Comment peut-on encore soigner ?


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Comment peut-on encore soigner ?
Par La rédaction
Publié le
4 min

Souvenez-vous: pendant le Covid, nous applaudissions les soignants par la fenêtre? Or, aujourd’hui, bien des métiers essentiels sont dévalorisés. Et le secteur du soin est en danger. Isabelle Dagneaux, médecin généraliste et abonnée à Dimanche, s’en inquiète sérieusement.

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L’été, une période calme? Pas vraiment pour un médecin généraliste. Les absences pour congés bien mérités des collègues (mais aussi des médecins spécialistes, des services de soins à domicile, des services sociaux ou espaces de rencontre) compliquent singulièrement la tâche. Ces absences déstabilisent les personnes qui ont besoin de soins réguliers, les personnes isolées ou âgées. Au point que l’on est content de voir arriver la fin du mois d’août.

C’est une des réalités qui vient s’ajouter à un travail "à flux tendu" dans les soins de santé tout au long de l’année. En Wallonie, les médecins généralistes sont, selon les régions, de "juste assez nombreux" à "franchement en pénurie". La diminution persistante du nombre de médecins généralistes depuis plus de dix ans annonce des temps difficiles. Le risque du travail à flux tendu, c’est de ne pouvoir s’adapter à des variations de situation (l’hiver, l’été) ni à des crises.

Quelle "providence"?

Plus largement, ce qui m’inquiète, c’est de vivre dans une société où sont mal payées des personnes dont le travail touche à des dimensions essentielles de nos vies: les infirmiers, les ambulancières, mais aussi les puériculteurs, les institutrices maternelles, les éducateurs et les agricultrices. Soins, éducation, nourriture: des domaines fondamentaux de la vie, où s’ancrent nos corps humains dans leurs besoins quotidiens, leur croissance et leur fragilité.
Historiquement, l’Eglise et les ordres religieux ont joué un grand rôle dans les soins de santé et dans l’éducation. Le relais a été pris par un "Etat Providence". Aujourd’hui, sous la pression de l’économie libérale, des choix sont faits au détriment de réalités fondamentales pour notre vie humaine et notre vivre ensemble. Quelle "providence" (au sens ancien de "prévision, vues pour l’avenir, prévoyance, prudence") guide les décisions actuellement prises dans notre société au sujet de la nourriture, de l’éducation et de la santé? Comment ces professions sont-elles valorisées, tant dans le regard de la population qu’en termes financiers mais aussi de formation ou de facilitation à leur exercice?

Des lits fermés et des demandes sans réponse

Durant la pandémie, les soignants ont été applaudis. Un message sur les réseaux sociaux avait alors proposé de désormais applaudir les top managers et de payer les soignants avec les salaires des top managers. Une boutade? Où sont nos "valeurs"? Actuellement, rien n’a changé en termes de revalorisation, après quelques demi-mesures d’encouragement passagères en crise Covid. Et le malaise est là depuis longtemps! Lors de mes études, il y a 30 ans, je "jobais" comme aide-soignante durant l’été. L’infirmière chef m’a interpelée en me demandant si je ne voulais pas être infirmière plutôt que médecin car là, au moins, j’aurais du travail (la médecine était réputée en pléthore à l’époque). J’ai mis quelques jours avant de répondre, car j’aimais la proximité que les infirmières ont avec les malades.

Aujourd’hui, il manque d’infirmiers à tous les niveaux. Or, sans eux, des médecins (déjà en nombre limite) ne peuvent rien. Des lits hospitaliers sont inutilisés ("fermés") par manque de personnel – infirmier principalement. Les services d’aides-familiales à domicile ne parviennent pas à répondre à des demandes par manque de personnel. Des patients peinent à trouver un médecin généraliste, même dans le Brabant Wallon, pourtant gâté en densité de médecin.

Que pouvons-nous faire?

Comme citoyennes et citoyens, nous pouvons nous sentir bien impuissants face à ces situations, qui dépendent pour une bonne part de l’Etat. Je vois plusieurs niveaux d’actions possibles.
Au niveau personnel et relationnel, nous situons-nous comme des ayants droit ou dans une perspective bienveillante et encourageante? Même en étant malade et inquiet, il est possible de donner un merci, une patience compréhensive, un sourire, qui sont très encourageants pour les soignants – comme j’ai l’occasion de le vivre avec la majorité de mes patients. Dans une attention aux personnes fragilisées, nous pouvons augmenter notre solidarité en temps de crise ou dans des périodes difficiles comme l’été, ou développer une attention à une personne isolée du quartier.
Au niveau des structures, nous pouvons nous interroger sur notre recours aux services de soins: médecin généraliste ou hospitalier, poste de garde ou service d’urgence, le soir si c’est inévitable. Cela a des conséquences budgétaires, mais aussi en termes de reconnaissance des personnes et de disponibilité des services, qui sont souvent méconnues.

A moins d’un an des élections, il faut aussi repenser notre "poids politique". Il faut soutenir des actions collectives, participer à des débats publics, affirmer un autre modèle de société, interpeller nos (futurs) élus sur leur vision des choses… Avec l’inspiration de la Providence. C’est aujourd’hui qu’il faut interpeller! Pour se nourrir, faire grandir et se soigner dignement demain.

Catégorie : L'actu

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