La messe expliquée à la lumière de la vie du Christ


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La messe expliquée à la lumière de la vie du Christ
Par Clément Laloyaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
10 min

La messe n’est pas qu’une simple célébration: c’est une rencontre intime avec le Christ, révélé à travers chaque geste, chaque rituel, chaque parole. Pour saisir pleinement cette présence du Seigneur, il convient de comprendre la symbolique christique qui imprègne chacun de ces éléments liturgiques. Explorez avec nous la profondeur de ces rituels et gestes variés. Et, la prochaine fois que vous assisterez à la messe, ouvrez-vous à la découverte de ces symboles!

RITES INITIAUX

Chant et procession d’entrée

Le Christ se présente aux fidèles

Bien que cette considération semble être d’ordre uniquement pratique, la procession d’entrée, qui précède chaque messe, revêt un aspect hautement spirituel. C’est le moment où le prêtre et les acolytes entrent solennellement dans l’église pour débuter la célébration.

Symboliquement, cette procession représente l’entrée de Jésus parmi les fidèles qui l’accueillent dans sa communauté de prière et de sacrements. Le prêtre, en tant que représentant du Christ, est comme la présence vivante du Sauveur parmi son peuple. En fin de procession, le prêtre pénètre le sanctuaire (là où se situe l’autel), un lieu qui par nature représente le Ciel, où le Christ, Grand Prêtre, est "assis à la droite du Père". L’accès au sanctuaire par des marches symbolise l’élévation de nos cœurs vers Dieu et rappelle l’ascension de Jésus au calvaire. Vient ensuite le signe de croix, par lequel l’assemblée se met en présence de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint.

Rites pénitentiels

Kyrie Eleison

Une tradition héritée des premiers temps de l’Eglise

Après avoir confessé nos fautes lors de la prière pénitentielle, l’Assemblée exprime son besoin de la miséricorde divine par le chant du Kyrie eleison. Signifiant "Seigneur, prends pitié" en grec ancien, le Kyrie eleison souligne notre reconnaissance envers le Christ, qui nous rassemble et nous accueille dans sa grâce.

Il nous rappelle que le Christ, compassion manifestée de Dieu, n’a jamais dédaigné ce cri des infirmes et des malades. A ceux qui réclamaient son secours, il l’a donné; de ceux qui criaient "pitié", il a eu pitié. En entonnant cette prière de supplication, nous nous connectons à une tradition héritée des premiers temps de l’Eglise, soulignant ainsi la continuité et l’universalité de la foi chrétienne transmise à travers les âges.

Gloria

Après avoir demandé la miséricorde de Dieu, les fidèles entament le Gloria, un chant de louange au Dieu Trinité.

Prière d’ouverture

Cette première oraison invite l’assemblée à entrer dans la célébration par un moment de recueillement, dans lequel on demande aussi à Dieu de nous introduire dans le thème du jour, qui sera abordé dans les lectures bibliques.

LITURGIE DE LA PAROLE

Les lectures de la messe

L’enseignement du Christ

A la messe, on parle souvent du "repas du Seigneur". Mais que serait un repas s’il n’y avait le plaisir de se parler, de s’écouter, de se connaître? Comme l’a dit Jésus: "L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" [Mt 4, 4].

Lorsque Jésus accueille ses disciples, il leur prodigue un enseignement. 2000 ans plus tard, l’enseignement du Christ se poursuit avec les lectures de la messe. Les lectures varient tout au long de l’année en fonction des temps liturgiques (Avent, Noël, Carême, Pâques, temps ordinaire) et se divisent en trois cycles, un par an: A, B, C; aussi, tout fidèle qui va à la messe quotidiennement, au bout de trois ans aura écouté la Bible presque complète.

La première lecture est souvent un passage de l’Ancien Testament, en vue de préparer la lecture de l’Evangile du jour. Car le Christ lui-même l’a proclamé: "N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abolir, mais accomplir" [Mt 5,17].

Vient ensuite le chant d’un psaume, comme une réponse à la lecture entendue. Chants de l’Ancien Testament, les psaumes nous apprennent à prier comme Jésus a appris à prier. Ils représentent en quelque sorte les chants du Fils à son Père.

Puis vient la deuxième lecture, le dimanche et les jours de grandes fêtes (solennités). Tirée du Nouveau Testament, elle nous rattache aux premiers chrétiens à qui les Apôtres écrivaient pour les aider à vivre leur foi.

