Son vocabulaire teinté d’expressions savoureuses est digne du Ketje de Bruxelles qu’il revendique être. Son accent trahit encore ses origines flamandes. Lui qui a joué dans le monde entier – sauf en Afrique – est installé depuis quelques mois en Wallonie. Guy Van Waas vit aujourd’hui à Wépion. Ce dimanche 7 mai, Guy Van Waas ouvrira une nouvelle édition du Festival d’orgues de Namur. Il jouera sur l’orgue du Grand Séminaire de Namur. Avec lui, deux chanteurs et deux cornistes.

Ce jour-là, son agenda est, comme toujours, bien chargé. Avant de répéter avec un ami musicien, il a prévu un petit détour par la chapelle du Grand Séminaire de Namur. Pas pour jouer sur l’orgue, ce sera pour dans quelques jours. Non, il allait mesurer le chevalet sur lequel il déposera, dimanche, ses partitions ! « Je n’aime pas avoir, à mes côtés, un tourneur de pages. Cela me déconcentre. » Alors, il photocopie les partitions, les ajuste avant de les coller les unes aux autres. Ses yeux pétillent lorsqu’il raconte cette anecdote. Et le sourire qui ne le quitte que très rarement est encore plus généreux.
Pour Guy Van Waas tout démarre à Bruxelles, à Molenbeek plus précisément où la famille habite. Le jeune Guy découvre la musique avec son père artiste peintre mais aussi violoniste amateur. L’enfant est séduit par les airs d’opéra qu’il interprète. Les premiers cours de solfège qu’il suit virent à la catastrophe : il ne parle pas français et le professeur est tout sauf conciliant. De quoi dégoûter le plus motivé !
Quelques années plus tard alors qu’il est au collège de Koekelberg il découvre, en classe de musique, les différents instruments. Lorsque les notes s’échappent de la clarinette, c’est le coup de foudre. Ses parents, ravis, l’inscrivent à l’académie. Sa maman est soulagée, au moins son fils ne trainera plus dans la rue avec ses copains ! « J’étais un vrai Ketje à faire des bêtises mais jamais rien de grave ! » Il se familiarise avec la clarinette tout en suivant des cours de solfège et là tout se passe au mieux : « Le solfège quand c’est bien donné, c’est formidable. C’est comme les mathématiques. »
Une messe, ce n’est pas un spectacle
Un de ses professeurs est aussi organiste. Le cours du dimanche matin terminé, les élèves avaient l’habitude de l’entendre dire : « Je dois y aller, je vais jouer la messe. » Et, de se précipiter dans l’église toute proche. Un dimanche, le jeune Guy l’accompagne au jubé. Il est étonné, subjugué. Aujourd’hui encore, lorsque son agenda lui en laisse le temps, il est à l’orgue de l’église des Carmes à Bruxelles. Guy Van Waas aime se glisser dans la peau de l’organiste liturgique : « L’organiste est lui aussi un prédicateur. » dit-il.
Guy Van Waas est fier que la musique aide à la prière. Il en arriverait presque à perdre son éternel sourire quand, à la fin d’une messe, les fidèles quittent l’église bruyamment. « Ils font un bruit de tous les diables alors que certains essaient d’écouter la dernière pièce jouée ! » Les oreilles les plus affutées reconnaissent directement son jeu. Et ce, sans que l’artiste apparaisse au jubé accueillir d’éventuels applaudissements : « Une messe ce n’est pas un spectacle. A la fin, je ne montre pas. Je ne viens pas saluer. Je joue pour ... » il ne terminera pas sa phrase mais ses yeux comme sa main s’élèvent vers le ciel.

Tous les orgues ne se ressemblent pas
Après l’académie, il prépare avec assiduité l’examen d’entrée au conservatoire. Il le réussit. Pour que ses parents puissent bénéficier des allocations familiales, il doit étudier un second instrument. Après la clarinette, son choix se porte sur l’orgue. Clarinettiste, organiste, ce musicien tellement talentueux va ravir, partout où il passe, les oreilles. Talent qu’il a mis longtemps au service des musiciens de l’orchestre Les Agremens. Orchestre qu’il dirigeait.
