Le balai libéré se souvient de l’étonnante histoire d’une coopérative créée par les femmes de ménage de l’Université Catholique de Louvain.

Dans les années septante, à l’Université Catholique de Louvain, les femmes de ménage en ont eu assez de leurs conditions de travail déplorables. Surcharge de boulot, manque de reconnaissance et d’écoute ont eu raison de leur motivation. Elles se sont donc mises en grève. Très vite, elles ont été rejointes par des étudiants, des militantes et militants de la CSC et des habitants touchés par leur combat. Mais malgré les slogans et les manifestations, leurs demandes restaient sans réponse.
Une idée leur est alors venue: pourquoi ne pas se passer de patron? Trois semaines après le début de la grève, c’est ce qu’elles ont fait! Les femmes de ménage ont viré leur patron pour créer leur propre coopérative de nettoyage, Le Balai libéré. L’Université Catholique de Louvain les a soutenues dans ce projet, leur offrant d’abord un contrat de trois mois qui sera ensuite renouvelé pendant 14 ans!
Cette histoire est arrivée jusqu’aux oreilles de Coline Grando, réalisatrice française sortie de l’IAD en 2015. Fascinée par cette histoire exceptionnelle, elle a entrepris des recherches dans les archives. Elle a découvert le récit d’une lutte sociale réussie qui s’inscrit dans l’histoire de la Belgique des années septante. Mais elle ne voulait pas faire un film tourné vers le passé. Aux images de l’époque, se joignent celles du site de Louvain-la-Neuve aujourd’hui.
Coline Grando est en effet allée à la rencontre des travailleuses et travailleurs actuels. Avec le soutien de l’UCLouvain, elle a parcouru à leurs côtés les auditoires, salles de cours et couloirs qu’ils nettoient tous les jours. Elle les a écoutés et a organisé des rencontres avec les femmes de ménage de l’ancienne coopérative mais aussi avec des militants qui les ont soutenues à l’époque.
Vers un retour de l’esprit de groupe?
Ce dialogue révèle à quel point le travail s’est déshumanisé. A l’époque du Balai libéré, les femmes de ménage étaient parfois trois ou quatre pour nettoyer un bâtiment. Aujourd’hui, les membres des équipes de nettoyage doivent assumer seuls tout un bloc. Ils ne se croisent que le matin et passent leurs journées à s’éreinter pour terminer leur colossale tâche. En quarante ans, le site s’est agrandi mais le nombre de travailleurs n’a pas suivi. Aujourd’hui, ce sont des sociétés privées qui s’occupent du nettoyage. Ce système de sous-traitance a gommé l’esprit de groupe et les travailleurs ne songent plus à revendiquer de meilleures conditions de travail.
Le documentaire de Coline Grando pose donc la question: est-ce encore possible de travailler sans patron? La réalisatrice tente de répondre en allant à la rencontre de tous les intervenants mais elle se focalise sur celles et ceux qu’on ne voit jamais. Elle donne la parole à ce courageux personnel qui travaille en coulisses.
A travers l’histoire du Balai libéré, elle ravive la fierté des anciennes femmes de ménage. Elle donne aussi du courage et des idées pour recréer du lien social sur le lieu de travail. Entre témoignages émouvants et discours galvanisants, elle nous fait pénétrer dans les rouages d’un monde qu’on connaît peu. Il y a de quoi réfléchir à la façon dont nous envisageons le bien-être au travail!
Elise LENAERTS
