Durant des décennies, l’Eglise n’a jamais a eu à cœur de se pencher sur le problème éthique posé par l’esclavage, puisque cette pratique était immémoriale et universelle. Néanmoins, dès le milieu du XIVe siècle, des voix ont commencé à s’élever contre cette pratique.
Plusieurs membres du clergé ne se sont pas contentés de dénoncer l’esclavage, mais ils en ont sapé les fondements idéologiques en redéfinissant les concepts de liberté et de dignité humaine. Au cœur de cette révolution intellectuelle intervient le principe que la liberté n’est pas simplement un bien collectif réservé à une nation ou à une classe, mais un droit individuel inhérent à chaque personne.
Dans la perspective chrétienne, tout homme, quel que soit son statut social, reste une créature de Dieu pour laquelle le Christ s’est sacrifié. Ce changement de paradigme a forcément conduit à une révision progressive des mentalités. Cet ouvrage met en exergue les zones d’ombre de cet engagement.
L’Eglise, quoique hostile à l’esclavage dans son essence, n’a pas toujours appliqué les règles de manière cohérente. Certains clercs et certaines institutions ont fermé les yeux sur des pratiques serviles ou les ont justifiées dans des contextes spécifiques, notamment lors des conquêtes coloniales.

Pour l’auteur, il demeure crucial de ne pas réduire l’histoire de l’abolition de l’esclavage à un triomphe des Lumières ou à une conséquence exclusive des révolutions modernes. Bien avant ces mouvements, un travail de longue haleine avait été mené par les institutions chrétiennes. Une étude qui met les points sur les i et qui s’appuie sur une documentation richement étayée, avec en guise de postface plusieurs textes de l’Eglise condamnant l’asservissement de l’homme par l’homme. Edifiant!
Daniel BASTIÉ
Jean-Pierre Montembault, Les Chrétiens et l’esclavage. Ed. Artège – 157 pages - 2024