Proclamation de l’Evangile

Jésus nous parle

Voici le moment le plus solennel de la liturgie de la Parole. C’est Jésus lui-même qui nous parle aujourd’hui comme il le faisait voici 2000 ans. Il ne s’agit donc plus seulement de la Parole de Dieu écrite, mais de la Parole de Dieu faite chair réellement. L’Evangile est acclamé comme présence même du Christ vivant: "Louange à toi, Seigneur Jésus". Seul le prêtre ou le diacre peut le lire.

Homélie

Un éclairage actuel de l’Evangile

En établissant un lien entre les Ecritures et notre vie quotidienne, le célébrant nous aide à mieux comprendre ce que Jésus vient de nous dire. C’est vraiment un acte du Christ qui, par la bouche du prêtre, rend présente sa Parole.

Credo

En réponse à la Parole de Dieu, les chrétiens proclament leur foi, à travers un "symbole", une profession très ancienne (le symbole des apôtres), ou celle issue des premiers conciles de Nicée (325) et de Constantinople. Une manière de s’inscrire dans une longue continuité de foi.

Prière universelle

Avant la liturgie eucharistique, les fidèles présentent leurs prières pour l’Eglise et pour le monde.

LITURGIE DE L’EUCHARISTIE

Préparation des dons

"Deux substances sortirent du côté percé du Seigneur: le sang et l’eau"

Dans cette deuxième partie de la messe, on apporte à l’autel les offrandes, le pain et le vin. Le prêtre les présente à Dieu en les offrant afin qu’ils deviennent le Corps et le Sang du Christ. Juste avant de présenter le vin, le prêtre ajoute quelques gouttes d’eau dans le calice. Ce geste symbolique est chargé de significations. Il représente l’union des fidèles avec le Christ (l’eau avec le vin), l’union de la nature humaine et divine du Christ, et rappelle surtout l’eau et le sang qui ont coulé du côté de Jésus lorsqu’il a été percé par la lance. En effet, comme le rappelle Jean, "deux substances sortirent du côté percé du Seigneur: le sang et l’eau" [19, 31-37]. Ces deux éléments ont été interprétés très tôt par les pères de l’Eglise comme les symboles des deux sacrements fondamentaux du christianisme: le baptême et l’Eucharistie.

Les fidèles sont invités à participer à cette présentation des dons en offrant toute leur vie à Dieu, laquelle sera assumée dans l’unique sacrifice du Christ, qui fait participer chaque croyant à sa mort et à sa résurrection.

La collecte

Un gage de l'amour fraternel

Durant le temps de l'offrande ou offertoire, des corbeilles sont présentées pour recueillir les dons de chacun. Pour autant, la collecte va au-delà de la simple quête d'argent. Contrairement à un impôt, les dons expriment concrètement la participation du fidèle au sacrifice du pain et du vin, en communion avec Jésus.

C’est un peu de soi-même qui est offert : le travail de la semaine, sa propre vie, ses joies et préoccupations, qui sont ainsi unis à la prière et à l’offrande du Christ. Concrètement, cet argent permet à la communauté d’aider les plus pauvres et de soutenir la vie matérielle de l’Eglise. Comme Jésus, nous voulons nous aussi apprendre à faire de notre vie un don d’amour.

Prière eucharistique

On revit le dernier repas du Christ

La Prière eucharistique, point culminant de la messe, est une longue prière par laquelle se réalise le changement de "substance" du pain et du vin en présence réelle, sacramentelle du Corps et du Sang du Christ. C’est-à-dire le Christ dans le don total de lui-même. Le prêtre, agissant au nom de Jésus, invoque l’action de l’Esprit Saint sur le pain et le vin pour que se réalise cette "transsubstantiation", selon le terme officiel: le pain et le vin ne changent pas "physiquement", mais dans leur être, leur nature profonde.

Dans cette prière, le président de la célébration se souvient du récit de la Cène et, reprenant les paroles de Jésus lui-même, rend présents sa parole et son sacrifice. Ainsi, il ne parle plus à la troisième personne, mais à la première: il ne dit pas "Ceci est le corps de Jésus", mais parle comme le Seigneur lors de son dernier repas: "Ceci est mon corps". Ensuite, le prêtre élève l’hostie puis le calice puis il conclut avec les mots de Jésus: "Vous ferez cela en mémoire de moi".

