Raphaël Glucksmann: « Le problème? C’est les meubles! »


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Raphaël Glucksmann: « Le problème? C’est les meubles! »
Raphaël Glucksmann
Par Vincent Delcorps
Publié le
3 min

Le 6 mars dernier, l’essayiste français, également député européen, était de passage à la tribune des Grandes conférences catholiques. Devant une salle conquise, il a évoqué quelques-unes des menaces qui pèsent sur nos démocraties.

Raphaël Glucksmann, invité des Grandes conférences catholiques le 6 mars 2023

Romain Gary, le célèbre écrivain français, s’est longtemps demandé pourquoi les élites françaises n’avaient pas suivi le général de Gaulle à Londres, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Il finit par trouver la réponse: elles aimaient trop leurs meubles pour pouvoir déménager!

L’anecdote, racontée par Raphaël Glucksmann, est aussi, pour lui, source d’inspiration. "C’est le principe que j’essaie de suivre: j’essaie de ne pas penser avec mes meubles. De pouvoir déplacer les meubles, voire de m’en débarrasser quand il le faut." Le lien avec la démocratie? "Je crois que dans la corruption de la cité que nous observons aujourd’hui, l’amour des meubles joue un rôle prédominant."

Le péril autoritaire

Parmi les périls de l’heure figure assurément celui des régimes autoritaires, actuellement incarné par le
régime russe. Sur lequel l’eurodéputé a une position bien arrêtée. "Je ne pense pas que nous soutenions
l’Ukraine par solidarité ou par conviction. Nous le faisons, intelligemment, par égoïsme. Un égoïsme salvateur!

Car le régime de Poutine n’est pas simplement en guerre avec l’Ukraine; il est en guerre avec toute
l’Union européenne et avec nos démocraties. Soutenir l’Ukraine revient donc à se soutenir soi-même. Fournir des armes à Zelensky, c’est probablement l’investissement dans notre propre sécurité le moins coûteux jamais réalisé…
"

Et Glucksmann de réfuter l’étiquette d’idéaliste qui lui est parfois accolée. "Depuis 20 ans, je suis réaliste sur la nature du régime de Poutine, et sur la nécessité, pour les Européens, de faire face aux tyrans qui les menacent. Ceux qui ne sont pas réalistes sont ceux qui ont raconté que Poutine était un partenaire fiable,
et que le gaz russe était une garantie de paix perpétuelle… En fait, ce qui s’est passé le 24 février 2022 [date de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ndlr], c’est la remise en cause des meubles.
"

Le péril de la corruption

Au Parlement européen, Glucksmann préside la Commission spéciale sur l’ingérence étrangère dans
les processus démocratiques de l’Union européenne. A ce titre, il est en première ligne pour observer – et
dénoncer – les tentatives d’ingérence dans lesquelles le Qatar et le Maroc se sont récemment illustrés. "Mais la corruption, ce n’est pas simplement des valises de billets ou des boîtes de caviar", insiste-t-il.

"La corruption, c’est la dégénérescence de la cité. Elle commence quand l’intérêt général s’efface devant les intérêts particuliers. Quand les puissances privées dominent l’espace public. Quand, en chacun de nous, l’individu prend le pas sur le citoyen. La corruption, c’est un état d’esprit général. (…) Machiavel a bien montré que les chutes de civilisation sont d’abord le fruit d’une dégénérescence interne. C’est d’abord parce que l’aristocratie romaine s’est corrompue qu’il y eut les générations barbares. De même, c’est parce que les élites françaises ont dégénéré qu’il y eut l’étrange défaite de 1940…"

✐ V.D.

Lire la suite de notre dossier sur la démocratie dans le journal Dimanche de cette semaine (n°15-2023)

Catégorie : Belgique

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