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Jubilé 2025 : comment comprendre la pratique des indulgences aujourd’hui?


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Jubilé 2025 : comment comprendre la pratique des indulgences aujourd’hui?
© Vicariat du Brabant wallon
Par Abbé Joël SPRONCK
Publié le
5 min

Au XVIe siècle, Martin Luther s’est insurgé contre le "commerce des indulgences" dans l’Eglise. Au-delà de la dérive, comment comprendre le sens de l’indulgence, mise en valeur dans le cadre du Jubilé 2025? Loin de s’obtenir par nos mérites, elle est une expression de la miséricorde gratuite de Dieu.

En référence au Livre du Lévitique (chap. 25), le Jubilé a toujours été une ‘année de grâce’ caractérisée par la libération (remise des dettes, libération des prisonniers… cf. Is 61,1-2) et le pardon des péchés. Les diverses démarches proposées au cours de l’Année sainte (pèlerinage, passage de la Porte sainte, confession, œuvres de miséricorde…) doivent toujours être interprétées sous cet horizon. L’indulgence jubilaire est aussi une expression de cette miséricorde divine qui libère. Dans le langage courant d’ailleurs, être indulgent revient à être patient, clément, compréhensif.

Déviances

Certes, au cours de l’histoire de l’Eglise, la pratique des indulgences a parfois été mal comprise et a donné lieu à des déviances au XVIe siècle. Ainsi, avec un simplisme dangereux, le moine dominicain Johann Tetzel (1465-1519) n’hésitait pas à vendre des indulgences en disant: "Sitôt que sonne votre obole, du feu brûlant [du Purgatoire] l’âme s’envole"(1). On comprend aisément que Luther – et à sa suite les confessions protestantes – se soit particulièrement insurgé contre ce "commerce des indulgences": le salut ne s’achète pas, il est donné gratuitement! Et c’est par la foi seule, avec un cœur repentant, que l’on est justifié devant Dieu, indépendamment des œuvres.

Comment dès lors bien comprendre l’indulgence qui est attachée au Jubilé 2025? Dans la bulle d’indiction de l’Année sainte, au n°23, le pape François explique: "L’indulgence permet de découvrir à quel point la miséricorde de Dieu est illimitée. Ce n’est pas un hasard si, dans l’Antiquité, le terme ‘miséricorde’ était interchangeable avec le terme ‘indulgence’, précisément parce que celui-ci entend exprimer la plénitude du pardon de Dieu, qui ne connaît pas de limites."

Certes, le pardon de nos péchés est obtenu par le Sacrement du pardon, comme nous y exhorte encore le pape: "C’est dans le Sacrement de Pénitence que nous permettons au Seigneur de détruire nos péchés, de guérir nos cœurs, de nous élever et de nous étreindre, de nous faire connaître son visage tendre et compatissant. […] Ne renonçons donc pas à la Confession, mais redécouvrons la beauté du sacrement de la guérison et de la joie, la beauté du pardon des péchés!"

Les "dégâts collatéraux" du péché

Toutefois, l’expérience commune nous l’enseigne, nos péchés créent aussi des "dégâts collatéraux": ils abîment nos relations et instaurent de mauvaises habitudes; ils marquent d’une empreinte négative nos comportements et nos pensées. Aussi est-il nécessaire de réparer, de restaurer ce qui a été abîmé. Ces désordres causés par le péché sont ce que la théologie appelle les "peines temporelles du péché", qui peuvent être remises par les indulgences. Le pape François explique: "Le péché ‘laisse des traces’, il entraîne des conséquences. […] Il reste donc, dans notre humanité faible et attirée par le mal, des ‘effets résiduels du péché’. Ceux-ci sont éliminés par l’indulgence, toujours par la grâce du Christ."
Lors du Jubilé de l’an 2000, Mgr Jacques Perrier, alors évêque de Lourdes, avait tenté une comparaison avec un incendie (2).

L’incendie détruit le bâtiment; il faut éteindre le feu, cause de cette destruction: c’est le sacrement du pardon. Mais l’incendie laisse d’autres traces. Après le passage du feu, il faut nettoyer le site inondé, il faut réparer les dégâts, racheter ce qui a été endommagé, etc. Telles sont les peines temporelles, et l’indulgence qui les efface.

Ajoutons enfin que l’indulgence peut être "plénière" ou "partielle" (3), et aussi qu’elle peut être obtenue non seulement pour soi-même, mais aussi pour les âmes des défunts en chemin de purification (Purgatoire), et ce, précise le pape, "en vertu de la solidarité dans l’intercession priante qui puise son efficacité dans la communion des saints".

Accueillir l’indulgence jubilaire

Pratiquement, comment accueillir l’indulgence jubilaire? Il faut réunir quatre conditions et en premier lieu être animé d’un esprit de conversion et de charité. Il s’agira ensuite d’effectuer un pèlerinage: soit à l’une des quatre basiliques majeures de Rome (avec passage de la Porte sainte), soit à l’une des églises jubilaires du diocèse (lieux déterminés par l’évêque). Il faudra bien évidemment se confesser, participer à l’Eucharistie (en communiant) et prier aux intentions du pape. Enfin, il est demandé d’accomplir des ‘œuvres de miséricorde’ tant corporelles que spirituelles (cf. CEC 2447).

Abbé Joël SPRONCK

(1) Verset original en allemand: „Sobald das Geld im Kasten klingt / Die Seel aus dem Fegfeuer springt“.
(2) Cf. La Croix du 18/12/2015.
(3) En 1967, le pape Paul VI a réformé la doctrine des indulgences (cf. constit. apost. Indulgentiarum doctrina). Il supprime notamment la référence à un nombre indulgencié de jours ou d’années: désormais on ne parle plus que d’indulgence "partielle" ou "plénière", en fonction des dispositions du cœur. Pour un approfondissement, voir Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 1471-1479.

L’indulgence et la communion des saints

Dans son enseignement sur l’indulgence, l’Eglise catholique insiste sur le lien de celle-ci avec la communion des saints. Dans son chemin vers Dieu, le chrétien n’est pas seul. Il peut compter sur le soutien de ses sœurs et frères, en particulier spirituel. Nous pouvons prier les uns pour les autres, et cette prière dépasse les frontières de la mort. Celles et ceux qui sont déjà dans la pleine Lumière de Dieu intercèdent pour nous qui sommes encore en pèlerinage vers le Royaume. A notre tour, nous pouvons intercéder pour celles et ceux qui, ayant quitté le port terrestre, ne sont pas encore parvenus sur l’autre rive, mais doivent encore passer par une étape de purification. Ce qu’on appelle traditionnellement le purgatoire.

Celui-ci se comprend en lien aux "peines du péché", les conséquences du mal qui, déjà pardonné par Dieu, peut continuer de produire ses effets néfastes et appeler une libération complète par-delà la mort. Si l’on peut intercéder pour les "âmes du purgatoire", il est également possible de demander et de recevoir une indulgence – la libération des peines du péché – non pour nous-même, mais pour un frère, une sœur, en attente de sa délivrance complète.

C.H.

Catégorie : Sens et foi

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