En Côte d’Ivoire, l’eau aura bientôt englouti le village de Lahou où vit Aya, une jeune adolescente pleine de rêves.

Le regard déterminé et le sourire en coin, la jeune Aya se promène sur la plage de Lahou, son village, en Côte d’Ivoire. Elle vit avec sa mère et son petit frère dans ce coin de paradis qui semble figé hors du temps. La vie est simple ici et douce, malgré les tâches qui incombent à tous, même à une adolescente comme Aya. Derrière cette façade, cependant, se cache une réalité moins agréable. Lahou est en effet en train de sombrer dans l’eau. Coincée entre l’océan et un fleuve, cette bande de sable qui faisait au départ deux kilomètres de large ne mesure plus que deux cents mètres. Les côtes s’érodent, le village historique s’enfonce et cessera bientôt d’exister. La faute au changement climatique, encore lui.
A la frontière entre le documentaire et la fiction, Aya nous invite à suivre le quotidien des habitants de Lahou, à travers le regard de cette jeune adolescente. Simon Coulibaly Gillard a construit son film en observant et en dialoguant avec ses acteurs. Aya et ses pairs rejouent donc la réalité, ils reproduisent les gestes du quotidien qui s’intègrent à la structure narrative imaginée par le réalisateur.
"Je n’ai pas choisi Aya, c’est la caméra qui l’a choisie", affirme Simon Coulibaly Gillard. La jeune fille, de son vrai nom Marie-Josée Degny Kokora, est apparue dans le fond du cadre, alors que le réalisateur était en train de filmer des pêcheurs. "L’objectif a été attiré par elle, mutique et découpée dans la lumière. Je l’ai filmée et elle est entrée dans la caméra." Cela faisait quinze jours qu’il cherchait le visage de son film. Il s’est rendu compte que c’était elle. "Nous avons fait des essais ensemble et tout fonctionnait: son espièglerie, son plaisir à jouer, son désir d’être dans le film."
Portrait et voyage sensoriel
D’une grande beauté visuelle, Aya ne pourrait en effet exister sans son héroïne. La jeune fille nous guide dans Lahou. A travers elle, on découvre des personnes qui vivent chaque jour avec cette menace de voir leur village disparaître. On voit ces hommes et ces femmes obligés de déterrer leurs morts pour les déplacer avant que le cimetière ne soit englouti par l’océan. On les écoute raconter comment ils vivaient quand la pêche était encore abondante.
Le drame qui se joue sous les yeux d’Aya ne lui enlève heureusement pas sa bonne humeur ni ses désirs et ses rêves d’adolescente. Le film est donc également un portrait d’une jeune fille vivant ses premiers émois amoureux et des conflits avec sa mère. Car Aya ne va certainement pas pouvoir rester vivre à Lahou. Sa mère lui a trouvé une place dans la capitale. Elle va donc devoir quitter la terre de son enfance pour immigrer.
On aborde ainsi la question du déracinement. Porté par le bruit des vagues et l’odeur du sable chaud, Aya est un voyage sensoriel et humain. Il nous emporte instantanément en Côte d’Ivoire pour nous faire ressentir l’urgence du changement climatique. Le temps est compté: le quartier d’enfance d’Aya a été englouti peu de temps après la dernière prise de vue.
Elise LENAERTS
Disponible jusqu’au 26 juin sur Auvio.
