Inspiré par l’histoire vraie de Hugh O’Flaherty, prêtre irlandais qui a sauvé 5.000 juifs et soldats alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, Joseph O’Connor signe un thriller mêlant savamment réalité et fiction.

Dans la maison de mon Père est le nouveau roman de Joseph O’Connor, l’un des écrivains irlandais les plus importants de sa génération. Son titre évoque un verset de l’Evangile de Jean, cité par le héros du livre, son compatriote Hugh O’Flaherty, prêtre attaché au Vatican pendant la Seconde Guerre mondiale: "Je me suis souvent trompé dans ma vie. Mais dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures."
Cette conviction tenace parcourt l’ensemble du roman, où le prêtre motard s’entoure de toutes sortes de personnages un peu baroques pour défier les nazis et organiser l’évasion de juifs et de prisonniers alliés.
Nous sommes en fin d’année 1943: Paul Hauptmann, le chef de la Gestapo, fait régner la terreur à Rome et rage contre l’existence d’une filière d’évasion de prisonniers. Hugh O’Flaherty et ses amis préparent une mission pour la nuit de Noël, appelée dans leur code un "Rendimento" ("performance" en italien). Mais le major Sam Derry, qui devait délivrer, à divers endroits sur une boucle de vingt-trois kilomètres, l’argent permettant une évasion massive, tombe malade cinq jours auparavant. Il faudra donc le remplacer au pied levé.
Une intrigue finement orchestrée
Le compte à rebours commence, et les scènes d’époque sont entrecoupées par des retranscriptions d’entretiens réalisés vingt ans plus tard par la BBC et des extraits de mémoires des personnes gravitant autour de ce prêtre hors du commun. A l’image du chœur qui sert de couverture à cette filière d’évasion, l’intrigue est finement orchestrée, maintenant le suspense jusqu’au bout. Au cœur du charme et de la misère de Rome et du Vatican en 1943, l’auteur imagine dans ses moindres détails toute l’ingéniosité d’un réseau clandestin bravant de multiples dangers. On découvre aussi peu à peu les diverses facettes du personnage principal à travers le regard tendre et décapant de ses compagnons.
Un chœur haut en couleur
Ainsi, la contessa Giovanna Landini, veuve après un an de mariage, se souvient de sa première rencontre avec Hugh: "En entrant dans ce parc, je ne le connaissais pas. Quand j’en suis repartie, j’avais serré la main au meilleur ami de toute ma vie qui, au cours de ces terribles mois, me donnerait un objectif, une raison de continuer à vivre." John May, valet et saxophoniste, déclare quant à lui à propos du Padre: "C’est drôle de dire ça vu sa profession, mais il avait la démarche de ceux que les Italiens appellent ‘il capo dei capi’ – le parrain".
Une amitié rare unit ces personnages courageux et hétéroclites, dont les aventures et agissements ourdissent un roman qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière page.
Christel VISÉE
📚 Joseph O’Connor, Dans la maison de mon Père (traduction Carine Chichereau). Rivages, 2024, 432 pages.
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