En préfigurant le sacrifice tout entier du Christ, l’Eucharistie réunit ainsi en un seul événement le dernier repas de Jésus avec ses apôtres, sa mort sur la Croix le Vendredi saint et sa Résurrection le dimanche de Pâques. Nous évoquons d’ailleurs explicitement ce dernier point lors de l’anamnèse, l’acclamation scandée (ou chantée) en fin de prière eucharistique: "Nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire." Autrement dit, Jésus était mort, il est vivant, il reviendra. L’anamnèse (empruntée du grec anamnêsis: "rappeler à la mémoire") invite à se souvenir de ce que Jésus a fait et continue de faire pour nous.

La prière eucharistique se termine par la doxologie, une louange au Père auquel on présente le don du Christ. En répondant "Amen", l’assemblée répond en fait à toute la prière eucharistique.

Le Notre Père

On entre ensuite dans les rites de communion, par la prière du "Notre Père".

La Paix du Christ

La paix, fil conducteur de la vie de Jésus

A cet instant, le célébrant implore la paix du Christ dans une prière spécifique. Les fidèles échangent cette paix entre eux, se serrant la main ou s’embrassant. Ce geste ne représente pas seulement la fraternité ou l’affection, mais une communion profonde où le Christ est présent.

A Noël, les anges annoncèrent "Paix aux hommes", et cette paix fut également le premier souhait de Jésus aux disciples à l’issue du dernier repas: "Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix". Donner la paix revêt une grande signification: c’est recevoir la paix du Christ, sacrifié pour nous, et la partager à notre tour.

Agnus Dei et fraction du pain

Communion

Il se sacrifie pour le salut du monde

La communion lors de la messe est un moment où les fidèles reçoivent le corps du Christ, présent dans l’hostie. Cet acte, appelé "communio", signifie appartenir à plusieurs. Il crée une union intime entre le fidèle et Dieu, renforcée par les paroles de Jésus: "Prenez et mangez".

Avant de communier, un acte d’humilité et de foi est fait. Le prêtre montre le pain consacré en disant: "Heureux les invités au repas du Seigneur! Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde". Les fidèles répondent avec les mots "Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri", reproduisant ainsi les paroles du centurion de Capharnaüm quand il se reconnaissait indigne de recevoir Jésus dans sa maison. (Lc 7,1-10)

Lors de la communion, Jésus est appelé l’Agneau, symbolisant le sacrifice pour le salut. Contrairement aux agneaux du temple, l’Agneau de Dieu enlève le péché du monde.

L’ENVOI

Bénédiction et Envoi en mission

Le Seigneur nous envoie en mission

A la conclusion de la messe, le célébrant clôt la prière et envoie l’assemblée dans le monde pour partager la Bonne Nouvelle qu’elle a célébrée. Ce moment d’envoi est marqué par la bénédiction du prêtre, une sorte de mandat divin conféré à chaque fidèle pour propager l’amour et la paix du Christ. Lorsque nous répondons par un "Nous rendons grâce à Dieu", c’est un témoignage de notre engagement à répondre à cet appel.

La signification profonde de cette mission – qui est à l’origine du mot "messe": "ite missa est", "ceci est l’envoi" – est liée à l’injonction du Christ à ses disciples: "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples" [Matthieu 28:19-20]. L’envoi en mission à la fin de la messe est une extension de cet appel, nous rappelant que notre devoir en tant que chrétiens ne se limite pas aux murs de l’église, mais s’étend à nos familles, nos communautés et au-delà.

Dossier réalisé par Clément LALOYAUX
Illustrations : © Adobe Stock

POUR ALLER PLUS LOIN :

  • Le Missel: Le document de référence pour préparer une messe s’appelle la Présentation Générale du Missel Romain. Ce document précise le sens de chaque rite, parole ou geste, et propose diverses manières de le mettre en œuvre en fonction des circonstances. Vous pouvez le consulter ici.
  • www.oeuvredesvocations.fr Plusieurs informations présentes dans ce dossier sont issues du site Internet de l’Œuvre des Vocations. N’hésitez pas à vous y rendre pour approfondir vos connaissances sur le déroulement de la messe.
  • "La messe comme vous ne l'avez jamais vue", par le frère Paul Adrien. Le prêtre dominicain, youtubeur aux 400.000 abonnés, retrace le déroulement d’une messe dans une vidéo à la fois drôle et instructive.
Catégorie : Sens et foi

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