Evangile a pour sujet la parabole du Fils Prodigue (et donc du Père Miséricordieux). Découvrez le commentaire qu'en fait l'abbé Pascal Roger.
Il y a beaucoup de manières de tuer un être humain. Je ne parle pas ici des modalités techniques rendant possible le crime mais bien des morts que nous infligeons aux autres par nos attitudes assassines et nos paroles meurtrières. N’est-ce pas le drame que vit le père de la parabole? S’entendre demander, par son fils, sa part d’héritage, c’est faire la redoutable expérience de ne compter pour rien aux yeux de ce fils, voire même de découvrir son désir secret de le voir mort. En effet, ne faut-il pas un décès pour qu’il ait un héritage? Pour le fils cadet, le père n’existe plus, il est déjà mort. Le ton est donné dès l’entame de cet évangile pour nous mettre au diapason du mystère pascal que nous nous préparons à célébrer, un mystère de mort et de vie.
Scribes et pharisiens récriminaient contre Jésus s’indignant de sa bienveillance à l’égard des publicains et des pécheurs. Ils n’ont pas perçu que les paroles et l’agir de Jésus révèlent le visage de son Père. Ce que Jésus donne à voir vient bousculer la représentation de Dieu des docteurs de la loi. C’est pourquoi le pédagogue de Nazareth recourt à la parabole qui, loin d’orienter le projecteur sur l’agir des deux fils, nous invite à découvrir la belle figure du Père. Certes, il nous déroute. Il accède spontanément à la requête du fils cadet et lui remet sa part d’héritage. Nous pouvons aisément imaginer la souffrance de ce Père qui semble ne plus exister aux yeux de celui qu’il aime. Mais, Il est bon, son amour est agapè, c’est-dire "don". Pour lui, pas de calcul, "ce qui est à moi est à toi". L’attitude de ce fils nous indigne et nous le rangeons, volontiers, dans la catégorie des profiteurs, des paresseux, des égoïstes… Par contre, les reproches du fils aîné nous paraissent légitimes. Il est, en quelque sorte, le "gendre parfait": travailleur, consciencieux, économe. Il n’a, à nos yeux, que des qualités. Pourtant, si leurs attitudes nous paraissent aux antipodes, leur logique est semblable, celle du calcul. Tous deux semblent centrés essentiellement sur eux-mêmes.
Le Père, qualifié avec bonheur de miséricordieux dans beaucoup de traditions, ne peut qu’ouvrir les bras. Son regard s’use à scruter l’horizon dans l’attente du retour de l’égaré. Et, lorsque celui-ci se présente en guenilles, le Père s’élance vers lui et, débordant de compassion, le restaure dans sa condition de fils: "Il était perdu, il est retrouvé. Il était mort, il est revenu à la vie." Décidément miséricorde et pardon sont de véritables résurrections. Replié sur lui-même, du haut de sa superbe, l’aîné accuse. Dans sa logique de rétribution, il compte, il compare. Un tel regard tue la relation et empêche le fils de partager la joie immense du Père.
En contemplant ce Père, nous entendons les invitations qui ont résonné à l’ouverture du Carême par la voie de Joël: "Revenez à moi de tout votre cœur" ou sous la plume de Paul "Laissez-vous réconcilier avec Dieu."

Profitons de ce Carême pour apprendre, de notre Dieu, la miséricorde.
Abbé Pascal ROGER

