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Cours de religion : Eduquer au religieux par les symboles ?


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Cours de religion : Eduquer au religieux par les symboles ?
Par Geoffrey LEGRAND
Publié le
5 min

Aujourd’hui, les classes de religion catholique sont multiconfessionnelles. Une invitation à relire et à faire dialoguer les traditions religieuses, afin d’aider les jeunes à formuler leurs propres réponses à leurs questions de sens. L’interprétation des symboles peut les aider dans cette démarche.

La lumière. Voilà un symbole qui parle à tous en cette période où les jours commencent à s’allonger dans nos contrées. En même temps, la lumière symbolise Pâques pour les chrétiens, c’est-à-dire la fête où le Christ ressuscité triomphe de la mort et des ténèbres. Mais ce symbolisme de la lumière apparaît aussi dans les cultures antiques (Egypte, Perse, Grèce, Rome), dans de nombreuses civilisations (Mayas, Aztèques, Incas, etc.) et nous le retrouvons encore dans d’autres religions contemporaines ("verset de la lumière" dans le Coran, "illumination" dans les sagesses orientales, etc.). En fin de compte, ces symboles signifient-ils tous la même chose? En fait, lorsque nous tentons de les interpréter et de les comprendre, ces symboles se révèlent bien plus riches et bien plus complexes que nous le pensons. Nous permettraient-ils finalement de mieux (nous) comprendre et d’entrer en dialogue?

La situation actuelle

Aujourd’hui, beaucoup considèrent la société belge comme sécularisée. Or, s’il est vrai que les institutions religieuses ont perdu de leur influence, la soif de spiritualité de nos contemporains, et celle des jeunes en particulier, n’a pas disparu. Nous évoluons désormais dans une société plurielle où de nombreux courants philosophiques et religieux se côtoient. A Bruxelles particulièrement, les classes de religion de l’enseignement catholique sont devenues multiconfessionnelles et les questionnements existentiels, spirituels et religieux sont loin d’être tabous. Cette nouvelle donne invite à repenser les finalités de l’enseignement religieux et sa méthodologie.

Les objectifs de l’éducation religieuse

En Europe, les spécialistes de l’éducation religieuse relèvent deux fonctions principales aux cours de religion (qui ne sont pas de la catéchèse): d’une part, construire chez les élèves des identités solides et réflexives, d’autre part, leur fournir des clés pour qu’ils soient en mesure de gérer au mieux cette diversité culturelle et religieuse. C’est qu’il faut d’abord avoir un ancrage solide dans sa propre tradition avant de s’ouvrir à l’altérité. En même temps, cette ouverture à l’autre donne l’occasion à chacun, en retour, de mieux comprendre son identité profonde.
Aussi, l’une des tâches des enseignants consiste à aider les élèves à formuler leurs questions d’existence et à leur permettre d’apporter leurs propres réponses, à l’aide des trésors enfouis dans les cultures, les sagesses et les grandes religions. Dès lors, on cherchera à "décongeler" les traditions figées, à "liquéfier" ces réponses en les "recontextualisant" par le dialogue. Le professeur amènera ainsi l’élève à se réapproprier le contenu de sa propre tradition et à mettre celle-ci en dialogue avec d’autres ressources afin qu’il alimente sa quête de sens.
C’est d’ailleurs la signification de la double étymologie du mot latin "religio": d’un côté, "relier" (religare) les personnes à elles-mêmes, aux autres, aux autres créatures et à la transcendance; de l’autre, "relire" (relegere) notre héritage de manière critique, amoureuse et personnelle. Nous pourrions parler d’un rapport de "fidélité créative" à la tradition.

Les symboles et leurs interprétations

Afin de faire face à nos "préoccupations ultimes", de tous temps, les religions ont utilisé des symboles qui, aujourd’hui encore, ont une triple fonction: éveiller à la spiritualité, faciliter la construction identitaire et ouvrir à l’altérité. Néanmoins, ce matériau symbolique n’est utile qu’à partir du moment où il est "vivant". Il s’agit donc d’apprendre à nos élèves à expliciter le sens de ces symboles "de l’intérieur", tout en prenant en compte le contexte post-moderne marqué par la diversité. C’est pour cette raison que la pédagogie religieuse a intégré les apports de Paul Ricœur et que les experts en didactique de la religion se sont focalisés sur les questions interprétatives (herméneutique).

Du dialogue à la rencontre

En raison de la pluralité ambiante, certains voudraient développer le dialogue interconvictionnel en classe, notamment à partir des symboles. Toutefois, un véritable dialogue requiert du temps, de l’énergie et la volonté des acteurs concernés. Aussi, nous invitons les acteurs de l’éducation à compléter leurs enseignements en vivant concrètement la rencontre interreligieuse, en créant des temps (ex.: retraites spirituelles, célébrations, etc.) et des lieux (les lieux de culte par exemple) propices à cette rencontre. A ce moment, dans l’enseignement catholique, la pastorale scolaire peut venir enrichir le cours de religion en développant certaines compétences chez les jeunes. Dans cette démarche plus anthropologique, l’autre devient un alter, le porteur d’un mystère indicible permettant de grandir. Via le travail symbolique, l’animateur pastoral sera attentif à cette dynamique plus "mystagogique" (du grec mysterion, mystère + agein, mener) et cherchera à faire remonter l’expérience personnelle des élèves, tout en travaillant des "questions-clés" et des "récits-clés". Il initiera non seulement le jeune au mystère de son existence mais aussi, dans une perspective croyante, au mystère de Dieu qui se révèle lui-même dans nos vies.

Des logiques interreligieuses

Dès lors, si nous voulons que les élèves apprennent à vivre ensemble, le cours de religion et la pastorale scolaire devraient devenir de véritables "laboratoires du dialogue" où il sera possible de façonner un projet commun à partir des différences. Dans ce contexte, le cours de religion confessionnel gagnerait à être soutenu par la pastorale scolaire. Il ne cherchera pas simplement à décrire les faits de l’extérieur, de manière neutre, objective et distanciée. Au contraire, la mise en place d’approches dialogales et interreligieuses pourra amener les élèves à construire ensemble le monde de demain, de manière plus citoyenne et plus fraternelle.

Geoffrey LEGRAND
Responsable du service "sens et spécificités de l’école chrétienne"


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