Etienne Tribolet, vitrier d’art et magicien des couleurs


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Etienne Tribolet, vitrier d’art et magicien des couleurs
Par La rédaction
Publié le
5 min

Homme discret, Etienne Tribolet est avare de ses mots. Mais une fois mis en confiance, il se livre. Et devient même intarissable lorsqu’il évoque "Le Matin de la Résurrection", un vitrail installé dans l’église Saint-Martin à Arlon. L’œuvre d’une vie d’artiste qui a commencé il y a 34 ans.

© Christine BOLINNE

Enfant, Etienne Tribolet, originaire de Mormont-Wibrin ne voulait pas être policier ou encore pompier. Lui, il voulait être Hergé! Et comme il avait déjà un joli coup de crayon, tout était possible. C’est donc très naturellement qu’il entame, une fois les humanités terminées, des études en arts plastiques à Saint-Luc à Liège et à Bruxelles. C’est là qu’il rencontre aussi Sabine, peintre avec qui il fonde une belle et grande famille.

Etienne est à l’aise dans la peau du peintre mais sent rapidement qu’il lui manque "quelque chose". Et lorsqu’il se lance dans le vitrail, c’est la révélation. Il aime travailler le verre. Il se rend compte encore que la peinture et le vitrail sont indissociables. Le vitrail est avant tout une toile. "C’est comme un architecte, il doit, avant de construire une maison, dessiner les plans."
Chimay, Rochefort, Arlon…

Plusieurs œuvres signées d'Etienne Tribolet

Avec son épouse, il part en France. Etienne, tel un compagnon, travaille avec des maitres-verriers. Des hommes qui, dans la plus grande simplicité, confient leur technique. Devant ses yeux, ils font naître des œuvres magnifiques. De retour en Belgique, riche de cet apprentissage, il va travailler sur un vitrail de la collégiale de Chimay. Puis, il se lance dans un travail de restauration-conservation dans l’église de Thy-le-Château. "Ces dix-huit vitraux participent à une véritable symphonie", souligne Etienne Tribolet. Il signera encore les vitraux de la salle brassicole de l’abbaye de Rochefort ou encore, la rosace de l’église Saint-Materne à Anthée inspirée du cantique de la création extrait du livre de Daniel.

Et puis, il y a ce vitrail "Le Matin de la Résurrection" créé et réalisé pour la très belle église Saint-Martin à Arlon. Pour les 100 ans de l’église, le doyen de l’époque, l’abbé Jean-Marie Jadot souhaitait un élément fort, une œuvre marquante. Le vitrail "Le Matin de la Résurrection" a été installé en 2017. Le résultat de longues démarches administratives: elles prendront cinq ans. D’une mobilisation de l’abbé Jadot mais aussi de toute une communauté qui s’est investie notamment pour récolter des fonds. La réalisation du vitrail prendra elle aussi cinq années.

Etienne Tribolet illustre l’éloge du temps qu’il faut pour concrétiser une œuvre. "Le temps, c’est une véritable valeur ajoutée", aime-t-il dire. Avant le premier trait de crayon, avant de se saisir du premier pinceau qui donnera des couleurs à la toile, Etienne Tribolet a passé du temps dans l’église. Il devait, et c’est essentiel, s’imprégner des lieux. Il devait aussi comprendre la lumière qui allait passer à travers le vitrail. Une lumière du matin, n’est pas la même le midi ou encore au coucher du soleil. Lumière qui varie encore selon les saisons, la météo… Des éléments indispensables à maîtriser pour que le vitrail rayonne. Il a ensuite travaillé plusieurs jours au jubé pour continuer à s’imprégner du lieu. Très régulièrement, l’abbé Jadot venait lui tenir compagnie, vivre avec l’artiste cette création.

L’œuvre d’une vie

Durant toutes ces années, chaque jour, Etienne Tribolet est au travail, il faut dire que la verrière représente 70 m2. "Et chaque jour, je suis allé au travail avec joie." Pour certaines étapes, il rejoint un atelier en Allemagne où plusieurs verriers travaillent. L’atelier y est bien plus vaste, tout comme les fours.

Entre ces escapades, Etienne Tribolet travaille chez lui, dans l’atelier installé dans la demeure familiale. Dans cet atelier, il se sent bien, au calme avec, à portée de regard, une nature qu’il aime tant. Juste une porte à franchir et on passe des pièces dédiées à la vie de la famille à son lieu de création, de concrétisation. Inutile d’écrire que ses grands enfants, et son épouse ne se privaient pas d’aller "jeter un œil", mais aussi de le soutenir. Même le chat l’a assisté de sa présence! Un soutien qui a toujours été le bienvenu tant l’œuvre était ardue.

Cet homme discret, effacé, n’aime guère parler de lui. "Je suis un homme d’atelier", se définit-il. Il parle en revanche volontiers et avec passion, de son art, de sa peinture étape indispensable avant la réalisation de ses vitraux. Et il a les yeux qui brillent lorsqu’il dit que "Le Matin de la Résurrection" est l’œuvre d’une vie. Ou l’œuvre de la maturité. Ce vitrail est en effet né d’une pratique longue de 34 années.

Il faut du temps pour s'en imprégner...

Et lorsqu’il passe par Arlon, Etienne Tribolet aime s’arrêter et entrer dans l’église Saint-Martin où il prend du temps pour regarder vivre son vitrail. Dernièrement, il y avait des visiteurs lorsqu’il a poussé la porte de l’église. Ceux-ci ont regardé le vitrail quelques secondes avant de sortir le smartphone et de le photographier. Et puis, ils sont passés à autre chose. Le maître verrier, le créateur réalisateur était un rien déboussolé. Il a choisi de ne pas faire du figuratif pour permettre à chacun de livrer sa propre interprétation. Et pour ça, il faut du temps, beaucoup de temps pour s’en imprégner. Philosophe, Etienne Tribolet ajoute: "S’ils ont photographié le vitrail c’est qu’ils l’aimaient".

Un vitrail qui présente, notamment, une gamme de bleus exceptionnelle. Du verre soufflé suivant une technique qui remonte au Moyen Age. Si la gamme de couleurs est vaste, l’artiste a imaginé et fait aussi réaliser des plaques de verre dans un bleu unique. Les différentes parties du vitrail seront assemblées sur place. Et le résultat est tout simplement splendide.

Christine BOLINNE
(Diocèse de Namur)

Catégorie : Culture

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