« N’en déplaise à Michel Onfray, Jésus a bien existé »


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« N’en déplaise à Michel Onfray, Jésus a bien existé »
Par Cath.ch
Publié le
6 min

Dans deux récents ouvrages, Michel Onfray reprend la thèse "mythiste" selon laquelle le Christ n’a jamais existé. Dans un récent livre-réponse, le théologien Matthieu Lavagna réfute de façon documentée et méthodique les affirmations "erronées" voire "mensongères" du philosophe français.

"Jésus est pour moi une fiction sur laquelle s’est construite la civilisation judéo-chrétienne", affirme Michel Onfray, dans son livre Anima. Une thèse dite "mythiste" que le philosophe a remis au goût du jour en 2023 dans pas moins de deux ouvrages (Anima et Théorie de Jésus). Ne se contentant pas de nier la réalité historique du Christ, il se livre à une virulente critique du christianisme, estimant que celui-ci est en partie responsable de phénomènes tels que la misogynie, l’esclavage, l’antisémitisme, la colonisation, ou encore la persécution de la science. Les théories de Michel Onfray ont suscité nombre de critiques, notamment dans les milieux académiques spécialisés. 

Raphaël Zbinden, journaliste pour cath.ch, s’est entretenu avec Matthieu Lavagna, auteur de Non, le Christ n’est pas un mythe. Libre réponse à Michel Onfray. Dans ce livre, le théologien récuse les thèses du philosophe.

Matthieu Lavagna, votre livre contient de nombreux contre-arguments à la thèse mythiste soutenue par Michel Onfray. Quel est selon vous le plus probant?

Matthieu Lavagna

Je dirais que c’est l’abondance de sources à la fois chrétiennes et non-chrétiennes qui attestent de l’existence de Jésus. Parmi les sources chrétiennes, nous avons évidemment l’ensemble des livres du Nouveau Testament, mais aussi une grande quantité de textes datant du premier siècle ou du début du second qui n’en font pas partie. Dans les 150 ans qui suivent la crucifixion, nous avons au total 42 sources mentionnant l’existence de Jésus dont 9 non-chrétiennes. C’est tout simplement inouï par rapport aux autres figures de l’Antiquité! En comparaison, pour Jules César, nous avons seulement 5 sources rapportant ses opérations militaires. Pourtant, personne ne remet en cause son existence!

La thèse mythiste est-elle prise au sérieux par d’autres spécialistes?

Il n’existe en fait aucune personne avec un doctorat en histoire antique et enseignant dans une université majeure qui mette en doute l’existence de Jésus. La réalité d’un personnage nommé Jésus ayant été condamné à mort vers l’an 30 en Palestine fait consensus chez tous les historiens, qu’ils soient chrétiens, juifs, agnostiques…. Bart Ehrman, spécialiste du Nouveau Testament à l’Université de Caroline du Nord, lui-même athée, est allé jusqu’à dire:  "Les athées ne se rendent pas service en défendant la thèse mythiste parce que, franchement, cela vous fait passer pour des idiots aux yeux du monde extérieur."

Vous parlez dans votre livre de propos non seulement erronés de Michel Onfray, mais également "mensongers". Quels sont les exemples les plus flagrants?

Michel Onfray a été jusqu’à dire dans une interview sur Sud Radio que les musulmans étaient d’accord avec lui sur la thèse mythiste! Il s’agit là d’un mensonge grotesque que toute personne ayant un minimum de culture religieuse serait en mesure de réfuter. En effet, c’est un fait bien connu que les musulmans croient que Jésus a existé en tant que prophète. Comment Michel Onfray qui a écrit un livre entier sur l’islam, peut-il en arriver à soutenir de telles absurdités publiquement? Cela en dit long sur la crédibilité intellectuelle de son œuvre.

Autre exemple: sur le plateau de l’émission "On n’est pas couché", en 2017, il avait affirmé que les chrétiens avaient inventé les éléments de la vie de Jésus tels que son père, sa mère ou encore son enfance à Nazareth, suite à la conversion de l’empereur Constantin. Lorsque l’on sait que cet épisode a eu lieu au IVe siècle et que les évangiles canoniques, qui contiennent ces éléments, ont été écrits dans la seconde moitié du premier siècle, il y a de quoi se poser des questions sur l’honnêteté intellectuelle de Michel Onfray.

Au-delà de la polémique, votre livre peut certainement apporter au lecteur de précieuses informations sur Jésus et l’histoire de l’Eglise…

Le Christ pantocrator au Sinaï est une des plus anciennes icônes qui nous soient parvenues.

Oui j’en ai eu conscience, c’est également pour cela que je l’ai écrit. Je voulais notamment montrer au grand public que les écrits du Nouveau Testament sont des sources historiquement fiables pour connaître le Jésus historique.

Dans la seconde partie du livre, vous réfutez aussi des affirmations de Michel Onfray sur l’Eglise catholique en général.

Oui, pour cela également, une ré-information était nécessaire. Michel Onfray raconte absolument n’importe quoi sur presque tous les sujets qu’il aborde. Notamment lorsqu’il affirme que le christianisme détesterait le corps, la sexualité, et les femmes ou encore lorsqu’il prétend que les Pères de l’Eglise étaient antisémites et que l’Eglise catholique aurait douté de l’existence de l’âme chez la femme à une époque.

N’y a-t-il pas tout de même une part de vérité dans ce qu’il écrit?

Certaines critiques sont parfois partiellement justifiées, notamment en ce qui concerne l’Inquisition. Les hommes d’Eglise n’ont pas été parfaits dans l’histoire, loin de là. Il y a eu des abus, des choses regrettables se sont produites, qu’il faut dénoncer avec raison. Mais, le problème c’est que Michel Onfray donne à beaucoup de phénomènes une image caricaturale notamment avec le cas de l’Inquisition. Les spécialistes de cette période savent bien que la légende noire du prêtre machiavélique torturant des gens à mort est historiquement fausse. En réalité, la majorité des condamnations par le tribunal n’était pas des mises à mort, mais plutôt des emprisonnements temporaires ou des peines incitant à la piété religieuse comme les pèlerinages ou les aumônes. Les condamnations à mort n’étaient que très rares. On en dénombre à peine quelques milliers sur une période de 400 ans. L’Inquisition a en réalité fait beaucoup moins de victimes que la Révolution française ou que les guerres de Vendée. 

Que penser du fait que Michel Onfray puisse prononcer de telles contre-vérités non seulement dans ses livres mais aussi en radio ou à la télé?

C’est clairement problématique. Les journalistes qui lui font face n’ont pas souvent la culture nécessaire pour le contredire. Les livres de Michel Onfray se vendent à des centaines de milliers d’exemplaires ce qui implique certainement un danger de désinformation pour les personnes qui ne possèdent pas la culture religieuse ou historique suffisante. Mon livre est ainsi un travail de ré-information, un contre-poison si l’on peut dire! J’ai proposé un débat public à Michel Onfray, mais ce dernier l’a refusé en m’écrivant: "Monsieur, je n’ai aucune bonne raison de vous offrir ce plaisir-là." Je laisse à l’imagination de chacun les raisons de son refus…

Propos recueillis par Raphaël ZBINDEN pour cath.ch

📚 Matthieu Lavagna, Non, le Christ n’est pas un mythe. Libre réponse à Michel Onfray. Artège, 2024, 264 pages.

Catégorie : Sens et foi

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