L’orgue à qui, il voue donc une véritable passion. Contrairement à ce qu’un novice pourrait penser, tous les orgues ne se ressemblent pas. Ce qui signifie que l’organiste se doit d’adapter son répertoire à l’instrument. Des orgues qui ne sont pas toujours bien entretenus, faute de moyens. Un véritable crève-cœur pour le musicien de voir comme il dit « un orgue pas toujours en forme. »
L’orgue est sensible ! Il peut ainsi faire des caprices en fonction de la température de l’église, du taux d’humidité… Une église remplie aura aussi une incidence. Avant un concert, Guy Van Waas apprivoise l’instrument en jouant longuement dessus, tente de dépister ses faiblesses. Il veut pouvoir faire face au moindre couac. « Je suis un peu comme un pilote d’avion, il faut avoir tout à l’œil. Je n’apprécie pas du tout un organiste qui râle sur un orgue et qui s’énerve prétextant un défaut d’entretien. Il devrait plutôt avouer qu’il ne connait pas l’instrument, qu’il n’a pas assez travaillé dessus. »
Ce dimanche 7 mai, il sera accompagné par deux chanteurs : Aurélie Moreels et Guillaume Houcke et par deux cornistes Jean-Pierre Dassonville et Urmin Nes Majstorovic. Des artistes choisis pour leur talent mais aussi pour la complicité avec l’organiste. « Nous devons avoir, entre nous, des atomes crochus. » Ensemble, ils interpréteront notamment « Une messe à Salzbourg ». « A la fin d’un concert d’orgue, je n’attends pas à ce que le public me dise que j’ai bien joué. J’espère que j’ai bien joué ! En revanche, je suis le plus heureux des hommes si un spectateur vient me dire : ‘vous m’avez fait encore plus aimer l’orgue’ ».
Ecoutez les voix de Aurélie Moreels et Guillaume Houcke choisies par Guy Van Waas
Vous travaillez beaucoup !
Ce programme du 7 mai, il le travaille avec et sans les chanteurs ou encore les cornistes. « Je travaille beaucoup » confie l’artiste. Depuis qu’il vit dans une maison à Wépion cela ne pose plus de problèmes. « A Bruxelles, je vivais en appartement. Pendant le covid, je jouais de longues heures. A un moment, des voisins m’ont fait remarquer que je travaillais énormément… » Ce commentaire, Guy Van Waas l’a bien décrypté : « Les voisins en avaient assez de m’entendre. Soit je prenais ma pension et j’arrêtais tout soit je déménageais. » Il a choisi la seconde option et aujourd’hui qu’il vit à Wépion il a même investi dans un casque audio ! Au début, ses nouveaux voisins se sont beaucoup interrogés sur cet homme, qu’ils voyaient, à travers la fenêtre, se trémousser devant, pensaient-ils, un bureau… Ils ont découvert que leur voisin ne faisait pas face à un bureau mais qu’il jouait de l’orgue. Des voisins devenus de véritables fans !
Le prochain de ses concerts aura lieu, dans le cadre de l’édition 2023 du Festival d’orgues de Namur. Rendez-vous avec Guy Van Waas ce dimanche 7 mai à 16h, dans la chapelle du Grand Séminaire de Namur. A la fin de ce moment musical, ceux et celles qui auront rejoint la chapelle seront comblés. Tout comme l’organiste qui, en plus de la satisfaction d’avoir bien joué, sera … épuisé. Jouer de l’orgue avec pédalier, c’est physique. Dans un grand éclat de rire Guy Van Waas lance : « Je ne suis pas sportif mais l’ orgue c’est du sport. »
Christine Bolinne
ℹ En pratique
Les tarifs du Festival d’orgues de Namur n'ont pas changé : le prix d’entrée est de 12 €, 10 € en prévente 10 €, gratuit pour les -18 ans gratuit. L’abonnement est 25 € (N° de compte BE91 0017 1783 8876).
Le concert suivant aura lieu le 21 mai à 16h à l’église d’Andoy. C’est Emmanuel Clacens, à l’origine de ce festival qui jouera. Il sera accompagné, à la trompette, par Francis Henin et Luc Sirjacques. Le troisième et dernier concert de ce rendez-vous est prévu, à la cathédrale Saint-Aubain, le 11 juin à 16h. Vous applaudirez Benoît Mernier.
Pour plus de renseignements : 0495 80 93 55 ou encore www.festival-orgues-namur.be
